L’Église
Catholique
À Paris

Mademoiselle Chambon

Stéphane Brizé

« Lorsque l’on construit une maison, il faut commencer par faire des fondations, un socle solide, pour que la maison tienne, sinon elle s’effondre », c’est par ces mots que Jean, maçon comme son père, explique son métier aux enfants de la classe de Jérémy. Critique de Françoise Le Graverend.

Celui-ci écoute son père avec admiration, la même sans doute que son père avait eue avant lui pour son propre père. On est touché d’entendre Jean s’exprimer ainsi, lui, le solide bâtisseur, que l’on sent si peu enclin à parler. Cependant le cinéaste nous a dit, en ouvrant son film, que le bâtisseur peut aussi détruire : pendant le générique, c’est le son du marteau-piqueur que l’on entend avant que l’on ne découvre celui qui manie cet outil destructeur… Jean.

Jean vit un bonheur tranquille avec sa femme, Anne-Marie, et leur fils, jusqu’au jour où il fait la connaissance de Mademoiselle Chambon, la maîtresse de la classe de Jérémy. Elle lui demande de venir remplacer une fenêtre dans son appartement. Il entre alors chez elle, découvre son univers si différent du sien, remarque son violon, quelque chose de discret naît entre eux, puis prend place et s’installe, comme la musique du violon…

Stéphane Brizé filme les visages avec délicatesse, avec retenue. Ces visages nous disent tout, tant le cinéaste sait les interroger avec la caméra. Nul besoin de paroles, les visages nous révèlent ce qui se passe dans le cœur de chacun. C’est celui d’Anne-Marie tandis que Véronique Chambon joue du violon pour l’anniversaire du père de Jean. La caméra va de visage en visage, les explore, et pourtant, sans que rien ne soit dit, nous percevons qu’Anne-Marie a saisi le lien amoureux unissant Jean à la violoniste. Elle se tait. Elle reste attentionnée auprès de chacun dans cette fête que Jean a souhaitée pour son père.
C’est encore celui de Jean, face au mur du couloir souterrain de la gare au moment où il va tout quitter. Sans un mot, le cinéaste livre à notre regard son combat intérieur dans cet instant où il consent à nouveau à écouter sa conscience, cette voix qu’il n’entendait plus depuis que Mademoiselle Chambon avait refermé la fenêtre, qu’il venait de poser, en disant « C’est merveilleux, on n’entend plus rien ! ».

Par petites touches, le cinéaste sait nous montrer combien la famille est présente dans l’univers de Jean. N’est-ce pas là le socle ? Les premières images du film nous introduisent au moment du dessert d’un pique-nique familial : scène savoureuse autour de l’exercice de grammaire de Jérémy donné par son institutrice ! Jean voue un respect filial empreint de tendresse pour son père : il l’accompagne dans ses démarches, il lui lave les pieds. C’est autour de son père, qu’il invite la famille à se rassembler. Toutes ces scènes filmées avec beaucoup de justesse nous font à l’inverse ressentir fortement l’absence de la famille autour de Mademoiselle Chambon : seule la voix de sa mère dans un monologue bavard laissé sur le répondeur (puisque Véronique ne prend même pas la peine de décrocher) nous donne à connaître quelques bribes de cet entourage familial, mais avec quelle distance !

Comme le personnage de Jean, le cinéma de Stéphane Brizé n’est pas bavard : le cinéaste écrit avec ses propres mots que sont les images, et il nous fait entrer avec pudeur dans le regard qu’il porte sur les choses. Il aime ses personnages, sa caméra le montre. Il respecte le spectateur. C’est devenu si rare qu’il faut le souligner !

Françoise Le Graverend,
Novembre 2009

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