L’Église
Catholique
À Paris

Christianisme et culture

Extrait de la revue Études d’octobre 1983.

L’homme sans fin ou le redoutable paradoxe de la culture contemporaine

Pages 297-298.

Le rôle culturel des chrétiens

L’Eglise prend la parole pour l’amour de l’amour. La foi lui donne la liberté d’écouter Dieu, d’obéir à la fin transcendante de l’homme au milieu de sociétés, de groupes de pression, de pouvoirs politico-militaires, qui ne peuvent, par définition, qu’être esclaves de la loi d’airain de leur propre subsistance, de leur accomplissement crispé sur eux-mêmes. Les chrétiens, nés de l’Eglise, n’ont à perdre ni l’argent, ni le pouvoir, ni les positions de puissance, ni la maîtrise culturelle ; car ils sont appelés à la liberté vis-à-vis des fins que tous les autres efforts de ce monde supposent indépassables. Leur témoignage, jusqu’à la mort, donne la preuve expérimentale qu’une autre fin permet l’accomplissement de l’homme, et le sauve de son enfermement, suicidaire, en ses seules forces. Une telle liberté reçue de Dieu assigne aux chrétiens un rôle décisif dans le combat pour l’homme. Combat presque désespéré pour qui observe dans son ampleur la crise de la culture contemporaine ; combat plein d’une espérance invincible pour le disciple qui reçoit la révélation de la condition humaine, en suivant les pas du Fils de l’homme.

Le rôle culturel des chrétiens consiste, aujourd’hui à témoigner de la finalité transcendante de l’homme. Dans le Christ, Dieu propose à l’homme de se découvrir à l’image et à la ressemblance non de ce que, lui, l’homme, peut imaginer de plus grand, mais de ce qu’est Dieu, lui-même : Mystère paternel et filial de la Charité. Dans le long et dur procès qui, le siècle dernier, a été intenté contre le christianisme au nom de l’homme, le christianisme maintenant plaide silencieusement pour l’homme contre une autonomie qui réduit son humanité à l’idée qu’il s’en fait. Le christianisme devient l’avocat de l’homme, souvent dépouillé de son humanité par le geste même qui devait la lui conférer. Le christianisme n’accuse pas : il propose le Visage du Christ, accusé et mis à mort,

Comme celui de la véritable humanité. Cette vérité de l’homme lui a été promise avec sa création et avec son appel à la filiation divine. Adam, l’homme comme tel, a méconnu cette promesse que Dieu n’a cessé de réitérer, en renouvelant avec lui son Alliance. Adam a méconnu la promesse divine et, en peine de sa véritable humanité, ne peut la recouvrer que dans le second Adam. Dans le Christ, il se découvre réconcilié et rendu, en même temps, à sa condition originaire. Car, en torturant le Christ, les hommes n’ont pu réussir sur lui ce qu’ils réussissent, sous nos yeux, sur eux-mêmes : l’humanité défigurée transparaît authentique sur la face blasphémée de l’Homme-Dieu. Le Christ porte, sur sa sainte Face, le reflet des clartés originaires, la restauration de nos visages défigurés, la grâce de nos accomplissements. Ouvert à la charité de Dieu, ouvert à l’humanité par cette charité même, il porte, à travers sa mort, l’humanité de l’homme à son dernier achèvement. Ecce Homo. Aujourd’hui, c’est Lui la vérité de l’homme.

+Jean-Marie cardinal Lustiger
Archevêque de Paris

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