Homélie de Mgr André Vingt-Trois – Messe d’action de Grâce à l’occasion du Centenaire du Scoutisme

Parvis Notre-Dame - Place Jean-Paul II - Dimanche 7 octobre 2007

Célébrée sur le parvis de Notre-Dame, devant au moins 6000 louveteaux, louvettes, jeannettes, scouts, guides, routiers, guides aînées, compagnons, ... des trois mouvements du scoutisme catholique, rassemblés au centre du parvis et des milliers de parents ou anciens du mouvement, sous un soleil d’automne radieux, en présence du préfet de police, des représentants du Maire de Paris, du responsable du groupe parlementaire pour le scoutimse, des responsables des mouvements, avec une centaine de prêtres et de nombreux séminaristes anciens scouts, ce fut une belle et joyeuse célébration.

Homélie du Cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris

Chers amis,

« Pillage et violence, dispute et discorde se déchaînent » ce qui nous dit le prophète Habaquq n’est pas vrai seulement du temps où il vivait. Aujourd’hui encore dans notre monde, il y a pillage et violence, dispute et discorde qui se déchaînent. Aujourd’hui des hommes et des femmes, parce qu’ils essaient d’être fidèles à l’idéal de leur conscience, parce qu’ils travaillent pour qu’il y ait plus de liberté et de responsabilité pour les hommes et les femmes de leur temps, sont victimes de la violence. Nous l’avons entendu dire à propos de la Birmanie, mais nous savons que la Birmanie n’est pas le seul pays au monde où la justice, quand elle est réclamée et espérée, ne trouve pas toujours une réponse pacifique mais parfois une réponse violente. C’est dans ce monde-là que nous vivons, même si nous, en France, dans ces années-ci, nous sommes relativement épargnés et si nous connaissons des jours pacifiques et heureux. Qu’est-ce que le chrétien peut bien faire dans ce monde ?

Est-ce que cette question ne nous a jamais été posée ? Est-ce que nous, nous ne nous la sommes jamais posée ? Est-ce qu’il ne nous est pas arrivé à certains moments de nous dire : « à quoi bon être chrétiens ? ». Est-ce que dans vos écoles, dans vos collèges, dans vos lycées, dans vos universités, il y a assez de liberté pour que vous puissiez parler avec vos compagnons et vos compagnes d’étude et qu’ils puissent eux aussi vous poser cette question : à quoi ça sert, la foi ? Qu’est-ce que ça change ? Et devant les difficultés de la vie quotidienne, devant les incertitudes de l’avenir, devant les blessures reçues ou données, il nous vient parfois, - j’espère du moins qu’il vous vient parfois à la bouche la prière des Apôtres : « Seigneur, augmente en nous la foi ! »

Mais avant de réfléchir à la croissance de la foi dans notre vie, il nous faut accepter d’entendre la question : « A quoi sert-elle ? » Car, évidemment, si elle ne change rien à notre manière de vivre, si elle n’apporte pas dans les comportements de chaque jour, dans notre manière d’être avec les autres, dans notre manière de travailler, dans notre manière de nous distraire, dans notre manière d’être en famille, si elle n’apporte rien de plus que d’être simplement des jeunes honnêtes, - allez, on va rire, des bons scouts… mais on peut être de bons scouts sans avoir la foi.

Le scoutisme dans lequel vous êtes engagés et qui vous permet de progresser dans l’acquisition de toutes les possibilités de votre vie, ce scoutisme n’est pas une application directe de l’Évangile. C’est un mouvement de jeunesse qui est né dans un contexte où les repères d’une vie sociale, d’une vie avec les autres, d’une vie humaine, d’une vie droite, d’une vie juste, étaient difficiles à percevoir et à transmettre.

