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Orient et Occident, deux formes d’intériorité (Père Joseph-Marie Verlinde)

Père Joseph-Marie Verlinde, L’expérience interdite,
éditions Saint-Paul, 1998, p. 69

Voulez-vous suggérer qu’il y aurait différentes formes d’intériorité ?

Il me semble que le point de départ de tout cheminement mystique ne peut être qu’un acte de rupture avec la dispersion et donc un retour sur soi, une concentration en soi. Mais à peine engagé sur ce chemin de l’intériorité, la question se pose : marchons-nous seul sur la route, nous enfonçant toujours plus profondément en nous-mêmes par nos propres forces, à la recherche de ce point originel où nous surgissons dans l’existence ? Ou bien le premier mouvement d’intériorisation nous a-t-il permis de nous « ramasser » en nous-mêmes pour nous disposer à la rencontre du Tout Autre, dont nous ne pouvons qu’espérer et attendre l’initiative dans laquelle Il dévoilera quelque chose de son Mystère ? Auquel cas le chemin de l’intériorité bifurque si l’on peut dire : il nous faudra interrompre le premier mouvement d’intériorisation, pour nous disposer à sortir à la rencontre de Celui que nous invoquons et dont nous guettons la venue. Toutefois cette extériorité toute nouvelle ne nous rejettera pas dans la dispersion hors de nous-mêmes : elle est d’un autre ordre, et nous conduit à une présence intérieure qui nous est plus intime que nous-mêmes tout en maintenant son altérité irréductible.

Comment différencie-t-on dans le langage ces deux formes de mystique ?

Tout à fait logiquement on qualifie de mystique d’immanence ou mystique naturelle, la voie qui cherche l’Absolu tout au fond de son propre être naturel, et mystique de la Transcendance ou mystique surnaturelle, celle qui attend d’un Autre - qui est aussi d’une autre nature et d’une nature supérieure - l’accomplissement de son désir. La mystique chrétienne est par essence surnaturelle puisqu’elle attend tout de la grâce ; la mystique de l’Orient est naturelle puisqu’elle avance, par la seule force de son ascèse, vers les profondeurs de l’être manifesté.

02/09/09