25e anniversaire de la rencontre d’Assise à Paris

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Affiche de la rencontre des religions pour la Paix
Jeudi 27 octobre 2011 à Paris.

Pour fêter le 25e anniversaire de la rencontre interreligieuse d’Assise le pape Benoît XVI a présidé une veillée de prière à Saint-Pierre de Rome puis s’est rendu en pèlerinage à Assise pour continuer, avec tous les hommes et les femmes de bonne volonté, à marcher sur le chemin du dialogue et de la fraternité. À Paris, un rassemblement a eu lieu sur le Parvis des Droits de l’Homme, Place du Trocadéro.

« La paix est un don de Dieu et en même temps un projet à mettre en œuvre, jamais complètement achevé »
Benoît XVI, message pour la célébration de la Journée Mondiale de la Paix, 1er janvier 2011

- Une rencontre à Paris dans l’Esprit d’Assise.

Vidéo

Cette rencontre a rassemblé les responsables des grandes religions en France sur la place des Droits de l’Homme sur le parvis du Trocadéro à Paris.

L’“esprit d’Assise”

Cette présenatation de "l’Esprit d’Assise" a été faite par le cardinal Roger Etchegaray sur le site internet du Vatican.

L’expression est de Jean Paul II. Depuis le 27 octobre 1986, cet "esprit" s’est répandu un peu partout, il demeure vif dans la force de son jaillissement.

Je ne vais pas jouer au vieux jardinier. Mais, ayant été témoin émerveillé de sa germination dans la pensée du Pape et artisan privilégié de son éclosion, j’ose dire que j’ai senti ce jour-là battre le coeur du monde. Il a suffi d’une brève rencontre sur une colline, de quelques paroles, de quelques gestes, pour que l’humanité déchirée redécouvre dans la joie l’unité de ses origines. Lorsque, à la fin d’une matinée grise, l’arc-en-ciel a paru dans le ciel d’Assise, les chefs religieux rassemblés par l’audace prophétique de l’un d’entre eux Jean Paul II, y ont vu un appel pressant à la vie fraternelle : personne ne pouvait plus douter que la prière avait suscité ce signe visible de la connivence entre Dieu et les descendants de Noé. A la cathédrale San Rufino, quand les responsables des Eglises chrétiennes se sont donnés la paix, j’ai vu des larmes sur certains visages et non des moindres. Devant la basilique San Francesco où, transi par le froid, chacun semblait resserrer le coude-à-coude final (Jean Paul II était près du Dalai Lama), quand de jeunes juifs ont pris d’assaut la tribune pour offrir des plants d’olivier d’abord à des musulmans, je me suis surpris en train d’essuyer des larmes sur mon propre visage.

Si j’évoque avec émotion cette Journée d’Assise, c’est parce que j’avais conduit obstinément sa laborieuse préparation entre Charybde et Scylla, avec l’aide du Conseil Pontifical pour l’Unité des Chrétiens et du Conseil Pontifical pour le Dialogue Interreligieux. Nous n’avions derrière nous aucune référence historique, devant nous aucun point de repère. Comme disent les exégètes, la rencontre a été une sorte de "hapax" et le restera sans doute, unique dans son originalité et son exemplarité. L’angoisse de la paix entre les hommes et entre les peuples nous poussait "à être ensemble pour prier mais non à prier ensemble" selon l’expression du Pape, dont l’initiative, malgré son souci d’éviter jusqu’à toute apparence de syncrétisme, ne fut pas alors comprise par certains qui avaient peur de voir se diluer leur spécificité chrétienne.

Assise a fait faire un bond en avant extraordinaire de l’Eglise vers les religions non chrétiennes, qui nous paraissaient jusque là vivre dans une autre planète malgré l’enseignement du Pape Paul VI (sa première encyclique "Ecclesiam Suam") et du Concile Vatican II (Déclaration "Nostra Aetate"). La rencontre, voire le choc des religions, est sans doute un des plus grands défis de notre époque, plus grand encore que celui de l’athéisme. Je ne reviens jamais de certains pays à domination musulmane, bouddhiste ou hindoue, sans me demander avec acuité : qu’a voulu faire Dieu avec Jésus-Christ quand je vois le christianisme si réduit ou même se réduire de plus en plus proportionnellement parlant dans un continent en pleine explosion démographique comme l’Asie ? Une telle interrogation est bien salutaire, car elle concerne la question fondamentale du salut ; elle est le fer de lance qui purifie et fortifie nos raisons d’être chrétiens.