L’idée donc de rassembler des jeunes, garçons, filles, dans des mouvements, des équipes, qui leur permettent de s’entraîner, de s’entraider, de se soutenir dans la recherche d’une vie juste ne relève pas de la foi. On pourrait dire que c’est une bonne idée pédagogique.
C’est une tellement bonne idée qu’elle a vécu pendant cent ans et qu’elle continue de vivre.
Cette bonne idée pédagogique, vaut aussi pour les chrétiens. Ils ont aussi besoin de vivre ensemble, de découvrir ensemble la force de la solidarité, de découvrir ensemble la capacité de réaliser des choses, la capacité de courir l’aventure, la capacité de prendre des risques, la capacité d’affronter la vie. Bref, ils découvrent que l’être humain ne vit pas dans l’isolement mais dans la communion avec les autres. Mais le chrétien qui vit cette aventure comme d’autres qui ne sont pas chrétiens est invité à aller un peu plus profond dans le sens de cette pédagogie. _ Car il ne lui est pas seulement proposé de découvrir que l’union fait la force, ou que l’on est toujours plus fort à deux que tout seul, ou que la vie est plus agréable quand on essaie d’être dans des relations cordiales avec ses amis, ou que l’on doit devenir généreux et apprendre à assumer une part des charges communes, ou encore que l’on doit essayer de prendre sa part des difficultés que rencontre l’humanité. Le chrétien découvre que ce chemin pédagogique fait pour développer en vous les potentialités humaines rejoint profondément l’appel que le Christ adresse à tout homme de devenir pleinement enfant de Dieu par la foi.
Voilà la question à laquelle nous essayons de répondre non par notre tête mais par notre vie : notre communion avec le Christ nous motive-t-elle, nous nourrit-elle, nous entraîne-t-elle pour que nous assumions vraiment notre responsabilité humaine dans la société. Autrement dit, puisque vous êtes chrétiens, êtes-vous capables, plus que d’autres, non pas mieux mais plus, avec plus de motivation, avec plus de conviction, avec plus de désintéressement de renoncer à un certain nombre de choses qui vous plaisent pour permettre aux autres de vivre mieux ? Est-ce que la charité dont se réclame la foi chrétienne se concrétise pour vous dans un comportement particulier, dans une forme particulière de la promesse scoute, dans une manière particulière de vivre le scoutisme ?
Si nous sommes rassemblés aujourd’hui pour rendre grâce à Dieu de ces cent années du mouvement scout, c’est justement parce que des générations de garçons et de filles avant vous ont fait la preuve que leur foi chrétienne donnait une dimension particulière à leur existence, et pas seulement pendant quelques activités entre scouts, pas simplement pendant quelques rencontres, pas simplement pendant une sortie, pas simplement pendant un camp, mais pendant toute leur vie. Et nous retrouvons aujourd’hui des hommes et des femmes qui assument des responsabilités dans notre société, soit dans le domaine économique, soit dans le domaine social, soit dans le domaine politique qui, lorsque l’on vous parlez un certain temps avec eux, vous font découvrir peu à peu que, d’une façon ou d’une autre, leur sens du bien commun et leur détermination à se mettre au service de ce bien commun s’enracinent dans cette expérience qu’ils ont vécu étant jeunes. Parce que le scoutisme leur a permis de donner une forme concrète à leur désir de suivre le Christ ; parce que le scoutisme leur a permis de voir que la charité n’était pas seulement faite de bons sentiments mais était vraiment une manière de vivre.
Je sais bien que bien que pour beaucoup d’entre vous la foi pose plus de questions qu’elle n’apporte de réponses. Mais s’ils veulent connaître les réponses à leurs questions, ils doivent savoir qu’il y a un prix à payer ! Pas en argent mais en générosité, en don de soi, en disponibilité, en volonté de marcher avec les autres. Si vous vous enfermez dans vos questions et si vous vous isolez, il n’y a pas de solution. La seule réponse à vos questions viendra de la manière dont le Christ vous apprendra à devenir un frère ou une sœur pour ceux qui vous entourent. Ace moment-là, vos questions sur la foi prendront une autre dimension.

Alors, aujourd’hui je voudrais que tous ensemble, nous fassions nôtre la prière des Apôtres : « Seigneur, augmente en nous la foi ! Fais grandir notre foi, non seulement notre foi en l’homme, non seulement notre foi en l’avenir, non seulement notre foi en nos qualités, en nos capacités, en nos talents, mais surtout notre foi en Dieu ». Puisque vous avez été baptisés dans le Christ, vous êtes devenus témoins du Christ. Ceux et celles d’entre vous qui ont été confirmés ont reçu les dons de l’Esprit-Saint pour être témoins du Christ, et ce témoignage à rendre au Christ, vous le rendez dans votre manière de vivre, dans les choix que vous faites par votre liberté. Alors je voudrais vous inviter, simplement, aujourd’hui, à renouveler la profession de foi de votre baptême, comme nous le faisons souvent, en particulier au cours de la Vigile pascale, je vais vous poser les questions qui ont été posées au moment de votre baptême, et je vous invite à répondre : « Je crois ». Non pas : « Nous croyons », comme une masse indéfinie et indistincte, mais « je crois, moi, je veux croire, j’espère croire, je veux essayer de croire ». Et, s’il vous plaît, puisque je crois savoir que dans les activités scoutes on apprend à se faire entendre, je voudrais que votre réponse ne soit pas confidentielle mais qu’elle puisse être entendue non seulement de Dieu mais encore des hommes.

Voulez-vous vous lever ?

Chers amis,
croyez-vous en Dieu le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre ?
– Je crois.
Croyez-vous en Jésus-Christ, son Fils unique notre Seigneur, qui est né de la Vierge Marie, a souffert la passion, a été enseveli, est ressuscité des morts et qui est assis à la droite du Père ?
– Je crois.
Croyez-vous en l’Esprit-Saint, à la sainte Église catholique, à la communion des saints, au pardon des péchés, à la résurrection de la chair et à la vie éternelle ?
– Je crois.

Que le Seigneur vous donne de vivre de cette foi que vous venez de proclamer, qu’il la fasse grandir en vous et qu’il vous bénisse en son amour, amen.
+ André Vingt-Trois

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