Homélie de Mgr André Vingt-Trois – Obsèques de Raymond Barre

Chapelle du Val-de-Grâce - mercredi 29 août 2007

« Mais la sagesse, d’où provient-elle ? Où se trouve-t-elle ? »

Comment cette question du livre de Job pourrait-elle ne pas se poser au moment où nous sommes confrontés à la mort d’un homme ? Qui ne se pose à lui-même cette question : la véritable sagesse, quelle est-elle ? Où est-elle ? Et encore : pour moi, aujourd’hui, où est la sagesse ? A quoi puis-je reconnaître celles et ceux qui sont habités par cette sagesse que je cherche, sinon, peut-être, à quelque chose qui ressemble à de la sérénité. Sans doute, le calme et la sérénité de Raymond Barre devaient-ils quelque chose à son caractère. Sans doute, sa capacité à assumer les contradictions, à supporter les agressions, à affronter les difficultés, tenait-elle à la puissance de son intelligence.

Sans doute, l’image qu’il donnait de lui-même, image de quelqu’un qui ne pouvait pas être atteint par les péripéties quotidiennes et les détails ordinaires de la vie, était-elle, pour une part, une image construite. Mais peut-on tenir une posture avec autant de ténacité, peut-on tenir dans la sérénité avec autant de fermeté, si elles ne correspondent pas profondément à la personnalité qui les vit.

Sérénité qui n’est pas inconscience ; sérénité qui n’est pas ignorance ; sérénité qui n’est pas indifférence ; sérénité qui n’est pas aveuglement ; sérénité qui n’est pas exempte de convictions fermes, auxquelles on tient et pour lesquelles on est prêt à affronter la difficulté. Sérénité qui n’est pas exempte d’ironie, de regard critique. Mais sérénité qui reflète la profondeur du cœur, là où la vérité de la personne s’établit, s’enracine, se développe et porte son fruit. Sérénité à laquelle a concouru sans doute la capacité de réussir dans tant domaines, depuis l’enseignement jusqu’à l’expertise et enfin aux responsabilités d’homme d’Etat. Sérénité aussi qui doit beaucoup, nous le savons, Madame, à la tendresse qui vous a unis pendant tant de longues années et qui a été, - Raymond Barre l’a dit lui-même -, une part importante de son équilibre.

Mais au-delà de toutes les explications que l’on peut donner de la sérénité d’un homme, que ce soit le caractère, que ce soient les qualités personnelles, que ce soient les facilités de son environnement, il faut bien ultimement se poser la question : qu’en est-il devant l’épreuve finale ? Qu’en est-il devant les épreuves quotidiennes de la vie ? Qu’en est-il devant les trahisons ? Devant les échecs ? Qu’en est-il quand, l’âge venant, la maladie attaque le corps et le conduit à trahir l’esprit ?

Comment imaginer que la sérénité d’un homme ou d’une femme puisse ne venir que d’un vague stoïcisme. La sérénité d’un homme de cœur n’est pas la fermeture aux émotions ; c’est la capacité de les accueillir, de les assumer, de les transformer, de les réinvestir dans l’action.

Celui qui croit en Dieu, croit aussi au Christ, nous dit l’Évangile, et il entend ces paroles de Jésus lui-même : « Ne soyez donc pas bouleversés ». Non pas parce que toute émotion serait interdite, mais parce que la conviction qui habite le cœur des disciples du Christ, c’est que, plus profondément que les blessures, plus profondément que les arrachements, plus profondément que la mort, il est une zone de réalité où la communion en Dieu établit la paix, la sérénité et la persévérance.

Que le Seigneur nous donne de reconnaître, autour de nous et en nous, celles et ceux qui sont capables d’accueillir cette assurance de la foi qui les met debout, qui les rend capables non seulement d’assumer leur vie mais aussi d’en affronter les écueils, qui les rend capables de faire face aux responsabilités qui leur échoient en gardant au fond d’eux-mêmes la sérénité et la paix que seul l’amour peut donner.

Amen.

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