Assise a été le symbole, la mise en scène de ce que l’Eglise doit être par vocation propre dans un monde en état flagrant de pluralisme religieux : confesser l’unité du mystère du salut en Jésus-Christ. Quand Jean Paul II a essayé de rendre compte aux cardinaux et aux membres de la Curie de ce qui s’était passé à Assise, il a prononcé un discours qui me semble le plus éclairant pour la théologie des religions (22 décembre 1986). Insistant sur le mystère d’unité de la famille humaine fondé tout à la fois sur la création et la rédemption en Jésus-Christ, il a dit : "Les différences sont un élément moins important par rapport à l’unité qui, au contraire, est radicale, fondamentale et déterminante". Assise a ainsi permis à des hommes et à des femmes de témoigner d’une authentique expérience de Dieu au cœur de leurs propres religions. "Toute prière authentique, ajoutait le Pape, est suscitée par l’Esprit Saint qui est mystérieusement présent dans le cœur de tout homme".

Assise, c’était il y a dix ans. Aujourd’hui, des croyants de toutes religions, des communautés, à l’exemple d’Élisée recevant le manteau d’Elie, se revêtent de "l’esprit d’Assise". "L’esprit d’Assise" plane au-dessus des eaux bouillonnantes des religions et crée déjà des merveilles de dialogue fraternel. Qu’en sortira-t-il en l’An 2000 ? Le Pape Jean Paul II dans sa Lettre "Tertio Millennio adveniente" trace des jalons précis pour le Grand Jubilé ; il n’oublie pas les religions non chrétiennes, spécialement les juifs et les musulmans qui, comme les chrétiens, se réclament de la descendance d’Abraham. Il souhaite "des rencontres communes dans des lieux significatifs pour les grandes religions monothéistes" (n. 53). Pour quoi faire ? Simplement pour que tous les croyants puissent participer "à la joie de tous les disciples du Christ" (n. 55). Un jubilé est fait... pour jubiler !

L’Eglise se réjouit du salut qu’elle ne cesse d’accueillir et elle invite toute l’humanité à entrer dans la danse. C’est fou — de la folie de Dieu — ce que "l’esprit d’Assise" peut inventer à la suite des Anges qui chantaient la nuit de Noël : "Gloire à Dieu au plus haut des cieux et Paix sur le terre aux hommes qu’II aime" !

"Esprit d’Assise", descends sur nous tous !

Card. Roger Etchegaray

- Lire le texte sur le site du Vatican.

Les rencontres Internationales interreligieuses ont débuté à la moitié des années quatre-vingts, à l’initiative de la Communauté de Sant’Egidio, avec l’objectif de promouvoir la connaissance réciproque et le dialogue entre les religions, avec la paix comme horizon.

La Communauté de Sant’Egidio a continué à vivre l’esprit de la Journée Mondiale de Prière d’Assise, convoquée par SS. Jean-Paul II en 1986, en poursuivant l’invitation du pape au cours de cette rencontre historique : "Continuons à diffuser le message de la paix et à vivre l’esprit d’Assise".

Depuis lors, à travers un réseau d’amitiés entre représentants des différentes fois et cultures de plus de soixante pays, la Communauté a promu un pèlerinage de paix, qui a fait halte, années après années, dans différentes villes européennes et méditerranéennes.

Les deux rencontres de Rome (1987 et 1988) ont été suivies par celle de Varsovie, sur le thème "War never again", en septembre 1989, à l’occasion des cinquante ans du début de la seconde guerre mondiale. Ensuite, les rencontres de Bari, Malte et, en 1992 celle de Bruxelles "Europe, religions, paix", se sont penchées sur le thème de l’unité de l’Europe et son rapport avec le Sud du monde.

En 1993, le pèlerinage a fait halte à Milan et, les années suivantes, à Assise et à Florence.

Une réunion particulière s’est tenue en 1995 à Jérusalem, au coeur de la Ville Sainte, sur le thème "Ensemble à Jérusalem : juifs, chrétiens et musulmans".
Après des congrès à Rome et à Padoue-Venise, en 1998, une rencontre exceptionnelle eut lieu à Bucarest autour du thème "La paix est le nom de Dieu : Dieu, l’homme, les peuples", pour la première fois organisée par la Communauté ensemble avec l’Eglise orthodoxe de Roumanie.

