Homélie de Mgr André Vingt-Trois – 24e dimanche du temps-ordinaire

Cathédrale Notre-Dame de Paris - Dimanche 16 septembre 2007

Evangile selon Saint Luc chap.15, versets 1-32.

Frères et Sœurs, les lectures que nous venons d’entendre nous introduisent au cœur du mystère de ce que Dieu veut réaliser avec l’humanité, non pas une humanité de rêve, une humanité d’illusions, mais l’humanité réelle, dans son épaisseur, dans ses faiblesses, et même dans son péché. Alors qu’on se représente volontiers Dieu comme celui qui juge en fonction du mal que l’on a fait, l’intercession de Moïse, après l’épisode du Veau d’or, invite Israël à découvrir un Dieu sensible, accessible à la supplication. Elle invite surtout à découvrir à travers les paroles mises dans la bouche de Moïse qu’il y a une logique dans le comportement de Dieu à travers l’Alliance : il n’a quand même pas libéré son peuple de l’Egypte pour l’exterminer dans le désert. En lui rappelant cet acte de libération, en en faisant mémoire, Moïse installe la référence permanente sur laquelle va s’appuyer la prédication prophétique : Dieu est celui qui a sauvé son peuple à main forte et à bras étendu, il n’abandonnera pas ceux qu’il a choisis, il ne poussera pas à la mort ceux qu’il a appelés à la vie. Notre Dieu est le Dieu vivant, notre Dieu est le Dieu qui donne vie, notre Dieu est celui qui fait vivre.
Ainsi, l’étonnement des scribes et des pharisiens qui voient Jésus prendre place à la table des pécheurs ainsi qu’il le fait à plusieurs reprises dans l’Évangile, nous révèle un aspect décisif de notre propre expérience. Nous étonnons-nous d’oser, nous qui ne sommes ni meilleurs que les autres ni accomplis dans la sainteté, prendre place à la table du Christ ? Nous imaginons-nous que c’est notre place naturelle ? Nous imaginons-nous que nous y avons droit ? Nous imaginons-nous avoir des droits sur Dieu ? La manière dont le Christ répond à cet étonnement et à cette critique, nous fait découvrir deux aspects essentiels de la figure que Dieu veut manifester parmi les hommes. Le premier, c’est la passion qui l’habite de retrouver ceux qui se sont égarés, comme le pasteur qui part à la recherche de la brebis perdue, comme la femme qui retourne toute sa maison pour retrouver la pièce égarée, comme le père qui scrute l’horizon pour voir son fils apparaître dans le lointain. Dieu est tendu tout entier dans le désir de rejoindre ceux qui se sont éloignés de lui. Faire alliance avec ceux qui ont déjà accepté une vie de conversion, cela n’est pas extraordinaire. Saint Paul nous dit dans l’épître aux Romains que l’on comprendrait qu’un homme donne sa vie pour des gens justes, mais que l’on a reconnu l’amour de Dieu à ceci : lui, c’est quand nous étions pécheurs qu’il a donné sa vie pour nous. La puissance et le dynamisme de l’amour de Dieu pour l’humanité, nous le reconnaissons à ceci : il ne se contente pas de recueillir et de rassembler ceux qui déjà ont accueilli sa Parole et qui essayent de la vivre, mais par-delà ce groupe forcément restreint, c’est l’humanité toute entière qu’il vise, c’est après elle qu’il aspire, c’est vers elle qu’il met en œuvre tout le dynamisme de sa miséricorde. C’est pourquoi, l’Évangile nous le dit en plusieurs endroits à travers diverses paraboles, après avoir envoyé des prophètes pour éveiller la conversion dans le peuple élu, il a envoyé son propre Fils, émanation de sa propre personne. Dieu lui-même vient partager la vie des hommes car sans cela jamais les hommes ne pourraient partager la vie de Dieu.
Ainsi, il vient rejoindre sur les chemins de l’histoire l’homme que l’évangile selon saint Luc nous présente dans la parabole du Bon Samaritain, blessé de toutes parts, voyant sa vie s’échapper par ses plaies : le Bon Samaritain le voit, est ému de pitié, il s’approche et il prend soin de lui. Ces trois verbes : voir, être ému de pitié, s’approcher, sont comme une sorte de signal qui nous indique sous la plume de saint Luc comment Dieu se comporte à l’égard de l’humanité. Il voit, ses entrailles tressaillent, et il se fait proche.
Ainsi, nous qui bénéficions de la venue de Dieu dans l’humanité, nous qui avons été accueillis à la table du Christ malgré nos faiblesses, malgré nos endurcissements, malgré nos péchés, nous qui portons encore dans notre chair et dans nos cœurs les cicatrices du mal qui ont blessé l’humanité et chacune de nos vies, nous qui sommes accueillis gratuitement au festin que le père organise pour le fils revenu, nous recevons par le fait même la mission que saint Paul évoquait tout à l’heure : « Moi le premier je suis pécheur mais si le Christ Jésus m’a pardonné, c’est pour que je sois le premier en qui toute sa générosité se manifesterait ». Nous ne pouvons nous contenter de profiter heureusement de la miséricorde de Dieu qui se fait proche de nous. Nous sommes invités avec le fils aîné à entrer dans la salle du banquet pour partager la joie, la joie du pasteur qui a retrouvé sa brebis, la joie de la femme qui a retrouvé sa pièce, la joie du père qui a retrouvé son fils perdu, la joie de Dieu qui rassemble peu à peu l’humanité dans son amour.
Si nous sommes animés de cette joie et de cette action de grâce nous devons à notre tour nous faire proches de ceux qui n’ont pas encore été atteints par la douceur de la miséricorde de Dieu. A notre tour nous devons aller vers ceux qui sont loin, nous devons parcourir les rues et les places pour retrouver ceux qui sont égarés, nous devons chercher avec passion ce qui a été perdu, nous devons accueillir avec joie celui qui revient dans la maison du Père. Nous devenons des témoins et des signes de la miséricorde de Dieu pour les hommes.
Frères et sœurs, ne nous laissons pas endurcir dans le refus du fils aîné, laissons-nous entraîner dans la joie exubérante du père, rendons grâce pour la miséricorde qui nous a touchés, et à notre tour faisons miséricorde et annonçons le pardon de Dieu. Amen.

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