Marguerite Léna, L’Esprit de l’éducation,
Parole et Silence, Paris, 2007, pp. 234-235
Croire à la vie de l’esprit, c’est croire qu’en tout homme, quel que soit le poids des conditionnements inconscients, biologiques ou sociaux, il existe une aptitude à discerner la vérité et à la préférer au mensonge, à s’engager et à aimer, fût-ce à ses dépens, à comprendre et à créer. Ainsi entendu, l’esprit désigne le principe de notre identité la plus singulière, et la condition de notre ouverture la plus universelle, la source de toute fidélité créatrice et de toute résistance à l’inacceptable. Avant toute détermination philosophique plus technique, le terme fait droit à l’expérience fondatrice d’un Augustin ou d’un Pascal, d’un Kierkegaard ou d’un Blondel, que retrouvent, plus proches de nous, des hommes comme Clavel ou Soljenitsyne : à un certain degré d’« approfondissement dans l’existence », l’homme passe l’homme, et l’intériorité s’ouvre vers un plus grand que soi.
Certes, l’intériorité humaine n’est pas forcément baptisée. « On peut être en soi-même sans être avec le Saint Esprit », écrivait le P. Varillon. Mais elle prépare Sa demeure. « L’Esprit se joint à notre esprit pour attester que nous sommes enfants de Dieu » (Rm 8, 16) : au sens le plus profond du terme, l’esprit constitue en quelque sorte la structure d’accueil, en l’homme, de l’Esprit de Dieu. C’est pourquoi, sauf exception, on ne passe pas d’une vie tout extériorisée, livrée aux impressions et aux sollicitations du moment, ou étroitement repliée sur soi, à la découverte de Dieu. Il faut d’abord « redire ad cor », passer par son propre cœur, éveiller en soi l’esprit. Former l’esprit, c’est aider un être à prendre conscience de cette vie qui l’anime, dans sa double dimension d’intériorité et d’universalité, de recueillement et d’ouverture, s’efforcer d’en dégager et d’en purifier les sources.
06/09/09