La présence de nombreux patriarches orthodoxes et cardinaux, mais surtout le nouveau climat de dialogue a ouvert la voie à la première visite du Pape en pays orthodoxe, quelques mois plus tard, à Bucarest.

Jean-Paul II dans son message envoyé à la XIV Rencontre pour la Paix, organisée par la Communauté à Lisbonne, affirmait : "Je voudrais remercier de manière particulière la Communauté de Sant’Egidio pour l’enthousiasme et le courage spirituel avec lesquels elle a pu accueillir le message d’Assise et le diffuser dans tant de lieux du monde à travers les rencontres entre hommes et religions différents".

Le Pape écrit dans l’encyclique "Novo Millennio Ineunte" : "… le grand défi du dialogue interreligieux se pose, dans lequel le nouveau siècle nous verra encore engagé (..) Le dialogue doit continuer".

- Pour aller plus loin www.santegidio.org

« Bound to Live Together. Religions et cultures en dialogue ».

« L’esprit d’Assise arrivera à Munich », a annoncé le 7 juillet dernier à Munich le cardinal Reinhard Marx, archevêque de la ville, à l’occasion d’une rencontre avec la presse, tenue conjointement avec les représentants de la Communauté de Sant’Egidio, qui, depuis 25 ans (depuis la Journée de prière pour la paix d’Assise en 1986) a organisé, d’année en année, des rencontres de dialogue et de collaboration entre les leaders chrétiens et ceux des grandes religions mondiales, en recueillant l’héritage de cette journée historique.

L’événement du mois de septembre prochain réunira des personnalités religieuses et politiques d’environ soixante pays du monde. Il a été très favorablement accueilli par les autorités allemandes, tant par les autorités bavaroises que par le gouvernement fédéral. Le congrès sera inauguré par le président Christian Wulff le 11 septembre, dix ans après la tragédie de New York et de Washington. La chancelière Angela Merkel prendra la parole au cours de l’assemblée plénière du 12 septembre et de nombreux ministres participeront aux différents moments du congrès. On prévoit une forte participation des leaders religieux.

Cardinaux et évêques de l’Église catholique (d’Allemagne : le président de la Conférence épioscopale Robert Zollitsch et beaucoup d’autres… ; des dicastères du Saint-Siège : le cardinal Kurt Koch, le cardinal Roger Etchegaray, le cardinal Leonardo Sandri ; des différentes villes d’Europe : le cardinal Crescenzio Sepe de Naples, le cardinal Philippe Barbarin de Lyon, le cardinal Péter Erdo de Budapest, le cardinal Lluís Martínez Sistach de Barcelone.

D’éminents représentants du monde évangélique et réformé international et allemand seront présents (le président de la EKD Nikolaus Schneider ou encore le Landesbischof Johannes Friedrich).

Les Églises orthodoxes et orientales envoient des délégations prestigieuses, parmi lesquelles plusieurs de très haut rang : Sa Béatitude Daniel, patriarche de l’Église orthodoxe de Roumanie ; l’archevêque Chrysostomos II, primat de l’Église de Chypre ; le patriarche Paulos, de l’Église orthodoxe d’Éthiopie et le patriarche Aram I des Arméniens de Cilicie. L’Église orthodoxe russe sera hautement représentée par une délégation conduite par son Éminence le métropolite de Minsk Filaret, exarque de Biélorussie.

Il est également significatif que les délégations juives et musulmanes s’annoncent nombreuses et composées de représentants de premier rang, signe d’un important engagement dans le dialogue. Parmi les plus éminents représentants, le Grand Rabbin d’Israël, Yona Metzger, et les Grands Rabbins de Rome, Riccardo di Segni ; de Cologne, Jaron Engelmeyer ; de la Fédération russe Berl Lazar ; de Turquie Isak Haleve.

