Homélie du cardinal André Vingt-Trois – Messe à la paroisse Notre-Dame de Lourdes (Paris 20e) pour le 150è anniversaire des apparitions de la Vierge à Lourdes

Notre-Dame de Lourdes, lundi 11 février 2008

Isaïe 66 ; Actes 1, 12-14 ; Jn 2, 1-12.

Frères et Sœurs,
telle que l’Écriture nous la présente par exemple dans les pages que nous venons d’entendre par la lecture de l’évangile selon saint Jean ou du livre des Actes des Apôtres, la Vierge Marie est la femme des commencements. C’est par elle que tout a commencé quand elle a répondu à l’ange Gabriel en lui disant : « Qu’il me soit fait selon ta parole ». Cette parole de la Vierge Marie à l’Annonciation ouvrait la porte pour que le plan de l’amour de Dieu pour le salut des hommes puisse s’accomplir, non seulement parmi les hommes, sans les hommes, mais surtout avec la participation des hommes. Car la réponse de la Vierge Marie est l’acquiescement, l’adhésion, de l’humanité aux gestes de miséricorde et de salut que Dieu veut réaliser à notre profit, pour notre bénéfice mais avec notre participation. La Vierge Marie, au moment où elle apporte cette réponse de disponibilité à la volonté de Dieu, exprime symboliquement la part de l’humanité la plus disposée, la plus préparée, la plus ouverte, à accueillir le salut de Dieu pour les hommes.
L’évangile selon saint Jean nous la présente au commencement dans le mariage célébré à Cana en Galilée. L’évangéliste nous dit : « Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit. C’était à Cana en Galilée. Il manifesta sa gloire et ses disciples crurent en Lui ». C’est le commencement des signes, c’est-à-dire le commencement de la mission publique de Jésus, commencement qui inaugure le déroulement entier de l’historie du salut dont le Christ trace le chemin à travers sa vie.
De deux façons l’intervention de Marie rend ce commencement possible. D’abord, par la foi qui est l’âme de son cœur et de sa liberté, par la conviction profonde qui l’habite que Jésus est là pour faire quelque chose, pour faire pour les hommes. Faire quelque chose pour les hommes là où il se trouve, dans cette scène des Noces de Cana, c’est faire quelque chose d’abord pour la noce qui est en train de se dérouler. Marie est convaincue, malgré la parole du Christ : « Mon heure n’est pas encore venue », Marie est convaincue, elle sait dans la foi, qu’il fera ce qui doit être fait, même si elle ignore ce qu’il fera. C’est pourquoi, elle dit, - et c’est la deuxième manière dont elle intervient dans le commencement de la mission publique du Christ -, elle dit aux serviteurs : « Faites tout ce qu’il vous dira ».

Cette invitation, cet appel, nous pouvons le comprendre simplement dans la situation que nous décrit l’évangile : c’est un peu l’affolement, personne ne sait très bien ce qu’il faut faire et Marie dit : « Faites tout ce qu’il vous dira ». La suite du récit évangélique montre qu’ils font tout ce qu’il dit : ils remplissent les cuves d’eau, etc. Mais nous pouvons aussi comprendre cette parole de Marie adressée aux serviteurs de la noce comme la parole adressée aux serviteurs des noces que Dieu veut conclure avec l’humanité, les disciples qui sont là aux noces de Cana et dont Jésus dira ailleurs dans l’Évangile qu’ils sont comme les amis de l’époux. Ils sont les serviteurs de la noce ; et c’est à eux aussi que Marie dit : « Faites tout ce qu’il vous dira ». Plus encore à travers ces serviteurs de la noce, la parole de Marie s’adresse à l’humanité tout entière : « Faites-tout ce qu’il vous dira ». Ainsi, tant par l’expression de sa confiance inébranlable dans la mission que son Fils a reçue et qu’il va accomplir que par son appel adressé à l’humanité de faire tout ce que dit Jésus, Marie se trouve à l’origine, au commencement, des signes que Jésus accomplit. Une seconde fois, elle est la femme du commencement, la femme de l’origine.

