Homélie du cardinal André Vingt-Trois – 2e dimanche du temps ordinaire (Année A), Semaine pour l’unité des chrétiens 2008

Saint-Paul-Saint-Louis, 20 janvier 2008

Homélie du Cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris

Chers amis, il y a cent ans naissait la semaine de prière et de réflexion pour l’unité des chrétiens. Certains d’entre vous, sans doute, ont depuis des années suivi de près les transformations survenues depuis un siècle dans les relations entre chrétiens de différentes confessions ; beaucoup, en revanche, se contentent de vivre leur foi, sans vraiment se rendre compte des tensions surmontées, des progrès accomplies et des difficultés qui demeurent. En ce jour où votre paroisse célèbre sa fête patronale, je crois important que nous réfléchissions ensemble un moment à ce que signifie la semaine de prière et de réflexion pour l’unité des chrétiens et que nous en tirions quelques fruits pour votre vie paroissiale.

Il y a cent ans, les relations entre les différentes Églises et confessions chrétiennes étaient marquées non seulement par les différences théologiques, mais aussi dans bien des lieux par des relations de voisinage qui pouvaient aller de l’indifférence réciproque à la confrontation continuelle, de l’émulation mutuelle à la jalousie. Ces situations d’exclusion réciproque se rencontraient dans certaines de nos villes ou certains de nos villages, dans les régions où, par exemple, coexistaient des catholiques et des protestants ; elles pouvaient être plus marquées encore dans d’autres parties de l’Europe même s’il a pu arriver que la collaboration l’emporte dans des conditions difficiles ; elles se transformaient en concurrence parfois dans les pays de mission. La transformation vécue dans le dernier siècle a été essentielle, à mesure que l’on découvrait que le christianisme n’était pas un marqueur social. Tant que l’on a pu entretenir l’illusion que la société était chrétienne et que chacun était chrétien en tant que membre de la société, la confrontation était inévitable. Les horreurs du XXème siècle ont rendu visible que tous, nous vivions dans un monde sécularisé. Le christianisme n’est pas d’abord un élément du consensus social, il est un choix personnel, il est la réponse à une élection et à un appel gracieux de la part de Dieu.

L’institution de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens a marqué la redécouverte qu’être chrétien, c’est d’abord et avant tout appartenir au Christ et être nourri par ses sacrements. L’unité chrétienne n’est pas d’abord à construire, elle est à recevoir du Christ qui, dans sa mort et sa résurrection, rassemble ses disciples en une seule famille devant le Père. Comme il est habituel lorsqu’on part d’une situation difficile, les premiers pas ont été spectaculaires : il ne fallait que surmonter des erreurs grossières. Depuis, les progrès peuvent paraître lents, les problèmes posés trop subtils. La célébration annuelle de cette semaine nous invite à la patience, à la persévérance et à la supplication. Avant de nous demander quels progrès sont encore possibles, quels pas devraient être accomplies et de nous plaindre de tout ce qui reste impossible, nous devons chacun entrer dans une relation plus vivante au Christ par la prière, les sacrements, l’écoute et la méditation de sa Parole.
Mais tout cela ne sert à rien si nous ne commençons pas par vivre notre vie paroissiale comme une fraternité. Une paroisse n’est pas un poste de distribution des sacrements et d’organisation de l’Eucharistie. Une paroisse est une communauté convoquée par le Christ pour que les uns et les autres se reconnaissent comme frères et sœurs dans le Christ, si différents soient-ils, et vivent de cette fraternité dans tous les domaines de leur existence. Il n’y a pas de sens à nous lamenter de la division des Églises si nous ne savons pas exprimer notre fraternité sacramentelle par des gestes simples de la vie quotidienne : une attention réciproque, l’écoute accordée à ceux que l’on croise, un sourire… Et cette fraternité vécue entre chrétiens s’élargit à tous les hommes et toutes les femmes que nous croisons. Si nous célébrons la Messe chaque dimanche, c’est parce que nous sommes unis par le Seigneur, membres de l’unique famille de Dieu qui fait monter vers le Père sa prière, sa louange et sa supplication. C’est pour que l’Eucharistie nous unisse les uns aux autres dans un unique amour. Nous ne pouvons nous résigner à ce que les paroisses soient des lieux d’indifférence, d’ignorance mutuelle, voire, pourquoi ne pas le dire, de haine. Tout ce que vous faites ensemble en matière de communion, de connaissance mutuelle, de rencontre, de fraternité, tout cela est bon et doit être encouragé et approfondi. Chaque paroisse doit vivre de l’amour de Dieu et du prochain dans le quartier où elle se trouve et en être un signe éclatant.

C’est pourquoi j’ai voulu un Festival de la Charité. Il aura lieu, vous le savez, du 28 janvier au 5 février, juste avant le Carême. Il est important que, dans les paroisses, tous prennent conscience de ce qui se vit de fraternité et de charité qui se déploie vers l’extérieur en solidarité. Il y a parmi vous beaucoup de personnes qui font beaucoup pour les autres, qui donnent beaucoup non seulement de leur argent mais de leur temps et surtout d’eux-mêmes. Ce sont vos voisins, vos voisines, aujourd’hui à la Messe. Chacun agit selon ce qu’il peut, mais il est important que vous soyez en communion les uns avec les autres, que vous vous encouragiez, que vous vous souteniez. Ce Festival, selon les modalités particulières qu’il prendra ici, comme expositions ou conférences ou rencontres, vous permettra de prendre un peu la mesure de ce que vous faites comme corps et vous encouragera à vous engager davantage dans ce qui est à votre portée. Que cette fête patronale, que ce Festival de la Charité, vous donnent d’être toujours mieux conscients de former une même famille de Dieu ; qu’ils renouvellent votre désir de vivre dans l’unité les uns avec les autres, et que cette semaine de prière et de réflexion pour l’unité des chrétiens ravive votre aspiration vers l’unité de l’Église.
Amen.
+André cardinal Vingt-Trois

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