Pour représenter le monde musulman : Mohammed Rifaah al-Tahtaw, porte-parole de l’Université égyptienne Al-Azhar ; le président du centre islamique de New Delhi Wahiduddin Khan ; le président de la plus grande organisation islamique d’Indonésie (et du monde) la Nahdlatul Ulama, Said Aqil Siroj. Signalons aussi la présence de Mustafa Ceric, Grand Mufti de Sarajevo et de Mustafa Çagrici, Gran Muftì d’Istanbul.
Seront également présents des représentants du bouddhisme japonais, cingalais et cambodgien ; des anciennes religions indiennes, y compris le jaïnisme et le parsisme, des religions traditionnelles, comme le shintoïsme.

- Toutes les informations sur la rencontre : Munich 2011.

Angélus du 1er janvier 2011, place Saint-Pierre de Rome, 44e journée mondiale de la Paix

« Chers frères et soeurs, dans le Message d’aujourd’hui pour la Journée mondiale de la paix, j’ai souligné la manière dont les grandes religions peuvent constituer un facteur important d’unité et de paix pour la famille humaine, et j’ai rappelé à cette occasion, qu’en cette année 2011, l’on fêtera le 25e anniversaire de la Journée mondiale de prière pour la paix que le vénérable Jean-Paul II convoqua à Assise en 1986. C’est la raison pour laquelle, je me rendrai au mois d’octobre prochain comme pèlerin dans la ville de saint François, en invitant à s’unir à ce chemin nos frères chrétiens des diverses confessions, les autorités des traditions religieuses du monde, et de manière idéale, tous les hommes de bonne volonté, dans le but de rappeler ce geste historique voulu par mon prédécesseur et de renouveler solennellement l’engagement des croyants de chaque religion à vivre leur foi religieuse comme service pour la cause de la paix. Celui qui est en chemin vers Dieu, ne peut pas ne pas transmettre la paix, celui qui construit la paix ne peut pas ne pas se rapprocher de Dieu. Je vous invite dès à présent à accompagner de vos prières cette initiative. (…) Puisse la Vierge Marie, Mère du Prince de la Paix, aider chaque personne à renouveler son engagement pour construire un monde toujours plus fraternel où tous soient libres de professer leur religion ou leur foi. »

- Lire le message sur le site du Vatican.

Extraits des paroles de Jean-Paul II concernant Assise.

Discours d’ouverture du pape Jean Paul II à Assise le 27 octobre 1986

« Les Églises, les Communautés ecclésiales et les Religions du monde montrent qu’elles désirent profondément le bien de l’humanité. La paix, là ou elle existe, est toujours extrêmement fragile. Elle est menacée de tant de manières et avec des conséquences si imprévisibles que nous devons nous efforcer de lui donner des fondements solides. Sans dénier d’aucune manière la nécessité des nombreux moyens humains qui servent à maintenir et à affermir la paix, nous sommes ici parce que nous sommes sûrs que, au-dessus et au delà de toutes les mesures de cet ordre, noise avons besoin de la prière une prière intense, humble et confiante pour que le monde puisse enfin devenir un lieu de paix vraie et permanente. Cette journée est par conséquent, une journée de prière et une journée de ce qui accompagne la prière : le silence, le pèlerinage et le jeûne. En nous abstenant de nourriture nous aurons mieux conscience du besoin universel de pénitence et de transformation intérieure.

Les Religions sont nombreuses et diverses et elles manifestent, tout au long des âges d’entrer en relation avec l’Être absolu. La prière suppose de notre part la conversion du cœur. Elle signifie un approfondissement e notre sens de la Réalité ultime. C’est la raison même de notre rassemblement en ce lieu.
Ayant ainsi prié séparément, nous méditerons en silence sur notre propre responsabilité dans le travail pour la paix. Nous manifesterons alors symboliquement notre engagement pour la paix ».

Jean Paul II le 24 janvier 2002

« En cela aussi, au fond, il y a un message : nous voulons montrer que l’élan sincère de la prière ne pousse pas à l’opposition et encore moins au mépris de l’autre, mais plutôt à un dialogue constructif, dans lequel chacun, sans donner d’aucune manière dans le relativisme et le syncrétisme, prend plutôt une vive conscience du devoir du témoignage et de l’annonce ».

Le Professeur Jean-Dominique Durand, (Université Jean-Moulin de Lyon), lors de la Rencontre de Munich, le 12 septembre 2011 a expliqué ce qu’est l’Esprit d’Assise. L’article ci-dessous reprend les éléments essentiels pour le comprendre.

