L’Église
Catholique
À Paris

Intervention du cardinal Jean-Marie Lustiger – 10e anniversaire de la Maison Saint-Augustin

Colloque des 6 et 7 juillet 1995

Comment peut-on présenter cette année à ceux qui se proposent pour entrer au séminaire ?

Le vocabulaire qui vient le plus souvent à l’esprit est celui de discernement. Le « discernement » est un des mots les plus employés dans la pratique récente de l’éveil et de l’accompagnement des vocations. Il désigne alors une recherche : quelle est la volonté de Dieu sur moi ? comment éclairer mon choix ? Comment savoir ce que je dois faire ?

Influencée par ce langage, notre première manière de présenter la Maison Saint-Augustin la décrivait comme une année de discernement. Mais nous avons vite éprouvé les difficultés d’une telle définition et les équivoques qu’elle pouvait susciter chez les jeunes eux-mêmes. On risque, en effet, de confondre ce qui est à proprement parler le discernement des esprits et ce qui relève de la manière d’une décision (Vais-je entre au séminaire ? Vais-je y rester ? Vais-je choisir la vie religieuse ? Et quelle forme ? Vais-je choisir le mariage, tel métier ?). Cette confusion naît d’une vision naïve de la manière dont la volonté de Dieu se manifeste. Elle ne peut qu’enfermer celui qui s’interroge dans les incertitudes et les ambiguïtés de ses choix. Passer une année à se demander ce que l’on fera, dans quelle forme de vie on s’engagera, etc...ne permet pas de recevoir une réponse claire, acceptée dans le désintéressement et la paix par la purification de l’intelligence et de la volonté. Bien au contraire, chez certains, cette confusion renforcera l’influence des modes, l’emprise des pulsions de l’affectivité. Elle va, finalement, à l’encontre du travail de purification nécessaire à un choix, à une élection accomplie dans la liberté spirituelle. De ces constatations, nous avons tiré deux leçons.

La décision préalable

Dès le moment où une année spirituelle a été mise en place, un premier jugement d’aptitude doit être opéré par les responsables des vocations et le supérieur de l’année spirituelle avant d’accepter un candidat. L’expression « jugement d’aptitude » désigne mieux que le terme « discernement » la décision à prendre. Ce jugement constatera que tel sujet peut être appelé à franchir ce pas parce qu’il possède des aptitudes suffisantes, parce qu’il ne présente pas de contre-indication grave (particulièrement affective ou d’ordre psychologique). A défaut de ce jugement préalable, on risquerait de transformer l’année spirituelle en « fourre-tout » dans lequel on accueillerait très largement tout éventuel candidat en comptant sur le déroulement de l’année pour y voir clair. La Conséquence serai d’accroître les incertitudes et les dysfonctionnements en cette année. Elle mettrait en cause sa spécificité, diminuerait son efficacité et rendrait inopérante, voire irréalisable sa pédagogie propre.

Il faut donc que les responsables de la reconnaissance d’un premier appel établissent un jugement d’aptitude suffisamment averti pour ne pas admettre de personnes qui risquent de peser lourdement sur la communauté ou d’y perdre leur temps. C’est aussi faire preuve de respect à leur égard. Pour autant le travail de discernement, au sens exact du terme, et la réponse à la vocation sont loin d’être accomplis avant d’entrer dans l’année spirituelle.

Le don total

Dans cette perspective, il me paraît donc plus judicieux de dire aux nouveaux candidats : « Vous avez des raisons suffisantes de penser que Dieu vous fait la grâce de vous appeler au ministère sacerdotal. Pendant cette année, travaillez à vous donner à Dieu sans réserve et sans conditions. Ne vous inquiétez pas de votre réponse finale, ni de ce que vous ferez dans l’avenir. Puisque c’est Dieu qui vous conduit, la lumière vous sera donnée en temps voulu. Le Seigneur la confirmera par le jugement de l’Eglise. »

C’est donc un appel à la sainteté adressé à un pécheur avec ses limites et tout ce qui le constitue. L’entrée dans cette maison n’invite pas à une mobilisation sur soi-même, sur ce que l’on pourrait ou ce que l’on voudrait faire, mais, dès le premier pas, elle demande à celui qui entre à la Maison Saint-Augustin un décentrement de lui-même, une ouverture de toute sa liberté pour répondre avec générosité à l’appel de Dieu en faisant confiance à ceux qui vont l’aider dans sa réponse.

Jean Marie cardinal Lustiger

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