Père Pascal Ide, Eh bien dites : Don,
Editions de l’Emmanuel, 1997, pp. 140-141
Dans la belle parabole de l’enfant prodigue (Lc 15,11-32), quel fut le moment décisif où tout a basculé ? La famine ? Non pas, car le fils dit prodigue aurait pu s’enfoncer dans la révolte ou se suicider. La rencontre avec le père ? Non pas, car alors, tout est joué. La décision de retourner vers son père ? Vous brûlez, mais ce n’est pas encore cela. Remontez un tout petit peu en amont. Chaque terme du texte évangélique mérite l’attention. Un seul mot, un verbe, tient tout : « Rentrant en lui-même », dit la Bible de Jérusalem (v. 17). Le moment-charnière est celui où le fils accepte de rentrer non pas chez son père, mais en lui, ce qui est le tout premier chez-soi, celui que, depuis son départ et sans doute bien avant, il avait déserté. La raison développée ci-dessus est tirée de la bonté du donateur. Mais elle laisse l’homme passif face au don qui le traverse et le bénit. Or, le bénéficiaire est aussi acteur de cette descente du don en lui-même. Il est en effet possible de recevoir sans rien garder de ce que l’on a reçu. On ne garde que ce dont on a pris conscience. L’intériorité est donc la prise de conscience du don.
L’homme est un être d’intériorité. On le comprend a contrario. Les couples qui n’arrivent plus à se donner l’un à l’autre sont les couples qui ont perdu leur intériorité. Si les relations entre personnes sont si creuses, si agressives, c’est que la véritable intimité entre les personnes se ressource d’abord dans l’intériorité de chaque personne. Il y a des êtres dont la vie est à ce point éclatée, agitée qu’ils donnent l’impression de n’être doués d’aucun dedans.
06/11/09