Le 27 octobre 1986 reste parmi les dates les plus importantes du long pontificat de Jean-Paul II, un tournant dans l’histoire des relations entre les religions, et en même temps, une prophétie. Dans un contexte très différent de celui d’aujourd’hui, celui de la guerre froide, de la tension Est-Ouest, mais celui de l’affirmation d’un intégrisme islamique avec l’arrivée au pouvoir de Khomeiny en Iran, le pape a voulu souligner la responsabilité politique et sociale des religions, y compris dans le domaine de la paix, donc dans les relations internationales, et il a ouvert la voie à des perspectives inédites. La rencontre des religions à Assise, autour du pape, inspirée par l’esprit de François, un lieu qui porte naturellement à la prière, est un moment clé d’une histoire de la paix. On a pu en parler comme d’un tournant dans l’histoire des relations entre les religions, même si cette initiative qui plongeait ses racines dans la déclaration conciliaire Nostra Aetate, dans la visite de Paul VI à Bombay le 3 décembre 1964 et dans son fameux discours à l’ONU le 4 octobre 1965, et plus loin, au Moyen Âge, dans diverses recherches de dialogue, de François d’Assise au Catalan Raimondo Lull et bien d’autres. [...]

À Assise, est né il y a vingt-cinq ans, un mouvement destiné à unir des hommes de toutes religions, de toutes les cultures, et même ceux provenant de l’humanisme athée, dans, disait Jean-Paul II, « un esprit de respect, d’amitié, de solidarité sur les valeurs fondamentales de l’homme ». Assise, qu’il définissait comme « le lieu que la figure séraphique de saint François a transformé en centre d’une fraternité universelle », François qui sut témoigner de la paix retrouvée avec toutes les créatures, et concrètement dans l’histoire, d’une rencontre pacifique et révolutionnaire en son temps, entre christianisme et islam.

En commentant lui-même la rencontre interreligieuse du 27 octobre 1986, Jean-Paul II dit : « Il n’y a qu’un seul dessein divin pour tout être humain qui vient à ce monde, un unique principe et fin, quelle que soit la couleur de sa peau, l’horizon historique et géographique dans lequel il lui revient de vivre et d’agir, la culture dans laquelle il a grandi et s’exprime. Les différences sont un élément moins important par rapport à l’unité qui en revanche, est radicale, fondamentale et déterminante ».

Jean-Paul II a fait du dialogue une priorité. Il ne s’agissait évidemment pas de rechercher une forme de consensus, ni de prendre le risque du relativisme, mais de respecter l’altérité de l’interlocuteur dans son identité propre. Il ne s’agit pas de prier ensemble, mais les uns à côté des autres, et non plus les uns contre les autres, pour libérer, comme il le disait, des « énergies spirituelles ». Il n’y a rien à négocier, c’est seulement un moment spirituel partagé par des croyants de religions différentes, enracinés dans leur propre foi, autour du thème de la paix, pour mettre au premier plan l’énergie de la prière que Giorgio La Pira définissait comme « une énergie atomique »

L’Esprit d’Assise pourrait alors être défini à travers le refus de la fatalité, du pessimisme et de la peur qui trop souvent devient résignation et impuissance, qui conduit à accepter la violence. Mais l’Esprit d’Assise, c’est aussi un appel à la responsabilité des religions et des croyants à s’ouvrir à tous les hommes et les femmes de foi, à séparer radicalement la religion de la guerre, à désolidariser les traditions religieuses des instincts de violence, à faire au contraire de la religion un solide facteur de paix en soulignant ce qui est en commun, une certaine idée de l’homme, le message de paix, l’universel.

L’Esprit d’Assise propose donc un dialogue libre, sans préjugés, fondé sur le respect, la patience et l’amitié, mûri dans la prière.

- Lire l’intégralité du texte
- En savoir plus sur le Professeur Jean-Dominique Durand.

Intervenants

Cardinal André VINGT-TROIS

Le cardinal André Vingt-Trois succède au cardinal Jean-Marie Lustiger comme Archevêque de Paris et comme Ordinaire des catholiques de rite oriental en France le 5 mars 2005. Il a été élu le 5 novembre 2007, puis réélu en novembre 2010, président de la Conférence des évêques de France pour trois ans. Il a été créé cardinal par le Pape Benoît XVI, le 24 novembre 2007, au titre de Saint-Louis-des-Français.

