Homélie du cardinal André Vingt-Trois – Professions religieuses de Bénédictines du Sacré Cœur de Montmartre

Sacré Coeur de Montmartre - dimanche 5 janvier 2008

Evangile selon Mathieu chap.2, versets 1 à 12.

Frères et Sœurs, l’annonce de la venue du Messie suscite la crainte, l’inquiétude, le soupçon chez le roi Hérode, qui pourtant aurait dû l’attendre d’après les Ecritures et se préparer à l’accueillir. Chez les Mages qui représentent les nations païennes lointaines et qui ont suivi simplement la sagesse de leurs réflexions, l’étoile qui les a guidés, la découverte de l’enfant dans la crèche suscite la joie. Pour nous, qui lisons et entendons cet évangile, il est bien clair que nous sommes invités à choisir. Quel sentiment va envahir notre cœur devant la surabondance de l’amour de Dieu ? Allons-nous nous laisser saisir par la crainte, l’inquiétude, le soupçon ? La manifestation de l’amour de Dieu va-t-elle devenir pour nous une occasion de trouble ? Ou bien, au contraire, allons-nous nous laisser guider par l’Esprit-Saint et entrer avec bonheur dans la joie des mages ? Je voudrais qu’aujourd’hui, la célébration que nous vivons ensemble soit l’occasion pour chacune et pour chacun d’entre-nous de faire un pas de plus dans la joie de la foi.
« Debout Jérusalem, exulte car voici ta lumière ; laisse ton cœur se dilater » nous dit le prophète Isaïe. Quand vous êtes montés vers cette basilique, vous avez traversé des quartiers de Paris ; en vous approchant davantage encore, vous avez croisé des représentants du monde entier qui sont ici en touristes et qui visitent notre capitale ; peut-être, en sortant, pourrez-vous vous arrêter un instant et jeter un coup d’œil sur l’étendue de la ville devant vous : sur cette ville aussi la lumière du Seigneur s’est levée. En ces foules qui la parcourent en tous sens, en ces étrangers qui la visitent, en ceux qui essayent d’y survivre, le chemin se creuse pour rejoindre Jérusalem. Les sentiers peuvent s’égarer un instant ou plus longuement. Distraits par le spectacle de la ville, par les occupations de toutes sortes, les vraies et les vaines, les uns ou les autres peuvent avoir perdu de vue l’étoile. Mais nous qui regardons ces hommes et ces femmes avec le regard de la foi, nous persévérons à croire qu’ils viendront se réfugier dans les murs de Jérusalem : ils accourront de loin, « portant leurs enfants sur les bras pour les faire venir au Seigneur ». Quand nous voyons cette foule et notre petit troupeau, notre cœur ne se remplit pas de tristesse ou d’amertume, il se remplit d’espérance. Ce qui était caché, ce qui demeure caché encore aux yeux de beaucoup, des manifestations de l’amour de Dieu pour l’humanité, va se révéler au cœur des hommes. Cet amour s’est manifesté dans le Christ, il s’est révélé et il s’est transmis par la prédication apostolique, il se rend visible en ces jours qui sont les nôtres.
Aussi, avec les mages, sommes-nous conscients de faire partie de ces nations païennes qui ont été associées gratuitement à la grâce du Salut. Avec eux, nous nous émerveillons, nos yeux s’ouvrent et nous ne voyons pas simplement un nouveau-né, symbole de la permanence de l’humanité ou du renouvellement des générations : dans ce nouveau-né, nous reconnaissons le signe qui a été donné aux bergers, celui de Jésus Emmanuel, Dieu parmi nous. Il faut que nous laissions cette joie emplir nos cœurs, dilater nos pensées, ouvrir nos perspectives au-delà de nos préoccupations à chacun, au-delà des limites de notre Église visible, au-delà des frontières des nations, pour laisser courir la puissance de la Bonne Nouvelle aux dimensions de la Terre. La joie de Dieu emplit nos cœurs parce que nous pensons, parce que nous croyons, parce que nous espérons que sa Bonne Nouvelle arrivera aux confins du monde. Et nous, si petits que nous soyons, si hésitants que soient nos cœurs, si timides nos initiatives pour annoncer la Bonne Nouvelle, nous savons que nous avons été choisis pour faire cette œuvre de porter la lumière dans la nuit du monde. C’est une nouvelle source de joie que d’être devenus ces porte-lumières, malgré notre grisaille, malgré les ténèbres qui peuvent émaner de notre vie. La lumière du Christ est plus forte et elle transfigure la réalité.
