470, c’est le chiffre donné par « le Monde » dans son édition du 14 décembre dernier. 470 mineurs étrangers identifiés qui sont livrés à eux mêmes autour des gares de l’Est et du Nord à Paris ! Et quand on sait que le nombre de ceux qui ne sont pas identifiés est sans doute plus important, on voit le scandale que cela représente !
Xavier Griache anime, pour le compte de l’association Aux captifs la Libération, le Club de prévention Accueil Lazare avenue Victor Hugo dans le 16e arrondissement. La zone d’intervention de ce club couvre le nord du 16e arrondissement et l’Est du Bois de Boulogne. Il accueille dans son local ces jeunes le plus souvent sans famille et placés dans des foyers. Il s’agit de les aider et de les suivre, tant sur le plan personnel (santé, nutrition, développement culturel et social) que sur celui de leurs activités. Il fait également un travail de rue, en particulier avec une camionnette qui assure, le soir, de l’accueil dans le Bois de Boulogne avec des animateurs du Club qui prennent en charge
ces actions. Xavier Griache explique qu’il y a aujourd’hui trois types de population de jeunes garçons auxquels il doit faire face.
Les jeunes Afghans en transit vers l’Angleterre.
Ils sont le plus souvent avec leur famille ou des cousins en recherche de passage sur l’Angleterre. On ne sait pas comment ils vivent car s’ils gardent le contact avec les adultes pour le futur « passage », ils doivent se débrouiller seuls, ceux-ci ayant déjà fort à faire pour eux-mêmes. Leur prise en charge par les services sociaux est faible car ils ne veulent pas rester et sont donc laissés en attente. On ne sait pas où ils vivent. Ils sont orientés vers La Boulangerie (10e), centre géré par les « Amis de la rue », où ils trouvent de quoi se nourrir et un minimum de suivi santé/nutrition.
Les jeunes africains.
Leur situation est complexe. Pour faire simple, deux cas principaux : soit ils sont envoyés par leur famille pour se bâtir un projet personnel, en faire profiter la famille - dans ce cas, celle-ci doit financer le séjour et lui trouver un référent sur le territoire - soit ils arrivent, suite à un décès familial, avec un cousin ou un autre adulte pour se sortir d’affaire. De toute manière comme mineurs, ils doivent être protégés par l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE), mais pour cela ils doivent être signalés, ce qui n’est souvent pas le cas. Comme ils arrivent vers 15/16 ans, ils atteignent vite 18 ans, âge auquel l’Aide Sociale à l’Enfance ne fonctionne plus - sauf dans le cadre des contrats « jeunes majeurs » de 18 à 21 ans, mais qui sont donnés en priorité à ceux qui ont déjà été enregistrés comme mineurs. Et donc on tourne un peu en rond : ces jeunes se désocialisent et se livrent vite aux trafics et à la prostitution.
Enfin les jeunes Européens de l’Est.
Ce sont essentiellement les jeunes Roumains. Depuis l’intégration de la Roumanie dans l’Europe ils viennent directement pour travailler avec l’accord de leur famille. Ils commencent par travailler au noir, essentiellement dans le bâtiment. C’est un métier où ils peuvent assez vite se faire une clientèle et donc créer leur entreprise. Dans ce cas il s’agit plus de jeunes majeurs (18/20 ans), issus de familles souvent en difficultés en Roumanie.
Plus généralement Xavier Griache souligne la mauvaise connaissance que l’on a à Paris de cette population : plusieurs milliers ? L’ASE est un peu débordée et ne dispose pas de tous les éléments sociaux et culturels sur les pays dont sont issus ces jeunes, jeunes qui sont en rupture de familles, ou dont les parents sont très loin, mais qui portent aussi des projets cohérents et veulent être dignes de la confiance de leurs parents qui les envoient.
Dans les rencontres avec eux, l’attention et le temps sont évidemment indispensables. Un jour, un mot peut faire déclic pour les sortir de leur
isolement, les mettre en route. Juridiquement ils sont majeurs à 18 ans. Au-delà, ils ne peuvent donc rester sans continuer à être protégés. Mais il est évident qu’il leur faut être soutenus et aidés plus longtemps et qu’ils en ont bien besoin jusque 20/22 ans.
