Homélie de Mgr André Vingt-Trois – 60e anniversaire de l’érection de la paroisse Notre-Dame de Nazareth

Paroisse Notre-Dame de Nazareth - Dimanche 14 octobre 2007

- Lc 17, 11-19

L’évangile selon saint Luc dont nous poursuivons la lecture tout au long de ces dimanches, continue de nous inviter à réfléchir sur la foi. Dimanche dernier, Jésus disait à ses disciples : « La foi, si vous en aviez gros comme une graine de moutarde vous diriez à cet arbre d’aller se planter dans la mer et il vous obéirait ». Aujourd’hui, voici qu’il dit au lépreux purifié : « Va, ta foi t’a sauvée ». C’est par la foi que cet homme est guéri. Plus exactement, des dix qui ont été purifiés, il est le seul qui va être sauvé, car il est le seul qui a reconnu d’où lui vient la guérison. L’évangile souligne que cet homme était un samaritain, c’est-à-dire non seulement qu’il habitait la région de Samarie, mais qu’il appartenait au groupe religieux des samaritains qui est une sorte d’hérésie par rapport au judaïsme, qui refuse le culte rendu à Jérusalem, « des étrangers », nous dit l’évangile, mais pas seulement des étrangers de nationalité, des étrangers dans leur pratique religieuse et dans leur foi.
L’évangile selon saint Luc rejoint, par l’exemple de ce dixième lépreux samaritain, les tout débuts de la prédication du Christ à la synagogue de Nazareth quand il citait en exemple le Syrien Naaman qui avait été guéri, lui un étranger et un païen, alors qu’il y avait tant d’autres lépreux en Israël à la même époque. Nous voyons bien comment, à travers ces exemples, l’évangile selon saint Luc veut faire découvrir peu à peu la dimension universelle de la prédication du Christ : elle n’est pas destinée seulement au peuple d’Israël, mais elle est destinée à toute l’humanité. Ce qui est original dans le passage de la guérison des dix lépreux, c’est que le choix qui s’opère, si je puis dire, ne repose pas sur le Christ ; ce n’est pas Jésus qui décide que ce sera un samaritain qui sera sauvé tandis que les neuf autres resteront loin de lui, ce sont eux-mêmes qui décident. Tous ont été purifiés alors qu’ils se rendaient vers le prêtre pour faire constater leur guérison, un seul est revenu rendre grâce à Dieu.

C’est une invitation pour nous à regarder la manière dont nous vivons notre foi chrétienne, et peut-être à réfléchir notre place et notre mission au milieu de la population de notre ville de Paris. Tant d’hommes et de femmes ont été baptisés dans le Christ, confirmés dans l’Esprit-Saint, catéchisés ; tant d’hommes et de femmes ont reçus les premiers dons de la grâce, comme ces dix lépreux ont été purifiés ; tant d’hommes et de femmes refusent, oublient, effacent, la source d’où leur est venue la grâce. Tant parmi ceux qui ont été baptisés enfants, catéchisés, confirmés, peu à peu prennent leur chemin sans plus penser au Christ, et sans plus revenir vers Lui. Nous-mêmes, dans notre péché, il nous arrive à nous aussi d’oublier ce que Dieu a fait pour nous. Il nous arrive à nous aussi, d’oublier de revenir pour rendre grâce, comme nous y sommes invités chaque dimanche dans l’Eucharistie.
Que faisons-nous de la richesse que Dieu nous a transmise ? Que faisons-nous des dons qui ont été répandus sur nous ? Que faisons-nous du choix de prédilection qui a été exercé envers nous, pris parmi la multitude humaine pour devenir les disciples du Christ ? Comment vivons-nous cette condition de disciples de Jésus ? Comme la chance de notre vie ? Comme l’espérance de chacune de nos journées, comme un trésor que nous sommes invités à partager avec tous ceux qui nous entourent ? Ou bien comme un dû dont nous n’avons personne à remercier ? Comme une propriété que nous n’avons pas à partager ? Comme une exclusivité dont sont privés ceux qui ne sont pas comme nous, ceux qui sont nos étrangers, ceux qui sont d’autres religions ? Comment pourrions-nous vraiment être disciples du Christ dans la foi qui sauve si nous ne revenons pas à Lui comme ce samaritain ? Comment pourrions-nous être disciples du Christ si, revenus à Lui et lui rendant grâce, nous décidions, sans plus d’émoi, de ne pas partager ce que nous avons reçu ? Comment pourrions-nous être vraiment disciples du Christ en nous contentant de nous retrouver entre nous sans nous inquiéter de ceux et de celles, si nombreux et si nombreuses autour de nous, qui attendent de notre part un signe, un signal, si modeste soit-il ! tant d’hommes et de femmes qui aspirent à rencontrer la réconciliation, la paix, le sens de leur vie, et qui en sont privés parce que nous, nous avons décidé de vivre la foi entre nous comme des croyants clandestins ?

Faire mémoire de ces cinquante années de vie paroissiale dans ce quartier, c’est donc d’abord rendre grâce à Dieu pour les dons qu’il nous a faits, rendre grâce à Dieu pour la chance qu’il nous a donnée d’avoir un lieu de rencontre, un lieu de prières, des prêtres, des religieuses, des laïcs, qui font vivre ce lieu, rendre grâce à Dieu qui a touché nos cœurs et nos corps par le baptême et la confirmation et qui a fait de nous des chrétiens. Mais c’est aussi entendre la mission qu’il confie à ses disciples d’aller au-devant de tout homme et de toute femme en ce monde, pour lui partager ce que nous avons reçu. Rendre grâce à Dieu, c’est aussi nous rendre disponibles pour que d’autres puissent connaître la même chance et la même grâce. C’est accepter d’être en ce temps les témoins du Christ au milieu des hommes et des femmes de ce quartier.

Frères et sœurs, chaque dimanche, j’ai la joie de célébrer avec une communauté différente et de voir ainsi les fruits du travail de Dieu à travers notre ville. Chaque dimanche, je rends grâce à Dieu de ce qu’il fait à travers la vie de tant d’hommes et de femmes qui sont donnés simplement dans la foi. Aujourd’hui où nous remercions pour ces cinquante années, je voudrais que dans notre prière nous portions la question que pose le samaritain, le dixième lépreux qui revient à Jésus : Qui indiquera aux hommes de notre temps le chemin de la rencontre avec le Christ, sinon celles et ceux que le Christ a déjà appelés et envoyés ? Amen.

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