Homélie de Mgr André Vingt-Trois – Messe des rameaux à l’occasion du Frat de Lourdes

Lourdes – Dimanche 9 avril 2006

Evangile selon Saint Marc chap.14, versets 1-15, 47 : La Passion de notre Seigneur Jésus-Christ.

Chers Amis,

Nous voici donc au pied de la Croix. Un homme lève les yeux vers celui qui a été crucifié et s’écrie « vraiment cet homme était le Fils de Dieu ». Cet homme, c’est le païen, le centurion de corvée d’exécution qui a dû monter au Golgotha. Qu’est-ce qui a pu bouleverser à ce point le cour de cet homme pour qu’il reconnaisse en Jésus le Fils de Dieu ? Quelle secousse intérieure pour que ses yeux se soient ouverts et qu’il ait pu confesser : « Jésus est le Fils de Dieu » ? La foule, alentour, ricanait : « S’il est le Fils de Dieu, que Dieu vienne et le sauve ! » ; d’autres baissaient les yeux, honteux de ce qu’ils voyaient ; d’autres se poussaient du coude, d’autres se racontaient des histoires, d’autres étaient là parce qu’ils ne pouvaient faire autrement. Qui, parmi cette foule, était vraiment libre ? Qui osait penser par lui-même ce qu’il pensait ? Qui osait dire ce qu’il pensait ? Qui osait affronter les autres ? Qui osait ne pas suivre comme un mouton les mots d’ordre des chefs qui avaient dit : « Il faut y aller, il faut demander sa mort, il faut crier, et le pouvoir cédera ! ». Et Pilate avait cédé.

On peut faire crier une foule, on peut faire passer des mots d’ordre, on peut faire plier une autorité. Qui était libre au pied de la croix ? Le centurion, obligé d’être là par corvée, qui lève les yeux et qui dit : « Celui-là était le Fils de Dieu ». Alors, je réfléchis : qu’est-ce qui est de nature à changer quelque chose dans le monde ? Qu’est-ce qui peut changer quelque chose pour que les choses aillent mieux, au moins pour qu’elles aillent moins mal ? Pour que l’avenir soit moins sombre ? Pour qu’il y ait quelques lueurs au bout du chemin que vous parcourez année après année en faisant vos études ? Quelle est la puissance qui peut bouleverser le monde ? Tout le monde croit que c’est la force. L’empereur de Rome croyait que c’était la force qui gouvernait le monde, le puissant procurateur croyait que c’était sa force qui gouvernait la Judée, et sa force a plié devant une violence comparable. Mais, finalement, qu’est-ce qui a été le plus fort dans ce combat ? Est-ce le peuple et ses chefs quand ils réclament la mise à mort de Jésus plutôt que la libération de Barabbas ? Est-ce le procurateur quand il se lave les mains et qu’il laisse faire la foule ? Est-ce le centurion quand il accompagne le condamné ? Est-ce celui qui a tout abandonné par amour ? Devant la croix nous découvrons que la puissance capable de transformer le monde, ce n’est pas la force des mots, ce n’est pas le choc des photos, ce n’est pas la violence, ce n’est pas la haine, ce n’est pas la rancune, ce n’est pas le mépris ni la force qui peuvent changer le monde. C’est l’amour. L’amour seul est plus fort que la haine, l’amour seul est plus fort que la mort, l’amour seul est plus fort que la bêtise.

Alors, chers amis, en ce jour où nous sommes rassemblés au pied de la croix du Christ, je vous demande, pendant quelques instants de silence, de faire un acte de liberté, c’est à dire de ne pas vous demander à quoi pensent les autres en vous regardant, de ne pas chercher à votre droite et à votre gauche ce qu’il faut penser, dire ou faire, de ne pas vous laisser conduire là où vous ne voulez pas aller, de ne pas vous laisser utiliser par tous les marchands. Laissez votre cour regarder le Christ, laissez votre cour reconnaître l’amour et laissez la parole du centurion monter sur vos lèvres : « Oui, cet homme est le Fils de Dieu ».

Amen.

+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris

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