Homélie de Mgr André Vingt-Trois – Messe de clôture du Congrès international pour la Nouvelle Évangélisation

Basilique Saint-Étienne de Budapest, le samedi 22 septembre 2007

Eminences, Excellences, frères et sœurs, peut-être quelques-uns parmi vous se posent-ils une question ? Le grain semé sur les places de Budapest, sur les trottoirs, entre les pavés, ce grain va-t-il pouvoir germer ? Ou bien avons-nous perdu notre temps ?

Je pose cette question pour nous aider à comprendre que les paraboles doivent toujours être interprétées autrement que mot à mot. C’est pourquoi Jésus dit : « Celui qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende ! » (Il ne savait pas qu’il faudrait traduire en plusieurs langues !). Alors : le grain que nous avons jeté sur les rues de Budapest va-t-il trouver des cœurs accueillants dans lesquels il germera ? Ou trouvera-t-il seulement des cœurs fermés qui vont rejeter les signes que nous avons essayé de donner ? Essayons de pénétrer un peu plus profondément dans ce mystère de la Parole proposée aux hommes.

Il n’y a qu’un seul semeur. Le semeur, c’est le Christ. Nous : les évêques, les prêtres, les diacres, les religieux, les laïcs, l’Église, nous ne sommes que des auxiliaires du semeur. Ce n’est pas notre grain que nous semons ; c’est la Parole de Dieu. Ce n’est pas nous qui sommes sortis pour semer ; c’est le Fils du Père qui est sorti d’auprès de Dieu pour venir parmi les hommes répandre la Parole de Dieu. Notre Congrès est une petite participation à l’action du semeur. Le semeur continue de semer, aujourd’hui. Par son Église il répand la Parole à travers les cinq continents du monde.

Le semeur, le Christ, dans l’Évangile, ne choisit pas son public. Il ne dit pas d’avance : « Celui-ci va m’entendre, celui ne va pas m’entendre ; celui-là va comprendre ; celui-là ne va pas comprendre ; celui-là a envie de me suivre, celui-là n’a pas envie de me suivre ». Comme si d’avance nous savions qui va ouvrir ses oreilles pour entendre ! Le Christ ne dit pas d’avance : « Les pécheurs ne peuvent pas me suivre ; les publicains ne peuvent pas me suivre ; les païens ne peuvent pas me suivre ». Il répand sa parole sur toute chair, sur toute vie, sur toute humanité, et c’est la liberté de l’homme qui définit ceux qui entendent et ceux qui comprennent. Et nous, pas davantage que Jésus, nous ne pouvons définir qui va nous entendre ni choisir à qui nous voulons parler. Comme Jésus, habités par son Esprit, envoyés pour sa mission, nous semons sans compter et sans mettre d’avance des filtres pour empêcher la semence de se répandre.

Notre exercice du Congrès pour la mission, c’est d’abord de nous apprendre à nous à ne pas créer de frontières entre la parole de Dieu et le cœur de l’homme. Quand nous allons sur les chemins, dans les rues, sur les places, à l’arrêt de l’autobus comme on nous l’a raconté ce matin ou dans un centre commercial comme le cardinal Erdö l’a fait hier, nous n’allons pas pour surmonter les difficultés de nos auditeurs. Nous y allons pour surmonter nos difficultés : car si la Parole n’arrive pas dans la rue, sur la place, dans l’immeuble, à l’arrêt de l’autobus ou dans le centre commercial, ce n’est pas parce que les hommes et les femmes ne veulent pas être heureux, c’est parce que nous ne croyons pas qu’ils veulent être heureux. Ou parce que nous ne croyons que notre trésor, que nous avons reçu du Christ, peut les aider à être heureux. Ou bien parce que nous ne croyons pas que l’Esprit-Saint travaille déjà dans leur cœur et leur fait désirer ce que nous allons timidement leur montrer.
Car déjà Dieu habite le cœur de tout homme et de toute femme en ce monde ; déjà le désir de Dieu travaille la chair humaine, - mystérieusement ; déjà le désir très humain d’aimer et d’être aimé est une trace de l’amour infini que Dieu porte à l’humanité ; déjà les petites choses que chacun apprend à faire pour aimer son frère sont des réponses à l’appel de Dieu. Quand nous venons avec le sentiment que nous allons apporter l’inconnu, comme Pierre chez le centurion Corneille, nous découvrons que déjà l’Esprit a travaillé le cœur des hommes et que, plutôt que d’être des semeurs, nous sommes des moissonneurs qui moissonnons là où nous n’avons pas semé. Nous récoltons les fruits de la grâce de Dieu et si nous sommes pleins d’espérance pour l’avenir, ce n’est pas parce que nous serions convaincus d’être les plus forts ; c’est parce que nous savons que l’amour, l’amour de Dieu pour les hommes et l’amour qu’il met dans le cœur des hommes, est plus fort que la mort, que la haine, que l’indifférence, que le mépris. C’est parce que l’amour a vaincu la mort que nous croyons que Dieu rassemblera l’humanité dans son amour.

Et nous, pendant la petite période que nous vivons, - en additionnant tout : un siècle, avec un peu de souvenirs, un peu de prospective -, un siècle, pas grand-chose, sur un petit morceau de terre de l’Europe, pas grand-chose dans l’univers, une tête d’épingle sur la mappemonde et un petit bout de temps. Pendant ce petit bout de temps sur cette tête d’épingle, toute la puissance de l’amour est à l’œuvre, aujourd’hui à Budapest, demain ailleurs mais demain encore à Budapest… Pensez-vous que les gens qui étaient hier soir à la messe sur le Mont Gellert vont oublier qu’ils étaient à la Messe sur le Mont Gellert ? Les enfants qui étaient là, dans dix ans, dans quinze ans, diront : « J’y étais » et vous, vous direz : « J’y étais ! ».

Ce sera notre bonne nouvelle de l’avenir : nous avons vécu la puissance de l’amour, nous vivons la puissance de l’amour, la puissance de la Parole active au cœur des hommes et nous savons qu’il peut faire fructifier sa Parole non seulement dans les campagnes et les terres grasses mais dans les villes, entre les rails de tramway et sur les pavés. Des hommes et des femmes, des enfants, des vieillards, des malades, de tous ceux qui peuplent nos villes, il veut faire sa famille. Notre avenir, c’est que nous sommes les pionniers, les premiers de cette famille, pour montrer à tous qu’ils peuvent y entrer puisque nous y sommes. Soyons dans la joie, rendons grâce à Dieu : il fera paraître le Christ au temps fixé, - nous n’avons pas besoin de savoir quand ce sera -, mais en attendant, il nous tient, irréprochables et droits, il nous rend forts parce que nous savons que sa Parole est féconde. Amen.

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