Mgr Nestor (SIROTENKO)

Évêque de Chersonèse du patriarcat de Moscou. Mgr Nestor a fait ses études au séminaire et à l’académie de théologie de Serguéïev-Possad, puis à l’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge de Paris. Pendant plusieurs années, le père Nestor fut recteur de la paroisse orthodoxe d’Asnières (exarchat des paroisses russes d’Europe occidentale du patriarcat de Constantinople). De 2008 à 2010, Mgr Nestor fut doyen des paroisses du diocèse de Chersonèse en France et recteur de l’église cathédrale des Trois-Saints-Docteurs à Paris. Nommé évêque de Caphes, auxiliaire du diocèse de Chersonèse, le 31 mai 2010 par le Saint-Synode de l’Église orthodoxe russe, Mgr Nestor (Sirotenko) est nommé évêque de Chersonèse, en charge des communautés du patriarcat de Moscou en France, Suisse, Espagne et Portugal, le 24 décembre 2010. Mgr Nestor enseigne la théologie pastorale au Séminaire orthodoxe russe à Epinay-sous-Sénart.

M. Anouar KBIBECH

Diplômé de l’École Nationale des Ponts et Chaussées (promotion 1987), filière « Génie Civil », M. Anouar Kbibech est Président d’Honneur, Fondateur de l’Association Islamo-Chrétienne en Essonne « Œuvrer en Essonne pour une Europe Fraternelle » (O.E.E.F) en partenariat avec le « Diocèse d’Evry-Corbeil ». Il a également fondé et anime le « Forum des Cadres Chrétiens et Musulmans » (FCCM) permettant des échanges entre des Cadres et des Décideurs Chrétiens et Musulmans. Président, de juin 2003 à juin 2008, puis porte-parole, depuis juin 2008, du « Conseil Régional du Culte Musulman » de la Région « Île-de-France Est », instance représentative du culte musulman dans la Région, il est Secrétaire Général du « Conseil Français du Culte Musulman » instance représentative du Culte Musulman de France, depuis juin 2008. M. Kbibech est également Président du Rassemblement des Musulmans de France (RMF).

Révérend Olivier Reigen WANG-GENH

Président de l’Union Bouddhiste de France depuis 2007. Ordonné moine en 1977 dans la tradition zen, il a créé de nombreux lieux de pratique en Alsace et en Allemagne du Sud. Depuis 1999, il est l’Abbé du monastère Ryumon Ji (Alsace) où il réside en compagnie d’une communauté de moines et nonnes. Olivier Wang-Genh consacre toute son énergie à faire connaître le bouddhisme au grand public à travers des conférences, des enseignements et des contacts fréquents avec les médias et pouvoirs publics

Claude BATY

Après une maîrtrise à la Faculté de théologie évangélique de Vaux-sur-Seine, il accomplit sa mission pastorale au Congo en 1972. A son retour en France, il devient pasteur de l’Union des Eglises évangéliques libres et exerce son activité pastorale d’abord à Orthez, puis à Paris. En 1997, il est nommé président de la Société biblique française et en 2000, président de la Commission biblique de la Fédération protestante de France. Depuis 2007, il est président de la Fédération protestante de France.

Gilles BERNHEIM

Philosophe de formation, il a été rabbin de la synagogue de la Victoire à Paris (1997). Il préside la commission éthique du Consistoire de France et est vice-président de l’Amitié judéo-chrétienne de France. Il représente la voix autorisée du judaïsme français en faveur du dialogue interreligieux entendu comme élément d’enrichissement réciproque dans le respect entre les différentes traditions. En 2008, il a été élu Grand Rabbin de France. Auteur de nombreux ouvrages, on lui doit notamment un livre d’entretiens avec le cardinal Barbarin, Le rabbin et le cardinal (Stock, 2008. Prix Spiritualités).

Mario GIRO

Membre de la Communauté de Sant’Egidio où il est responsable des relations internationales, Mario Giro mène depuis vingt ans des missions délicates pour la prévention et la résolution des conflits. Il a pris part, en tant que médiateur, à de nombreuses initiatives de paix de la Communauté de Sant’Egidio (Algérie, Kosovo, Liberia, Côte d’Ivoire, Darfour, Guinée Conakry). Il est l’auteur de plusieurs ouvrages approfondissant le thème du dialogue et de la réconciliation dans le milieu politique avec une attention particulière portée au Moyen Orient et à l’Afrique. Mario Giro est lauréat 2010 du Prix de la Fondation Chirac pour la prévention des conflits.

