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La Vie des autres

Florian Henckel von Donnersmarck

Un premier long-métrage sur la Stasi qui accumule les prix et les nominations, suscite l’adhésion tant des journalistes que des spectateurs et qui sert déjà de référence en milieu scolaire. Critique de Bertilie Walckenaer.

Pour un premier film, la performance est étonnante : Florian Henckel von Donnersmarck, formé à l’école de cinéma de Munich, a déclenché un véritable phénomène médiatique, accompagné d’un grand succès public. Dans La vie des autres, il fait montre d’une grande maîtrise du cinéma. En effet, le sujet qu’il a choisi d’aborder de front est un des plus ingrats qui soient : la grisaille déprimante des heures sombres de la République Démocratique Allemande. Nous sommes dans le milieu du théâtre, et tous éprouvent la peur d’être espionnés, écoutés, surveillés au risque de leur intégrité intellectuelle et physique.

Le début du film est d’une efficacité rare. En quelques plans, le spectateur est embarqué dans l’atmosphère de terreur d’un interrogatoire qui va servir, par la magie du cinéma, d’exemple à la leçon que reçoivent les futurs techniciens de la Stasi. Wiesler, leur professeur, est le parfait instrument du régime. Au théâtre, ses jumelles lui servent à surveiller les gens plus qu’à contempler la beauté de l’actrice principale. Son visage impassible, ses vêtements étriqués dessinent précisément le fonctionnaire en proie à la banalité du mal, tel qu’il a été décrit depuis soixante ans. Le film se déroule selon une mécanique impeccable, servie à merveille par d’excellents acteurs et un scénario passionnant. C’est la mécanique de la Stasi qui va se dérégler, l’enquêteur commence à jouer la comédie à ses chefs et protège sa proie. Suspense, montage parallèle entre l’appartement surveillé et le grenier où Wiesler est le plus souvent seul. Jusqu’à la fin, l’attention du spectateur est captivée et son émotion touchée.

Cependant, le réalisateur a du mal à peindre le retournement du cœur de Wiesel. Le scénario nous l’affirme, mais rien dans les images ne confirme quelle force intérieure a pu pousser cet implacable fonctionnaire à trahir son employeur. De plus, le film présente la Stasi comme un organe redoutable, placé dans les mains de deux hommes prisonniers de leurs passions destructrices ; or la Stasi était l’instrument d’un pouvoir totalitaire appliquant une idéologie ayant pour objectif de tuer en l’homme la liberté de penser, la liberté d’aimer aussi, tout ce qui fait son humanité même ; avidité et concupiscence pour le ministre, volonté de puissance pour le chef de Wiesler, certes ces passions conduisent au mal, depuis la nuit des temps, ceux qui s’y livrent. Or l’asservissement du peuple allemand au vingtième siècle témoigne d’un aspect inconnu du mal, à peine évoqué dans La vie des autres : l’asservissement à la pureté d’une pensée idéologique.

Bertilie Walckenaer

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