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Éduquer au silence, à l’intériorité et à la prière (François-Xavier Le Van)

Extrait de Document épiscopat, 2005, n°10/11
« Éduquer, le bonheur de faire grandir »
François-Xavier LE VAN (Mouvement Eucharistique des Jeunes)

L’homme a peur du silence parce qu’il n’a pas envie de se retrouver en face de lui-même, d’être confronté à lui-même. Il craint souvent que la vérité sur lui soit insupportable, voire terrifiante, car on peut parfois se transformer en juge de soi-même. Enfin, le silence peut faire surgir des questions existentielles : pourquoi je vis ? D’où je viens ? Où je vais ? On a peur de ces questions, car on n’a ni réponse immédiate ni réponse toute faite. Elles renvoient l’être humain immanquablement à la question du sens de sa vie. Il en est de même dans le domaine religieux. Les célébrations avec du silence de recueillement peuvent faire fuir les jeunes, voire même les moins jeunes. On le comble avec des chants, des paroles, des gestes. Le temps de recueillement est rarement programmé… soit parce que l’on a peur du chahut des jeunes, soit parce que l’on n’a pas l’habitude de vivre le recueillement. Par ailleurs, en dehors des célébrations, on hésite souvent à proposer un temps de prière personnelle silencieuse. En même temps, on ne peut réduire notre société et les jeunes à ces peurs et ces absences de vie intérieure. Chez certains, les propositions de silence, de recueillement sont très appréciées. Sans que cela ne prenne immédiatement la dimension religieuse, le silence peut être vécu comme habité… par une histoire, des histoires… comme possibilité de recul et de prise de distance. Associé à la dimension spirituelle et religieuse, le silence prend alors la forme de la présence d’un Autre.

Le silence, lieu de liberté et ouverture à la vie intérieure

Le retour sur soi, dans le silence, est le début de la vie intérieure. Il ne s’agit nullement de narcissisme mais d’un espace de liberté que l’on se donne pour prendre de la distance vis-à-vis de soi. Nous touchons ici aussi à un des fondamentaux de l’être humain : prendre conscience de son existence. Par cette possibilité de retour sur soi, l’homme peut établir une relation de soi à soi qui constitue sa vie intérieure. Mais la vie intérieure n’est pas seulement alimentée par cette relation. Ses relations aux autres, une fois la distance prise, en sont aussi les éléments constitutifs. De même, le rapport distancié de l’homme à son environnement (paysage, image, musique…) peut cultiver la vie intérieure. Dans ce rapport, l’homme ne cherche pas à combler un vide mais à accueillir en toute liberté ce qui s’offre à lui.

La vie intérieure, prémices de la relation à Dieu

C’est au cœur de la vie intérieure que Dieu se révèle à la fois présent dans les événements, les relations à soi et aux autres et aussi comme Celui qui fait irruption dans ce silence en tant que Tout Autre. Dieu se manifeste à l’homme dans sa relation à lui. D’une part, Il lui fait signe dans son histoire à travers l’avancée de son humanité, que ce soit prodiges visibles ou paix et allégresse intérieures. Il est le compagnon de tous les jours dont la présence se fait percevoir à travers les moments d’arrêt, de silence, de recueillement. D’autre part, Dieu peut aussi entrer à l’improviste dans la relation que l’homme cherche à nouer avec Lui. Cet étranger, hôte imprévisible, peut se manifester par une consolation quand tout devient noir, par une paix quand l’échec ou la violence sont présents.

Vie intérieure et rites

Comme dans toute relation humaine, la relation à Dieu nécessite des rites qui permettent à l’homme d’exprimer dans son corps, de manière « codifiée », les sentiments qui l’habitent et qu’il veut célébrer. Nous retrouvons un autre élément des fondamentaux de l’homme : mettre en rites pour mieux vivre les moments importants, les étapes, les passages. La vie intérieure nécessite des rites. On ne peut entrer dans la vie intérieure sans prendre le temps de s’arrêter, de s’asseoir, de se mettre dans une position corporelle qui favorise cela. Le rite par excellence pour les chrétiens est le sacrement.

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01/09/09