L’Église
Catholique
À Paris

Gran Torino

Clint Eastwood

Le dernier film de Clint Eastwood, Gran Torino, s’ouvre et se clôt, à l’intérieur de la même église, par un enterrement. Dans le premier cas, une mère de famille généreuse, qu’entourent des individus murés dans leur amertume ; dans le second, un misanthrope solitaire, qui unit ceux qu’à leur corps défendant il aura rachetés. Critique du père Denis Dupont-Fauville.

Le paradoxe et le miracle du film résident en ce que, d’un enterrement à l’autre, le héros effectue un parcours où, affrontant une existence que tout semble conduire à la mort, il s’ouvre progressivement au vrai prix de la vie, plus forte que la mort. Si bien que les spectateurs, sortant de ce spectacle apparemment funèbre, ne peuvent qu’accéder à l’espérance.

Histoire pourtant très simple, d’un solitaire de l’Amérique profonde que les circonstances amènent à fréquenter des voisins vietnamiens mal intégrés. Mise en scène extrêmement épurée, où tout se passe à hauteur d’homme, le long d’une ou deux rues, d’un carrefour à l’autre. Mais ce cadre formel, traité avec un classicisme qui frise la perfection, permet de repérer les moindres inflexions, les variations de mouvement, l’évolution des attitudes. Qu’il suffise d’évoquer l’importance des seuils, franchis ou non, des voitures, symboles des fratries et des communautés, et surtout des terrasses, lieux où se combinent l’intimité du foyer et l’ouverture sur l’extérieur.

La subtilité du propos se dévoile aussi dans les dialogues. Une langue plus que verte, volontiers agressive, découvre rapidement ses propres limites face à l’étranger, en même temps que son aspect fruste permet justement à l’étranger lui-même d’y entrer, non sans humour, et d’engager un dialogue toujours plus riche en humanité.

Comme toujours chez Eastwood, donc, mais à un point sans doute inégalé, les clichés sont à la fois accumulés et désamorcés. Aucun ne signifie ce que l’on attendrait. Le maniement des mots, l’évolution des personnages et le mouvement de la caméra se conjuguent pour donner à ce qu’il y a de plus banal une profondeur inédite et soudain évidente. C’est d’ailleurs ici une joie, pour les cinéphiles, de voir comment le réalisateur multiplie les citations de ses films antérieurs tout en les retournant . Eastwood acteur et réalisateur atteint à son « achèvement » : non seulement la fin d’un parcours, mais aussi la perfection de ce que celui-ci portait en germe.

Une telle histoire ne peut se raconter, précisément parce qu’elle doit se voir. Les thèmes, innombrables, s’entrecroisent. Signalons-en deux, pour mémoire. D’abord la religion : admirable figure du prêtre, avec ses limites, sa probité et sa grâce, qui permettra une stupéfiante confession, partielle aux yeux du spectateur mais parfaitement honnête du point de vue du pénitent ; la suite montrera d’ailleurs à quel point, malgré ses peurs, il est entré grâce à elle dans la paix. Ensuite les femmes , tantôt critiquables (la bru, la petite-fille, la grand-mère Hmong), tantôt admirables (la femme de Walt, la jeune Sue et, réunissant les deux, dans la dernière phrase du héros… la Vierge Marie elle-même) : toute cette progression d’un homme vers une véritable paternité peut aussi être lue comme celle d’une ouverture à la grâce des femmes.

Un chef d’œuvre de cinéma et d’humanité tout court.

P. Denis DUPONT-FAUVILLE +
6 mars 2009

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