L’Église
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À Paris

Les Climats

Nuri Bilge Ceylan

Les Climats est un film pour les grandes personnes, parce qu’il contient une scène dont l’ambiguïté augmente la violence : elle a l’apparence d’un viol, alors que l’homme et la femme engagés dans cette étrange relation sont consentants. Critique de Louis Corpechot.

Cette ambiguïté entre l’imaginaire morbide et le réel est le sujet du film, qui développe ce thème de l’image mortelle au cœur même de ce qui doit avoir la vie pour substance : l’amour.

La scène que nous évoquons n’est pas filmée sans le souci du spectateur. La caméra adopte d’abord un point de vue éloigné qui protège le spectateur de la position de voyeur en la lui révélant. Elle montre ensuite en plans serrés les visages, ne laissant subsister que la question de l’humanité des personnages. Enfin elle libère le spectateur en enchaînant sans transition sur une scène amusante, celle du personnage, Isa, avec ses parents.

Cette scène d’Isa avec sa maîtresse est une clef : elle révèlera la nature de sa relation avec Bahar. Car Isa a une petite amie, Bahar, plus jeune que lui avec qui il passe les vacances d’été au soleil.

C’est sur elle que s’ouvre le film : son visage immobile, qui regarde Isa en hors champ photographiant pour ses cours les ruines d’un temple antique, apparaît entre une pierre brute à sa droite et une colonne sculptée à sa gauche.

À l’opposition chaos/construction succède celle de regarder / ne pas regarder. Isa, occupé à son travail, ne regarde pas son amie, et elle ne s’intéresse pas à son travail. Il y a entre eux une dissymétrie, qu’un dialogue trop faible ne parvient pas à briser (« - Tu t’ennuies ? - Non. »). Alors Bahar s’éloigne dans la profondeur de champ, creusant l’espace entre eux. Le contre-champ qui nous révèle ce qu’elle voit une fois parvenue en haut d’une petite colline est saisissant : le temple nous apparaît dans toute sa beauté. Assise, Bahar regarde en souriant. Comme un nuage passe sur son visage, et elle pleure.

Les signes qui passent sur les visages sont comme les œuvres d’art : ils n’ont de sens qu’en ce à quoi ils renvoient : l’Homme lui-même, son identité, sa vie.
Or pour accéder à la raison des larmes, il faut poser la question, entrer dans la parole et demander « - Pourquoi tu pleures ? ». Ce qui suppose de voir les larmes. Et Isa ne les voit pas, il est trop loin, et même il rigole de sa chute qu’on le voit faire au milieu des colonnes antiques.

L’image mortelle qui tue Bahar est celle qu’elle se fait de son amour avec Isa. Elle aura à traverser l’épreuve de la vérité pour se retrouver elle-même.
Nous recommandons vivement ce film qui prend le temps de faire exister ses personnages, à cause de la beauté de sa mise en scène, et de son regard sur le monde et ses saisons. Et nous invitons les lecteurs qui le désirent à nous faire part de leurs réactions.

Louis Corpechot

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