Allocutions

Allocution du Cardinal André Vingt-Trois, Archevêque de Paris, Président de la Conférence des Évêques de France

Allocution du pasteur Claude Baty, Président de la Fédération protestante de France

25e anniversaire de la rencontre d’Assise à Paris.

Allocution de M. Gilles Bernheim, Grand Rabbin de France

25e anniversaire de la rencontre d’Assise à Paris.

Allocution d’Anouar Kbibech, au nom des Musulmans de France

25e anniversaire de la rencontre d’Assise à Paris.

Allocution d’Olivier Wang-Genh, Président de l’Union bouddhiste de France

25e anniversaire de la rencontre d’Assise à Paris.

Allocution de Mario Giro, Communauté de Sant’Egidio

25e anniversaire de la rencontre d’Assise à Paris.

Appel de Paix

Hommes et femmes, représentants de religions différentes en France, nous nous sommes rassemblés ce soir sur le parvis des Droits de l’Homme du Trocadéro. Notre présence commune en ce lieu symbolique manifeste notre attachement à la coopération des religions pour la paix entre les hommes. Nous vivons cette réunion dans l’« Esprit d’Assise », et en écho au rassemblement des nombreux responsables religieux du monde entier, aujourd’hui autour du pape Benoît XVI à Assise.

En nous rassemblant, nous voulons marquer par un signe fort la proximité maintenant ancienne et éprouvée entre les responsables, et entre tous les fidèles de nos différentes religions. Nous sommes reconnaissants envers celles et ceux qui ont su entretenir cette espérance à travers les moments difficiles, quand les crises ont risqué de faire vaciller la confiance qui avait pu se tisser.

Aujourd’hui comme hier, la tentation est grande de se replier sur soi-même et d’utiliser les religions pour nous diviser. Cette tentation est attisée par les déséquilibres sociaux, démographiques, politiques ou commerciaux que nous affrontons. Le monde dans lequel nous vivons est trop souvent attiré par ce qui divise plus que par un sentiment de sympathie envers autrui ; il est plus sensible à l’affirmation de soi qu’au bien commun. Dans bien des régions du monde, la violence augmente ainsi qu’une crise de sens. Un tournant s’impose !

La mondialisation a besoin de trouver une âme. L’égoïsme mène à une civilisation de la mort, qui fait beaucoup de victimes. C’est pourquoi, il nous faut tourner les yeux vers le haut, nous ouvrir à l’espérance et devenir capables d’une vision de la justice qui dépasse nos horizons français ou européens. Nous devons, avec force, affronter à nouveau le problème de la paix dans toutes ses dimensions. Nous sommes conscients de la responsabilité des religions, dans le danger qu’elles font courir à la paix quand elles ne tournent pas leur regard vers le haut. Celui qui se sert du Nom de Dieu pour haïr l’autre et tuer, blasphème le Saint Nom de Dieu. C’est pourquoi nous pouvons dire : il n’y a pas de futur dans la violence et la guerre ! Il n’y a pas d’alternative au dialogue.

Nous sommes destinés à vivre ensemble et nous sommes tous responsables de l’art du vivre ensemble. Le dialogue s’est révélé aujourd’hui l’outil le plus intelligent et le plus pacifique pour cela. C’est la réponse aux prédicateurs de la terreur, qui vont jusqu’à employer les discours des religions pour répandre la haine et diviser le monde. Car aucun homme, aucune femme, aucun peuple n’est appelé à vivre seul, l’humanité a une vocation et un destin commun : celui de l’unité.

Regardons-nous avec davantage de sympathie et beaucoup, tout, redeviendra possible. En France, dans nos villes, nos quartiers, nos écoles, nos entreprises et nos associations, les croyants des différentes religions ont appris depuis des années, des siècles parfois, à vivre non pas les uns contre les autres, mais les uns avec les autres. Le dialogue est une force simple à la disposition de tous. Avec le dialogue nous construirons un monde pacifié. Devenons tous des artisans de paix. Oui, que Dieu concède à notre monde le don merveilleux de la paix.

Paris, esplanade des Droits de l’Homme, le 27 octobre 2011