Homélie du cardinal André Vingt-Trois – Journée mondiale de prière pour les vocations

Cathédrale Notre-Dame de Paris - Dimanche 3 mai 2009

Ac 4, 8-12 ; Ps 117, 1.4.8-9.22-23.28-29 ; 1 Jn 3, 1-12 ; Jn 10, 11-18

Homélie du Cardinal André Vingt-Trois

Frères et sœurs,

Chaque dimanche depuis Pâques, nous avons contemplé et médité les apparitions du Christ ressuscité. Nous entrons maintenant dans une nouvelle étape de notre réflexion et de notre communion avec le Christ vainqueur de la mort. Il ne s’agit plus des manifestations du ressuscité mais des grandes caractéristiques de la mission qu’il reçoit à l’égard de toute l’humanité. L’évangile de saint Jean nous invite aujourd’hui à méditer sur la figure du Christ bon pasteur.

Le vrai pasteur entretient une relation bien particulière avec ses brebis, c’est-à-dire avec ceux et celles dont il a la charge. Le Christ dit en effet : « le bon pasteur connaît ses brebis et ses brebis le connaissent » (Jn 10, 14). Cette connaissance ne peut s’entendre au sens d’une information extérieure, comme si, pour être un bon pasteur, il suffisait de posséder les données sociologiques exhaustives qui définissent une population. Pour nous, il ne s’agit pas simplement de savoir quelle est la société dans laquelle nous vivons.
Certes, il est important que l’Église connaisse la population à laquelle elle est envoyée, qu’elle en suive les évolutions et qu’elle saisisse ses espérances et ses craintes. Mais la connaissance réciproque qui unit le Christ aux membres de son corps qui est l’Église et à travers elle à l’humanité toute entière, dépasse de beaucoup cet aspect que l’on pourrait appeler documentaire. Elle n’est pas non plus un rapport fonctionnel, comme si le pasteur était simplement celui qui met le troupeau en ordre et qui permet que la vie commune se déroule d’une façon harmonieuse.

Selon la suite de ce passage d’Évangile, cette relation s’identifie avec la connaissance que le Père a du Christ et que le Christ a du Père : « Je connais mes brebis et mes brebis me connaissent comme le Père me connaît et que moi aussi je connais le Père » (Jn 10, 15). Nous savons par la foi que cette relation qui unit le Père et le Fils n’est pas simplement de l’ordre de la connaissance de l’intelligence. Il ne s’agit pas de dire que le Christ est celui qui en sait le plus sur le Père et réciproquement, même si cela est vrai.
La connaissance qui unit le Père et le Fils est une communion très étroite qui d’une certaine façon les identifie l’un à l’autre. Le Fils unique est en relation avec le Père d’une façon inimitable, incomparable avec toutes les autres formes de connaissance. Or, Jésus évoque ce lien singulier qui l’unit à son Père quand il parle de la relation qui l’unit à son peuple.
Cette communion nous est partagée, comme le Christ le révèle tout au long de l’Évangile : « qui vous reçoit me reçoit, et qui me reçoit, reçoit celui qui m’a envoyé » (Mt 10, 40). Par là le Christ nous révèle que la relation pastorale du bon pasteur avec son troupeau est de la même nature que l’acte dans lequel le Père a envoyé son fils, son unique, semblable à lui, pour devenir le sauveur de son peuple.

La communion pastorale, qui unit le pasteur à ses brebis, est donc beaucoup plus qu’une simple relation extérieure. Elle s’éclaire d’une façon incomparable dans le don que Jésus fait de sa vie : « le Père m’aime parce que je donne ma vie pour la reprendre ensuite » (Jn 10, 17). La nature de la relation intime entre le Père et le Fils nous est révélée dans l’offrande du Christ pour le salut du monde, dans son acceptation du châtiment qui le frappe, dans le sacrifice qu’il accepte et qu’il porte. Dès lors, nous comprenons que dans la vie de l’Église, toute mission pastorale est indissociable du don que le pasteur est invité à faire de sa vie.
C’est à cette condition que progressera l’unité de l’Église et que ses pasteurs la conduiront selon la volonté de Dieu. Comme Jésus a donné sa vie par amour pour les hommes et par amour pour son Père, les douze qu’il a appelés et choisis pour conduire son Église seront à leur tour entraînés dans ce don total et irrémissible de leur existence, tout comme après eux ceux à qui les apôtres auront imposé les mains et transmis le dépôt de la foi.

C’est pourquoi depuis un peu plus d’un demi-siècle, le quatrième dimanche de pâques au cours duquel nous entendons cet évangile du Bon Pasteur a été choisi pour célébrer la journée mondiale pour les vocations sacerdotales. En effet, le seul modèle pour le prêtre qui cherche à comprendre le cœur de sa mission pastorale dans l’Église est celui du bon pasteur. Le seul chemin de toute vie sacerdotale est la vie du Christ, qui vit dans la communion étroite de son peuple et accomplit le don de son existence. C’est parce qu’il est appelé à se donner tout entier qu’il est vraiment celui qui connaît ses brebis et que ses brebis connaissent.

En ouvrant l’année dernière pour le diocèse de Paris une année de réflexion et de prière sur le prêtre, j’ai voulu inviter les communautés chrétiennes à réfléchir davantage à cette place incomparable du ministère sacerdotal dans la mission et la vie de l’Église. Comme vous, j’ai eu la joie d’apprendre il y a quelques semaines que le Pape Benoît XVI avait décidé l’organisation d’une année sacerdotale pour toute l’Église, à l’occasion du cent-cinquantième anniversaire de la mort du Curé d’Ars en 2010.
Nous allons donc vivre une deuxième « année du prêtre », cette fois-ci avec l’Église universelle. C’est une chance qui nous est donnée que d’approfondir encore ce qui a été initié peut être trop précipitamment au cours de l’année scolaire qui s’achèvera bientôt.
Le prêtre, pasteur collaborateur de la charge apostolique, est appelé à tout quitter : famille, travail, propriété et tout ce qui le situe et l’inscrit dans un fonctionnement social. Il peut dès lors vivre une communion totale avec l’Église et accepter de prendre sur ses épaules le fardeau du Christ, pour travailler à la vie et à l’unité de son Église. Cette vocation spécifique est un trésor confié à l’Église.
Elle ne peut être vécue si elle n’est pas valorisée par le corps ecclésial tout entier, soutenue par les familles dans lesquelles les jeunes hommes sont appelés à devenir prêtres, portée par la prière de la communauté, gardée par l’estime que l’on porte aux prêtres et par la collaboration confiante dans laquelle on travaille avec eux.

Frères et sœurs, en ce dimanche des vocations je vous invite à prier pour demander cette disponibilité pour accompagner et soutenir ceux qui sont appelés à donner toute leur vie pour le service de l’Evangile. Comme c’est la tradition, vous êtes invités aujourd’hui à contribuer par votre offrande au fonctionnement de l’Œuvre des Vocations qui finance la formation des prêtres des quatre diocèses de la zone centrale : Paris, Nanterre, Créteil et Saint-Denis, soit aujourd’hui une centaine de séminaristes.
Cette collecte permet de les prendre en charge aussi bien pour leur vie quotidienne, pour les frais des études, et pour la couverture sociale. C’est un investissement important pour nos diocèses et pour cela, votre contribution est nécessaire. L’Œuvre des Vocations est la seule structure légitime et reconnue pour financer la formation des prêtres diocésains de Paris, Nanterre, Créteil et Saint-Denis. N’oubliez pas de lui venir en aide. Merci.

+André cardinal Vingt-Trois

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