Homélie du cardinal André Vingt-Trois – Fête du Baptême du Seigneur

Saint-Vincent de Paul - dimanche 13 janvier 2008

Quand nous demandons le baptême de l’Église, nous ne faisons pas autre chose que d’appeler sur nous cette parole du Père qui va dire : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ». Celui-ci, celle-là, qui n’est en rien différent de tous ceux qui l’entourent, dont l’existence ne diffère à première vue en rien de l’existence de tous nos contemporains, devient à la fois signe d’une autre réalité au cœur de cette existence humaine, et acteur d’une présence de Dieu au milieu des hommes.

Homélie du Cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris

Évangile selon Mathieu, chap. 3, versets 13 à 17.

Avec la célébration de la fête du baptême du Christ, la liturgie développe et prolonge le cycle des manifestations de Jésus, commencé par la célébration de la Nativité et poursuivi par la fête de l’Epiphanie que nous avons célébrée dimanche dernier. A travers ces différents épisodes, d’une certaine façon, c’est la même réalité qui est mise en scène, l’irruption de Dieu lui-même dans le monde des hommes. Dans la nuit de Bethléem, un enfant nouveau-né est donné comme signe aux bergers qui doivent reconnaître en lui le Messie ; à l’Epiphanie, une étoile guide les mages venus des pays païens pour reconnaître le roi des Juifs. Aujourd’hui, lors du baptême du Christ, les cieux s’ouvrent et une voix descend pour dire : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ».

A travers ces différentes étapes de l’Évangile, nous sommes invités à reconnaître un des aspects les plus extraordinaires de notre foi chrétienne : Dieu, le Dieu auquel nous croyons, le Dieu invisible, inconnaissable d’une certaine façon, le Dieu qui se définit par ce qu’il n’est pas comme nous, parce qu’il est Tout Autre, ce Dieu que la tradition juive interdit de représenter pour que nous ne le réduisions pas à une idole, ce Dieu vient vivre l’existence humaine. Il n’envoie pas seulement un messager comme il l’a fait tant de fois au cours des siècles, l’Ancien Testament nous rapporte cela. Il vient lui-même en envoyant son Fils, son unique. L’acte de la foi chrétienne, c’est de reconnaître dans cet enfant nouveau-né ou dans cet homme fait qui vient demander le baptême de conversion au milieu des pécheurs, Dieu lui-même qui vient au plus près de nous. Comment imaginer qu’il se rende davantage proche de l’humanité qu’en partageant le chemin des pécheurs, sans entrer pour autant dans leur péché. Cet homme qui, de toute apparence, est absolument comme nous, identique à chacun et à chacune d’entre-nous, cet homme est Dieu. Il est Dieu lui-même venu sur la terre et c’est pourquoi les cieux se sont ouverts.

Dans la représentation que nous avons spontanément en tête d’un univers divin qui au-delà des cieux par comparaison avec un univers humain qui est celui de notre terre, quand les cieux s’ouvrent, cela veut dire que la communication entre l’univers de Dieu et l’univers des hommes se rétablit, que quelque chose, quelqu’un, Dieu lui-même, vient partager l’histoire de notre terre, ce qui est proclamé par la voix qui dit : « Celui-ci est mon Fils bien aimé, en Lui j’ai mis tout mon amour ».

Cet acte de foi nous invite à reconnaître l’invisible dans la personne visible de Jésus de Nazareth ; il nous invite à reconnaître la réalité, la présence réelle et active de Dieu dans l’existence humaine de Jésus de Nazareth, il ouvre ainsi un regard différent sur notre manière humaine de vivre. Le regard de la foi sur le visage de l’homme, sur le visage de la femme que l’on rencontre, ne peut s’en tenir à ce qui est visible, aux talents, aux attraits, aux défauts, au péché, aux crimes… Il discerne à travers ce qui est visible la présence de ce qui est invisible.

Quand nous demandons le baptême de l’Église, nous ne faisons pas autre chose que d’appeler sur nous cette parole du Père qui va dire : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ». Celui-ci, celle-là, qui n’est en rien différent de tous ceux qui l’entourent, dont l’existence ne diffère à première vue en rien de l’existence de tous nos contemporains, devient à la fois signe d’une autre réalité au cœur de cette existence humaine, et acteur d’une présence de Dieu au milieu des hommes. L’enfant qui est baptisé, le jeune qui est baptisé, l’adulte qui est baptisé n’est plus simplement une créature de ce monde, il reçoit par l’effet du sacrement qui marque, y compris son corps, par l’eau, par l’onction, il reçoit en lui la marque de Dieu présent, vivant et agissant.

Nous sommes invités ainsi à regarder notre baptême non pas simplement comme une sorte de ticket d’entrée dans l’Église, - avant, on était dehors ; après, on est dedans -, mais comme un changement qui touche toute notre personne, notre esprit, notre cœur, notre liberté, notre volonté, nos capacités d’aimer, de construire, de réaliser quelque chose en ce monde, marqués que nous sommes par l’Esprit qui descend sur nous comme sous la forme d’une colombe sur Jésus, éveillés par la Parole du Père qui nous désigne comme ses enfants. Avec Jésus nous sortons de l’eau pour une vie nouvelle qui est une vie de créature divine, si on peut parler de « créature divine » : la vie d’un homme, d’une femme habitée par la présence de Dieu, témoin de la présence de Dieu, acteur de la présence de Dieu.

Ainsi quand nous regardons notre vie, nous prenons conscience que nos erreurs, s’il y en a, nos fautes, s’il y en a, ne se mesurent pas seulement par rapport à un code de conduite que nous aurions reçu et auquel nous ne serions pas fidèles. S’il y a des erreurs, s’il y a des fautes, ce qui est atteint en nous n’est pas notre bonne image ou notre respectabilité, c’est vraiment la vie de Dieu qui nous habite. Baptisés dans le Christ, nous sommes devenus des créatures nouvelles, nous sommes appelés à mener une vie nouvelle. En faisant aujourd’hui mémoire du baptême du Christ, nous sommes invités à faire mémoire de notre propre baptême, à reconnaître cette puissance de l’action de Dieu dans nos vies, à mettre notre espérance dans la parole qu’il a prononcée sur nous : « Tu es mon fils, aujourd’hui je t’appelle et je t’envoie ». Amen.

+André cardinal Vingt-Trois
archevêque de Paris

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