Homélie de Mgr André Vingt-Trois – Messe d’ordination des diacres permanents

Cathédrale Notre-Dame de Paris - Samedi 6 octobre 2007

Ordinations de deux diacres permanents par Mgr André Vingt-Trois à Notre-Dame, Laurent Ruyssen et Bertrand Cavalier, pour les paroisses Notre-Dame de la Croix (20e) et Saint-Severin (5e).
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Frères et sœurs, chers amis,

La tradition parisienne instaurée par le Cardinal Lustiger de célébrer l’ordination des diacres en la solennité de Saint Denis nous aide à mieux percevoir, du moins dans une lecture méditative de l’histoire, ou encore à la manière dont la foi est capable de relire l’histoire, l’articulation dans le sacrement de l’ordre du ministère de l’évêque, du ministère du prêtre et du ministère du diacre. Chacun de ces trois degrés de l’ordre constitue comme un ensemble qui est tout entier au service de la mission pastorale exercée par le Christ, quand il dit de lui-même qu’il est le vrai pasteur, le bon pasteur. Cette mission pastorale est transmise par lui à ses apôtres pour que l’Église en soit à la fois le bénéficiaire et l’acteur à travers toutes les sortes de situations humaines inconnues alors qui surgiraient au long de l’histoire. A cette mission, le prêtre est associé très étroitement par le sacrement de l’ordre qui le fait participer au sacerdoce de l’évêque. Le diacre, lui, y est associé d’une manière spécifique par sa mission d’incarner sacramentellement dans la vie de l’Église et au milieu du monde la figure du Christ-Serviteur. C’est à travers cette figure du Christ-Serviteur qu’il va manifester le témoignage de l’Évangile, de la Bonne Nouvelle apportée aux hommes. Il est serviteur de multiples façons ; je voudrais ce soir en retenir seulement quatre.

La première : il est serviteur de la Parole, puisque le ministère lui est confié de proclamer l’Évangile, de le commenter, et d’exercer la mission catéchétique qui est liée à ce commentaire de l’Ecriture.
Il est serviteur de l’Eucharistie dans la fonction liturgique. Le service qu’il accomplit dans l’Eucharistie ne doit pas se réduire aux gestes définis rituellement comme lui étant impartis ; il doit être perçu, beaucoup plus profondément et plus globalement comme une attitude générale dans la célébration eucharistique, celle d’être au service du bon déroulement de l’Eucharistie.

Ce service de la Parole et ce service de l’Eucharistie constituent d’une certaine façon une expression unique du service du diacre à l’égard de l’Église. Car, aussi bien par la proclamation de la Parole que par le service de l’Eucharistie, il est consacré au service du corps ecclésial en collaboration avec le prêtre et l’évêque.

Son service s’accomplit encore dans une troisième direction, celle de la charité. On pourrait dire d’une certaine façon que le service de la charité est la transcription dans les actes et les situations de la vie quotidienne du service de l’Église que j’ai évoqué par l’annonce de la Parole et le service de l’Eucharistie. De même que le diacre est liturgiquement engagé dans le service du corps ecclésial assemblé, il est sacramentellement engagé dans le service des membres de ce corps, pour autant qu’ils en ont besoin à travers les diverses situations de l’existence, qu’il s’agisse des souffrances physiques, des misères morales ou tout simplement du besoin d’être reconnu et entendu.