N’est-ce pas aussi la joie de celles et de ceux que Dieu appelle à se donner tout entier pour le service de la Bonne Nouvelle, celles et ceux qu’il choisit pour être ses amis proches, pour être les témoins de cette Bonne Nouvelle à la face du monde. Nous le savons bien, chacune et chacune d’entre nous notre mission apostolique est entravée par notre égoïsme, par notre tiédeur, par notre lenteur, par notre pauvreté. Pour renouveler en nous le dynamisme du baptême, pour raviver la conviction apostolique, nous avons besoin de nous appuyer sur le corps ecclésial tout entier et, en son cœur, sur celles et ceux qui sont consacrés, donnés tout entier par amour pour le Christ. C’est une joie pour elles et pour eux d’être ainsi associés d’une manière plus étroite à la manifestation universelle de la lumière de Dieu. Comme les mages qui s’approchaient de l’enfant, nous avançons dans cette Eucharistie en présentant nos pauvres trésors ; nous n’avons, nous, ni l’or, ni l’encens, ni la myrrhe, nous n’avons que nos vies. Nous ne rêvons pas de surprendre, surtout de surprendre Dieu : que pourrions-nous lui donner que nous n’ayons reçu de Lui ? Que pourrions-nous lui offrir qu’il n’ait pas lui-même mis dans nos mains ? Que pourrions-nous lui donner que nous n’ayons reçu de Lui, pouvons-nous lui donner plus que nous-mêmes ? L’offrande que nous faisons avec le pain et le vin en cette Eucharistie n’est pas l’offrande de cadeaux, c’est l’offrande de notre cœur qui se donne tout entier tel que nous sommes, dans notre faiblesse. Oui Seigneur, dans la crèche de Bethléem évoquée ici par l’autel eucharistique, nous voulons t’offrir notre vie. Nous sommes entraînés à ce don de nous-mêmes qui dépasse notre désir et nos forces, nous sommes soutenus dans le dépassement qu’il suppose, nous sommes accompagnés jour après jour dans cette offrande, par celles et ceux qui sont appelés à se donner totalement, non pas simplement pour l’offrande mystique de leur liberté, mais très concrètement par l’offrande de leur vie aujourd’hui, dans la pauvreté, la chasteté, l’obéissance, comme nos sœur vont s’y engager.
Aujourd’hui, l’or, la myrrhe et l’encens, ce seront la pauvreté, la chasteté et l’obéissance. Aujourd’hui, l’offrande des mages, l’offrande des nations à Dieu, ce sera notre cœur et tout ce que nous pouvons porter d’amitié, d’amour ou d’affection pour celles qui vont se donner tout entières devant nous par la profession de leur vie. Oui, nos mains sont vides et pourtant nous sommes si riches. Oui, nous sommes pauvres et pourtant Dieu attend tellement de nous. Cette offrande à laquelle nous sommes invités, nos sœurs par la profession qu’elles vont faire, nous par notre communion à leur démarche et par le vœu de notre baptême… Cette offrande que nous faisons n’est pas pour nous un sacrifice de douleur, c’est une offrande de joie. C’est la même dilatation du cœur à laquelle nous étions invités par le cri du prophète Isaïe dans Jérusalem, c’est la même explosion de joie que celle de l’apôtre Paul devant le mystère qui se manifeste aux nations, c’est la même joie que celle des mages découvrant celui qui apporte au monde le Salut, la joie de ceux qui ont gravi la montagne et, poussant la porte, découvrent le signe de l’amour de Dieu manifesté dans le sacrement eucharistique. C’est la joie que nous avons d’être rassemblés aujourd’hui en un seul corps et un seul cœur. La joie que l’Esprit nous donne de faire éclater nos sentiments personnels pour nous unir à la joie de l’Église entière. Oui, c’est une grande fête de la joie que celle où Dieu se montre pour nous combler, c’est une grande fête de la joie que celle où il se donne pour combler l’humanité, c’est une grande fête de la joie que celle où nous pouvons, avec le Christ, nous donner tout entiers par amour.
Frères et sœurs, pendant quelques instants de silence, prions pour nos sœurs qui vont faire profession. Prions pour l’Église qui est associé à la mission du Christ de révéler à l’humanité le mystère de l’amour de Dieu. Prions les uns pour les autres : que ce moment de grâce que nous vivons nous fasse grandir un peu plus dans la foi, dans l’espérance, et dans la charité. Amen.

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