Homélie de Mgr André Vingt-Trois – Messe avec les nouveaux baptisés de Pâques

Dimanche 15 avril 2007 - dimanche in albis

Une semaine après Pâques, les adultes qui ont été baptisés lors de la Vigile Pascale dans leurs paroisses respectives se retrouvent autour de l’archevêque lors du dimanche "in albis". Ils portent la cape blanche des nouveaux baptisés.

Évangile selon saint Jean Chapitre 20, versets 19-31

Frères et Sœurs, à travers le passage de l’évangile de saint Jean que nous venons d’entendre, une question tout à fait cruciale est proposée à notre méditation et à notre prière : sur quels éléments nous appuyons-nous pour croire à la Résurrection du Christ ? Dans ce passage de l’évangile selon saint Jean, trois éléments principaux apparaissent.

Le premier, c’est l’expérience directe que les apôtres font de la présence du Christ ressuscité. Cette expérience n’est pas simplement, comme beaucoup peuvent être tentés de le supposer ou de le dire, une sorte d’expérience morale : ils auraient la conviction qu’il est avec eux -, c’est une expérience physique. Car, aussi bien dans la première apparition du premier jour que dans celle qui se renouvelle le huitième jour au bénéfice de Thomas, il s’agit de toucher ses plaies. Il ne s’agit pas simplement d’entendre une parole, de croire à une présence, il s’agit d’entrer dans un contact physique. C’est même parce que ce contact physique lui a fait défaut que Thomas ne peut pas se résoudre à croire : "Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt à l’endroit des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non je n’y croirai pas ". Voici donc le premier degré de cette expérience du Christ ressuscité : c’est la rencontre qui va se prolonger pendant plusieurs semaines au cours desquelles, de différentes manières, le Christ va se rendre présent à ses disciples. Dimanche après dimanche, tout au long de ce temps pascal, nous serons invités à méditer sur ces apparitions du Christ ressuscité.

Le deuxième degré est moins apparent : c’est celui du témoignage. Finalement, l’incrédulité de Thomas ne vient pas simplement de ce qu’il n’a pas eu lui-même l’expérience directe, physique de la présence du Christ, ainsi qu’il la réclame ; elle vient, d’abord et principalement, de ce qu’il n’accepte pas d’entrer dans ce que lui disent ses compagnons. Vous aurez remarqué que le récit des deux apparitions successives est pratiquement décalqué d’un épisode sur l’autre : c’est de la même manière que Jésus est apparu aux onze le premier jour de la semaine, et de la même manière qu’il va apparaître à Thomas huit jours plus tard. Il s’agit donc d’une question de confiance : Thomas n’a-t-il pas assez confiance dans ses compagnons ? Ou bien la parole qu’ils lui disent, le témoignage qu’ils lui apportent, sont-ils trop important pour qu’il puisse s’en remettre à leur parole ? L’objectif de ce récit de l’évangile selon saint Jean est de nous faire comprendre que, malgré l’importance de l’événement ou à cause d’elle, il nous faut nous en remettre avec confiance au témoignage apostolique. Thomas a eu une chance, une seconde chance pourrait-on dire ; il a rencontré le Christ ressuscité. Mais la morale de l’histoire, telle que l’évangile la tire, c’est : « 

Il y a un troisième degré d’attestation du Christ Ressuscité qui n’est ni l’expérience physique de sa rencontre ni le témoignage des apôtres, mais la collection des signes accomplis par Jésus en présence des disciples, tels que les évangiles les ont rassemblés. C’est ce que nous dit cette première finale de l’évangile de saint Jean : "Il y a encore beaucoup d’autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas mis par écrit dans ce livre. Ceux-là y ont été mis afin que vous croyiez que Jésus est le Messie, le Fils de Dieu, et afin que par votre foi vous ayez la vie en son nom ".

Nous disposons donc de trois degrés d’expérience du Christ Ressuscité : l’expérience directe, physique de la rencontre ; l’expérience indirecte par le témoignage et l’expérience que l’on pourrait dire livresque, par les récits que rassemblent les évangiles. Pour nous, il va de soi que l’expérience directe nous fera toujours défaut. Mais si nous croyons, c’est précisément parce que la lecture des évangiles ou l’évocation que nous avons entendue des évangiles, nous a donnée une information sur ces signes accomplis par Jésus en présence des disciples. En apprenant ce qu’il avait dit et ce qu’il avait fait, nous comprenons qu’il a apporté quelque chose d’unique et d’irremplaçable à l’humanité et que, si nous voulons entrer dans la vie qu’il nous propose, il nous faut reconnaître qu’il est le Messie et le Fils de Dieu. Nous avons le témoignage apostolique tel qu’il nous est apporté par la tradition de l’Eglise depuis les apôtres avec leur expérience directe du Ressuscité jusqu’à nous aujourd’hui, tradition qui, de génération en génération, transmet l’annonce de la Bonne Nouvelle, tradition grâce à laquelle vous avez entendu la Bonne Nouvelle, grâce à laquelle vous avez pu faire confiance à la parole apostolique, tradition qu’il vous appartient maintenant de prolonger par votre propre annonce du Christ. Vous avez reçu la Bonne Nouvelle de la Résurrection, vous avez répondu à l’appel qu’elle constituait dans votre vie, et vous êtes appelés maintenant à en être les porte-parole pour vos frères.

Parmi les signes que l’évangile nous rapporte, il en est un particulièrement fort que l’évangile selon saint Jean met au cœur de cette rencontre avec les disciples. C’est celui du don de l’Esprit et de la puissance de la Miséricorde : "Recevez l’Esprit-Saint. Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis. Tout homme à qui vous maintiendrez ses péchés, ils lui seront maintenus ". En donnant cet Esprit aux apôtres et en leur confiant la mission de pardonner les péchés, Jésus donne à l’humanité un signe éclatant de la Nouvelle Alliance. Il a donné sa vie pour que les hommes puissent connaître la réconciliation, il donne aux apôtres le pouvoir de réconcilier, pour que tout homme puisse entrer dans cette Nouvelle Alliance.

La question qui nous est adressée, c’est de savoir si ce don de l’Esprit que Dieu fait à son Église pour la réconciliation du monde, nous le vivons vraiment comme une puissance de libération, comme une force qui nous délivre de nos regrets, de nos rancœurs, de nos culpabilités, et qui fait de nous des êtres nouveaux, des hommes et des femmes engendrés à une vie d’amour avec Dieu et avec leurs frères, ou bien si, au contraire, nous laissons ce don se racornir, se dessécher, et devenir un lien supplémentaire au lieu d’être une libération.

Frères et sœurs, quand Pierre passait dans Jérusalem, on apportait les malades pour qu’au moins son ombre les touche et qu’ils soient guéris. Dans la personne de Pierre on reconnaissait que la force libératrice du Christ continuait d’être à l’œuvre. Aujourd’hui, la force libératrice du Christ continue d’être à l’œuvre dans son Église, elle se propose à nous. Essayons au moins que l’ombre de l’amour et du pardon touche nos cœurs pour que nous soyons remplis de la joie de la Résurrection. Amen.

+ André Vingt-Trois
Archevêque de Paris

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