Homélie du cardinal André Vingt-Trois – Messe à Notre-Dame d’Auteuil, fête patronale

Notre-Dame d’Auteuil - dimanche 16 décembre 2007

Evangile selon Saint Mathieu chap. 11, versets 2 à 11.

Frères et sœurs,

Peut-être avez-vous été surpris, comme l’évangéliste qui nous rapporte la scène que nous venons d’entendre, que le prophète Jean-Baptiste ait besoin de savoir si Jésus est bien celui que l’on attend ou s’il faut en attendre un autre. A travers cette question que Jean-Baptiste envoie poser par ses disciples à partir de sa prison, la liturgie nous invite bien sûr à nous poser nous-mêmes la question : _ qu’attendons-nous de la nativité du Christ ? Quel est celui que nous attendons ? Plus largement encore, qu’attendent nos contemporains de la nativité du Christ ? Nous le voyons bien, il est facile de le voir, la célébration de Noël, déclenche tout un ensemble de manifestations publiques ou privées, de gestes d’amitié, de tendresse, de signes d’affection à travers les cadeaux… on attend ce moment comme un moment de paix, de répit dans une existence dont on a souvent tendance à croire qu’elle est particulièrement difficile, - comme si l’existence humaine avait jamais été facile sur cette terre !
Mais, du coup, peut-être apportons-nous trop facilement une réponse à cette question. Qu’est-ce que l’on attend ? Qu’attendent tous ces gens qui nous entourent, qui sont peu chrétiens, peu croyants, -mais nous-mêmes, sommes-nous très croyants et très chrétiens ?) Et ceux qui sont en-dehors de la tradition chrétienne, ignorants ou d’une autre religion, que peuvent-ils bien attendre de ce temps de Noël ? Quelle signification peuvent-ils donner à la vénération que nous apportons à la naissance du Christ ?
Il est trop facile pour nous de brocarder des attentes que nous jugeons peu spirituelles, très ambiguës, mélangées, voire hypocrites. Nous connaissons suffisamment les évangiles pour savoir que l’attitude pharisienne qui consiste à se considérer comme justes et parfaits face à d’autres qui ne seraient que médiocres n’est pas ce que le Christ a le mieux prisé dans ses contacts avec les hommes. Et d’ailleurs, si les hommes attendent que les aveugles voient, que les sourds entendent, que les boiteux marchent, n’est-ce pas ce que Jésus est venu faire ? S’ils attendent un soulagement dans leur existence, n’est-ce pas ce que Jésus est venu apporter ? Alors, d’où vient la difficulté que nous ressentons chaque année ? Peut-être tout simplement du fait que nous mélangeons les signes de la venue du Messie que je viens d’évoquer : « Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres », nous avons tendance à mélanger ces signes avec ce qu’ils représentent. Nous nous habituons peu à peu à nous contenter des signes en oubliant celui qui en est la source. A Noël, il ne s’agit pas simplement pour nous d’apporter un peu de soulagement dans les souffrances humaines, il ne s’agit pas simplement d’aider les gens qui rencontrent des difficultés. Il ne suffirait même pas de ressusciter les morts, ni même encore d’annoncer la Bonne Nouvelle. Encore faut-il que ces gestes de soulagement, de partage, d’entraide, cette annonce de la Bonne Nouvelle, soient tout entiers rattachés à la personne de Jésus de Nazareth. La question n’est pas de savoir si on peut faire voir les aveugles ou entendre les sourds ; la question est de savoir, quand les aveugles voient, quand les sourds entendent, quand les morts ressuscitent, si nous sommes capables de désigner Celui grâce à qui ces choses sont possibles. Sommes-nous capables de remonter du signe à Celui qui en est la source ?
Mais en même temps, nous devons comprendre et accepter que l’annonce du Christ, Fils de Dieu, Messie des Nations, Sauveur du monde, cette annonce ne peut pas se faire si nous ne produisons pas les fruits du Messie. Comment pourrions-nous annoncer que le Sauveur est venu en ce monde si nous ne participons pas de quelque façon à la mise en œuvre de ce salut, si nous ne sommes pas les premiers auprès de ceux qui souffrent, si nous ne sommes pas les premiers à donner les signes qu’un monde nouveau est commencé ? Comment pourrions-nous annoncer le Messie si nous abandonnons les pauvres, les malades, les rejetés à leur sort sans nous en inquiéter ? Annoncer le Christ qui vient, c’est nous mettre avec Lui au travail pour que les signes du salut soient rendu concrètement visibles : donner à manger à ceux qui ont faim, donner à boire à ceux qui ont soif, soigner ceux qui sont malades, enseigner ceux qui apprennent, apporter le témoignage de notre patience et de notre joie.
Comment l’humanité de ce temps pourrait-elle croire que nous sommes les témoins d’un Sauveur, si notre vie elle-même ne donne pas le signe du salut ? Et le premier signe du salut, c’est de toute évidence notre capacité à assumer notre existence, à la porter jour après jour, non pas comme une sorte d’épreuve insupportable mais comme le lieu qui nous est donné pour rencontrer la miséricorde de Dieu et devenir témoin de son amour.
Les hommes et les femmes qui nous entourent pourront s’interroger sur la personne du Christ dont nous célébrons la nativité s’ils voient que cette personne du Christ à laquelle nous croyons change notre manière de vivre, si elle fait de nous des témoins de l’espérance, des témoins de la joie de Dieu, des témoins de la persévérance et de la constance, si elle fait de nous des hommes et des femmes auprès desquels on peut trouver appui et réconfort.
Prions donc le Seigneur : que, dans notre attente du Messie, nous n’attendions pas seulement les signes du salut qu’il apporte, mais vraiment la personne qui est à l’origine de ces signes. Prions le Seigneur : qu’il habite nos cœurs de son amour pour qu’avec Lui nous apprenions à produire les signes du salut. Prions le Seigneur pour qu’il mette en nos cœurs la joie de sa présence et qu’il fasse de nous des témoins de l’amour de Dieu pour tous.
Amen.

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