Je voudrais que nous percevions comment ces trois formes du service diaconal, annonce de l’Évangile, service de l’Eucharistie et service de la Charité, s’intègrent dans la mission de l’Église au milieu du monde. Si nous ordonnons des diacres pour le service et si nous souhaitons en ordonner plus encore, ce n’est évidemment pas pour améliorer le confort de nos communautés chrétiennes En répandant son Esprit Saint sur les apôtres, le Christ ne les a pas constitués comme des sortes de nourrices spirituelles chargées de veiller à l’équilibre, à la bonne santé et au repos des chrétiens. Il les a consacrés pour devenir témoins de l’Évangile à travers le monde. Saint Paul nous le disait dans son épître aux Thessaloniciens : cette mission s’accomplit à travers des épreuves. Le Christ met notre cœur à l’épreuve, mais la mission est claire. Pour l’évêque, pour le prêtre, pour le diacre, comme pour chaque membre de l’Église, notre mission première, c’est d’être témoin du Christ au milieu des hommes. Les tâches confiées, les statuts définis, les genres de vie, peuvent faire varier et font varier la manière dont nous accomplissons notre mission, mais ils ne changent pas l’orientation de la mission.
Ainsi, alors que dans une société plus ancienne la proximité du ministère ordonné était géographiquement définie par la taille modeste des communautés humaines au milieu desquelles il était exercé, notre expérience de chrétiens vivant dans une grande agglomération, immergés dans un tissu professionnel, résidentiel, associatif, complètement diversifié, fait que la présence sacramentelle, ordonnée pour la mission de l’Église, devient difficilement perceptible. Ce qui ne veut pas dire que l’Évangile n’est pas vécu, ce qui ne veut pas dire que l’Évangile n’est pas annoncé, mais ce qui veut dire que le témoignage rendu par les chrétiens à l’Évangile n’atteint pas la plénitude de ses possibilités Tant il est vrai que la présence du ministre ordonné, de quelque façon que ce soit, manifeste au milieu des hommes le signe de la présence chrétienne et donne une expression particulière à l’engagement des chrétiens dans la société. Comment cette présence pourrait-elle s’accomplir, si nous n’avions, à travers le diaconat pour le service, des hommes engagés dans la vie professionnelle, engagés dans la vie sociale, engagés dans la vie associative, pour la plupart engagés dans la vie familiale, dans leur expérience d’époux et dans leur mission éducative à l’égard de leurs enfants, bref des hommes les plus proches possible de l’expérience de chacun ? C’est pourquoi l’appel que j’adresse ce soir, mais que nous adressons régulièrement à travers toutes les communautés chrétiennes, l’appel adressé à des hommes pour qu’ils s’engagent dans ce ministère ordonné, est un appel pressant pour la mission de l’Église.

Vous qui allez être ordonnés, vous le savez, et tous ceux qui m’entourent qui sont diacres depuis un certain nombre d’années, entre le moment où l’on entend une parole comme celle que je viens de dire et le moment où l’on s’avance pour être ordonné, il se passe beaucoup de choses. D’abord, il se passe du temps, car c’est un chemin long et normalement long, car la durée du chemin est aussi une garantie de la possibilité d’exercer un vrai discernement et de répondre en connaissance de cause. C’est un chemin qui est parsemé, non pas d’embûches, mais d’épreuves au sens où l’épreuve dont saint Paul nous parlait tout à l’heure fait partie de l’annonce de l’Évangile ; ce ne sont pas des pièges pour essayer de vérifier ceux qui seront le plus résistants, ce sont des expériences de foi qui approfondissent et qui développent votre capacité de témoignage. C’est un chemin problématique, non pas parce qu’il serait toujours indéfini, mais parce qu’il suppose que, chemin faisant, se construise un accord, - un accord avec votre épouse, un accord avec votre famille, un accord avec les charges de votre devoir d’état, un accord avec votre existence préalable -, et que cet accord ne se réalise pas simplement parce que l’on dit : je le veux. Il se réalise concrètement par des actions, des choix, des orientations qui se dessinent peu à peu à mesure que vous avancez.

Ainsi, depuis la première année de discernement jusqu’à ce jour où j’ai la joie de vous ordonner, vous avez pu parcourir ce chemin. Si je l’évoque, ce n’est pas pour décourager quiconque de s’y engager, ou pour essayer de donner de vous une image un peu héroïque qui ne correspondrait peut-être pas à ce que vous souhaitez exprimer de vous-mêmes, c’est plutôt pour convaincre tout le monde du sérieux de la démarche que vous avez faite, non pas parce que vous êtes plus consciencieux que les autres, mais parce que l’Église tient à ce que cela soit une démarche sérieuse.

Pour terminer, je voudrais nous inviter tous, à vivre cette ordination avec énormément de joie et d’espérance. De joie, parce qu’elle est le fruit, non seulement de l’appel de Dieu, non seulement de la réponse que vous avez construite à travers ces années que je viens d’évoquer, mais elle est le fruit surtout de la vitalité de notre Église. Je voudrais que chacune et chacun d’entre-nous qui sommes ici ce soir, comme ceux qui nous sont unis par la radio ou la télévision, veuillent bien ouvrir un peu les yeux et regarder ce qu’ils voient, écouter ce qu’ils entendent. Oui, comme le disait le prophète Isaïe : « Il est beau de voir courir sur les montagnes le messager qui annonce la paix, le messager de la Bonne Nouvelle. Eclatez en cris de joie. » Nous avons peut-être dans les années passées trop souffert d’une sorte de sinistrose de la foi pour ne pas nous réjouir de voir que l’Évangile continue de porter son fruit et que ce fruit soit rendu visible au milieu des hommes.

Une prière de joie et une prière d’espérance parce qu’en vous imposant les mains et en vous envoyant dans les missions que je vous confie, je permets que l’Évangile soit mieux incarné, rendu davantage présent à la condition humaine et mieux annoncé non seulement dans notre Église mais au milieu de la cité.

Amen.

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