L’Église
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Tehilim

Raphaël Nadjari

Tehilim est le mot hébreu qui désigne les Psaumes. Ce titre est pour le spectateur comme une promesse ambitieuse : un film est-il capable de témoigner de la réalité des textes qui sont la nourriture quotidienne des Juifs et des Chrétiens ? Critique de Louis Corpechot.

Le réalisateur Raphaël Nadjari a choisi une histoire simple située « quelque part à Jérusalem », qu’il présente à la manière d’un conte. Il décrit la détresse d’une famille après la disparition mystérieuse d’Éli, le père, lors d’un accident de voiture. La mère Alma et ses fils Menachem et David vont alors avoir à traverser toutes sortes d’épreuves : les enquêtes de police, les problèmes d’argent, les rapports avec la famille.

Pour révéler la profondeur de sens d’une telle situation, le réalisateur va d’abord faire un rapprochement entre deux images : au début du film, un rabbin explique, à un groupe d’étude attentif dans lequel se trouve Éli, que ce qui fonde l’unité d’Israël est le Temple de Jérusalem, vers qui tous, où qu’ils soient, se tournent pour prier. Cette petite scène, située au début du film, a l’effet d’un prisme sur le récit. C’est bien à la destruction de l’unité familiale que nous assistons, comme une démonstration de l’importance de la place qu’occupait le père. Mais la référence au texte biblique va régulièrement créer un recul des personnages par rapport à leur propre histoire (recul qui fonctionne également chez le spectateur), leur permettant de ne pas s’enfermer dans la douleur.

Cette distance est vitale, car elle permet le dialogue entre soi et le monde. Elle est aussi représentée par la mise en scène : plusieurs plans montrent deux visages, mais éloignés l’un de l’autre, comme si la caméra filmait l’espace entre eux.
Cependant, elle doit être réelle, et non pas imaginaire. Pour combler l’absence de son père, le jeune Menachem va faire ce que faisait son père : accorder plus d’importance à la religion, au Shabbat, à l’étude des Ecritures. Pour ce faire, il se place en opposition par rapport à sa mère qui, fatiguée, ne veut pas sa maison transformée en « maison de prière ». L’intention de Menachem est bonne, mais il ne peut trouver le repos car la véritable parole du père était : « Tu dois obéir à ta mère ». Pris au piège d’une interprétation imaginaire de la parole de son père, Menachem va mettre en danger son petit frère et plonger sa mère dans une angoisse supplémentaire. La vérité de son geste sera révélée par la séquence où il pleure dans la voiture accidentée, à la place du conducteur, à la place du disparu qu’il a essayé de combler.

Malgré un rythme un peu lent et le fait que le personnage de l’enfant soit trop intelligent pour être vraisemblable, Tehilim est un film à ne pas rater, tant il se montre, et c’est une joie, digne du titre qu’il porte.

Louis Corpechot

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