Homélie de Mgr André Vingt-Trois – 26e dimanche du temps ordinaire - Installation du P. Philippe Christory à Saint-Laurent

Paroisse Saint- Laurent - Dimanche 7 octobre 2007

Frères et sœurs, chers amis,
qui de nous n’a pas adressé à plus d’une reprise au Seigneur cette prière : « Augmente en nous la foi ! » ? Oui, nous avons besoin que notre foi grandisse, même si nous devons entendre aussi la réponse du Seigneur. Ce n’est pas le volume, la quantité, la masse, qui vont donner force et efficacité à la foi.
Peut-être le Seigneur débusque-t-il derrière la demande des Apôtres et des disciples une prière mal aiguillée. Mal aiguillée parce que, d’une certaine façon, elle demande la foi comme pour pouvoir se passer du Seigneur, ce qui est un comble. Il est obligé de leur rappeler que celui qui réalise, celui qui oriente, celui qui nourrit la mission, ce n’est pas eux, c’est lui. Eux ne sont que ses serviteurs.
Si donc nous demandons la foi, ce n’est pas pour demander un équipement qui nous permettrait ensuite d’agir par nous-mêmes, comme si nous étions devenus des substituts à l’action du Christ. La communauté des chrétiens à travers le temps et l’espace ne se substitue pas au Christ ; elle en est le sacrement, le signe, la présence, mais tout ce qu’elle peut faire et peut espérer faire, c’est par lui qu’elle le fait, par sa force et sa puissance.
Nous devons bien demander au Seigneur qu’il augmente en nous la foi non pas en nous-mêmes mais la foi en lui. Car c’est lui qui est au centre de toute l’expérience et de toute l’action de la communauté ecclésiale. Comment ne serions-nous pas désireux qu’il augmente en nous la foi quand nous mesurons à quel point chacun et chacune d’entre nous et notre communauté tout entière, chacune de nos communautés locales, paroissiales, notre communauté diocésaine tout entière, combien nous sommes immergés dans un univers dont les codes, les mots, les repères ignorent de plus en plus la bonne nouvelle du Christ. Oui, nous avons besoin de la foi non pas pour devenir puissants au milieu du monde mais au contraire pour apprendre à reconnaître le Christ, à le servir et à l’annoncer au milieu d’hommes et de femmes qui n’en ont jamais entendu parler, qui ont peut-être été catéchisés naguère mais se sont éloignés du Seigneur pour toutes sortes de raisons ou encore de ceux qui le rejettent délibérément, parce qu’ils ont été blessés dans leur amour, dans leur cœur, dans leur vie, mais aussi, heureusement, parmi toutes sortes d’hommes et de femmes qui essaient d’être des fidèles du Christ comme nous le sommes aujourd’hui.
C’est donc d’abord à une prière d’action de grâce que je veux vous inviter puisque la force de l’Évangile continue son œuvre à travers les âges, puisque vous avez le privilège, qui n’est pas exceptionnel dans Paris mais qui n’en est pas moins précieux, d’avoir hérité d’une église qui est un témoignage historique de la vitalité et de la foi des chrétiens dans ce quartier de Paris.
Vous savez que vous prenez votre place dans une succession, vous prenez votre place dans une tradition de la foi qui manifeste sa force et sa vigueur à travers des périodes différentes, à travers des circonstances différentes : il est clair que les défis du XIXème siècle dans ce quartier n’étaient pas les mêmes avant qu’il y eut la gare de l’Est et la gare du Nord ; bien sûr que la vie dans ce quartier avant la seconde guerre mondiale n’était pas tout à fait la même qu’aujourd’hui ; bien sûr que la population de ce quartier a beaucoup changé en trente ans… Mais l’Évangile, lui, est toujours présent et vivant et notre mission, c’est de le vivre, non pas en pensant à avant la gare de l’Est, non pas en pensant à avant la deuxième guerre mondiale, pas même en pensant aux années 70, mais en pensant à aujourd’hui.
Nous sommes appelés à vivre l’Évangile aujourd’hui avec les hommes et les femmes que Dieu envoie aujourd’hui à notre rencontre pour qu’à travers notre modeste manière de vivre l’Évangile ils puissent au moins entendre parler du Christ. Non pas parce que nous deviendrions nécessairement des prédicateurs itinérants, mais parce qu’à travers notre vie, notre vie de chaque jour, la vie de chacun et de chacune d’entre vous mais aussi la vie de votre communauté, ils vont découvrir que l’Évangile est une force de vie, que la miséricorde de Dieu est à l’œuvre en son Fils Jésus-Christ, que l’Église est ouverte pour qu’ils voient ce qui se vit en son sein mais qu’elle est ouverte aussi pour sortir et aller à leur rencontre.
Paris Toussaint 2004 a été un signe important pour notre diocèse et pour chacune des paroisses de notre diocèse. Cet événement nous a montré que non seulement ce que nous vivons entre nous, disciples du Christ, pouvait intéresser les hommes de notre temps mais aussi que nous devions et que nous pouvions sortir de nos églises pour aller à la rencontre des hommes et des femmes qui sont venus vivre en France et qui sont envoyés par le Seigneur pour vivre quelque chose avec nous. Si nous avons la foi gros comme une graine de moutarde, alors nous pouvons aller à la rencontre de tout homme et de toute femme en ce monde, sans honte et sans crainte, parce que ce qui est en jeu, ce n’est pas notre image, ce n’est pas l’accueil qui nous est réservé, ce n’est pas l’opinion que l’on se fait de nous, c’est l’annonce du Christ à tous.

En installant aujourd’hui le P. Philippe Christory, avec le P. Emmanuel et le P. Benoît, je veux vous dire que je prie pour que leur venue, leur ministère au milieu de vous et avec vous soit une occasion de récapituler tout ce que vous avez déjà fait depuis tant d’années dans ce quartier, vous qui êtes présents aujourd’hui mais aussi ceux qui vous ont précédés, ce que vous avez engagé pour que la paroisse soit plus vivante et plus accueillante, mais aussi pour vous stimuler et vous encourager à prendre de nouvelles initiatives en ce XXIème siècle.
Grâce à Dieu nous avions la possibilité de renouveler peu à peu les équipes sacerdotales en constituant des équipes cohérentes. Nous l’avons fait il y a peu de temps à Notre-Dame-de-Lorette avec le P. Thibault Verny, le doyen, qui est ici aujourd’hui. Nous avions commencé avec le P. Hervé Guillez à Saint-Joseph-Artisan. Nous continuons avec la nouvelle équipe de Saint-Laurent, en espérant que ces équipes sacerdotales, par la vie qu’elles mèneront au milieu de vous, par le soutien qu’elles pourront s’apporter les unes aux autres, vont être une nouvelle ressource pour la mission de l’Église.
Prions donc le Seigneur : que les chances qu’il nous donne, les chances qu’il donne à l’Évangile par le brassage des populations qui habitent notre pays et particulièrement ce quartier, les chances qu’il donne à nos communautés chrétiennes par le renouvellement de leurs membres, les chances qu’il donne à cette paroisse par l’équipe des prêtres qui leur est envoyée, que toutes ces chances portent leurs fruits et contribuent à rendre vivante notre foi, chaleureuse notre charité et dynamique notre espérance.
Amen.

+André Vingt-Trois, Archevêque de Paris

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