Enfin, après la Résurrection et l’Ascension du Christ, ses disciples, ceux à qui elle avait dit : « Faites tout ce qu’il vous dira », sont rassemblés dans la chambre haute, enfermés par la peur de subir le même sort que le Christ, enfermés « par peur des juifs » nous dit le livre des Actes des Apôtres. Ces disciples sont rassemblés autour de Marie. Elle est avec eux, au milieu d’eux, elle prie avec eux, au moment où ils vont recevoir le don de l’Esprit Saint qui va être l’origine constitutive de l’Église. Lorsque les langues de feu se seront déposées sur chacun des apôtres, ceux-ci vont entamer leur mission apostolique telle que le Christ la leur a apprise à travers le temps qu’ils ont vécu avec Lui, à travers les missions partielles qu’il leur a confiées. Maintenant, il s’agit de tout à fait autre chose. Ils ne sont plus simplement envoyés en avant de Lui pour annoncer son arrivée et préparer les cantonnements, en sachant qu’il est derrière eux et qu’il va assumer la situation. Il n’est plus derrière eux, il n’est plus sur terre, il est remonté auprès du Père, c’est à eux d’affronter la situation. Il ne s’agit plus d’aller en avant de Lui mais d’aller à sa place ; c’est le commencement d’une aventure que nous n’avons pas fini de vivre. Au commencement de cette aventure, il y a la prière silencieuse de Marie au milieu de ces hommes apeurés. L’Écriture ne nous dit rien ni de ce qu’elle pense, ni de ce qu’elle dit, ni de ce qu’elle fait, mais peut-être déjà ce silence de l’Écriture nous dit-il quelque chose : elle est là au milieu d’eux comme elle continue d’être au milieu de l’Église, la présence vivante de la mission que le Christ confie à son Église.

Il y a 150 ans, au cœur de ce XIXème siècle où tant de choses ont été bouleversées, - depuis la fin du XVIIIè siècle, non seulement l’Église a connu une période très difficile mais, plus largement que l’Église, toute la population de notre pays a été profondément perturbée, blessée, ne serait-ce que par les conséquences des guerres, guerres de la Révolution puis guerres napoléoniennes qui ont causé tant de blessures et tant de morts… Siècle bousculé, bouleversé par des mouvements politiques et sociaux de toutes sortes, siècle de nouveautés mais siècle aussi de retour sur des vieilles idées… Que peut-il bien y avoir de nouveau, qu’est-ce qui peut surgir de neuf dans ce XIXè siècle ? D’où va sortir le signe qui aidera les hommes à réfléchir et à orienter leur vie d’une autre façon ? Des commencements sont-ils encore possibles pour nous aujourd’hui ? Y-avait-il encore des commencements possibles il y a 150 ans ? Vous le savez : dans les mêmes 25 années de ce XIXè siècle, en plusieurs endroits notre Dame est apparue : rue du Bac, à la Salette, en d’autres lieux encore. Partout, dans tous ces lieux où elle est apparue, elle a lancé un appel, une invitation, à faire pénitence et à demander le pardon pour nos péchés. Appel à la pénitence, invitation à demander le pardon qui n’est pas un message de rancœur, de tristesse mais un message d’espérance au milieu d’une humanité qui commence à supporter de plus en plus difficilement le poids de la culpabilité.

Le message que Notre-Dame nous a adressé il y a 150 ans et qu’elle nous adresse encore et toujours de faire pénitence et de demander pardon pour nos péchés, de nous laver avec l’eau qui purifie comme l’eau du baptême, ce message, ce soir, c’est à nous qu’il est adressé tandis que nous entrons dans le Carême. A la même époque, à l’autre bout de la France, un curé de campagne confessait plusieurs heures par jour dans le village d’Ars. Dieu alors appelait à la pénitence, à la réconciliation, et il offrait le pardon. Dieu nous appelle à la pénitence et à la réconciliation, il nous appelle à la conversion en ce temps de Carême, et il nous offre son pardon par le ministère des prêtres qui nous reçoivent en confession et qui nous donnent l’absolution au nom de Dieu.
Avec nos frères et nos sœurs que j’ai appelés samedi pour qu’ils soient baptisés, confirmés et qu’ils communient au cours de la Vigile pascale, - plus de 250 adultes de Paris -, avec les jeunes que je vais appeler mercredi, - plus de 100 jeunes qui se préparent eux aussi au baptême -, nous avançons vers la fontaine de l’eau vive qui va purifier nos cœurs à nouveau lorsque nous renouvellerons notre baptême au cours de la Vigile pascale. Que Dieu voie dans nos cœurs notre désir de vivre plus saintement ; que Dieu voie dans nos cœurs notre désir de faire ce que le Christ nous dit ; que Dieu voie dans nos cœurs notre désir que sa volonté s’accomplisse ; qu’il nous bénisse, qu’il renouvelle en nous la force de la vie chrétienne et qu’il nous garde dans sa paix.
Amen.

+André Cardinal Vingt-Trois

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