Il est Kabyle, elle est Berbère. Il y a cinq ans, ils ont choisi de venir travailler en France. Ils ont maintenant quatre enfants : trois scolarisés et le quatrième est souvent confié à l’extérieur pour que les parents puissent assumer leur travail. Elle, au profit des écoles de Paris, lui, dans une Régie de quartier. Revenus communs, y compris les allocations familiales, inférieurs à 2 000 euros par mois.
A de nombreuses reprises, ils ont sollicité un logement, renouvelant régulièrement leur demande. A chaque fois, c’était le refus : trop de demandes pour pouvoir satisfaire la leur. La dernière intervention en date du 3 octobre 2007 fut adressée directement à la préfecture de Paris, dans un dossier montrant leurs conditions de vie. Le document comportait des photographies d’un local transformé en « chambre » : moins de 18 mètres carrés, pour six personnes. Ce courrier reçoit une réponse-type : « Nous avons bien reçu votre demande… précisez-nous votre numéro de dossier. »...
Comme le rappelle volontiers le père de ces quatre enfants : le « loyer mensuel » qu’il a versé depuis près de cinq années dépassait jusqu’à ces derniers jours 1 000, voire 1 222 euros. Cinq années multipliées par 12. Faites le compte… Au bénéfice du propriétaire, s’ajoute la part du loyer mensuel assumée par la ville. Jolie facture, non ? Jusqu’à ces derniers jours, car ils ont enfin pu trouver fin-décembre un appartement à Cergy, chez un bailleur privé. Coût quelque 800 euros. Puis, à peine installés, une seconde offre de l’OPAC de Paris, cette fois, heureusement moins chère, dans le XXe arrondissement où travaille le couple. Deux déménagements en quelques semaines, mais vu leur très modeste mobilier…
Six personnes, 18 m2, où la pauvreté des moyens de subsistance le disputait à la souffrance d’une famille recluse dans un logement dérisoire, au-dessus duquel couraient cafards et souris. Souffrance d’un enfant disant qu’il préférait ne pas inviter ses copains, lors de son anniversaire. Et pour cause. Aujourd’hui l’angoisse du papa a enfin disparu. Mais il a fallu cinq années de détresse pour en arriver là.

