Homélie de Mgr André Vingt-Trois – Messe en l’église de la Nativité à Bethléem - 2007

Bethléem - jeudi 15 février 2007

La Messe a été concélébrée notamment avec Mgr Fouad Tual dont le mot d’ouverture a été longuement applaudi par les pèlerins. Après la Messe, les pèlerins ont été reçus par les Maires des trois villes et par le curé franciscain de Bethléem. L’intervention de Mgr Vingt-Trois constituait une sorte de bilan du pèlerinage-découverte qui a eu lieu du lundi 12 au jeudi 15 février 2007. 588 personnes y ont pris part dont une soixantaine de prêtres et une trentaine de journalistes. Consultez également le compte-rendu de ce pèlerinage-découverte en Terre-Sainte.

C’est ici dans la nuit que la lumière a percé les ténèbres, c’est ici dans la nuit, dans la discrétion d’une grotte que Marie n’ayant pas trouvé de "place pour eux dans la grande salle commune " a mis au monde son fils Jésus. C’est ici dans la nuit que les bergers convoqués par l’Ange se sont rassemblés autour de l’enfant et que la voix de l’Ange a annoncé "Gloire à Dieu au Ciel, et paix aux hommes sur la Terre ".

Nous savons que la lumière divine n’a pas encore fini de traverser les ténèbres de l’histoire de l’humanité. Nous savons que dans la naissance de Jésus tout est accompli de la promesse de Dieu puisqu’il se donne lui-même et qu’il ne peut rien donner de plus grand, ni de plus fort, ni de plus beau.

Nous savons qu’à partir de la nuit de la nativité à Bethléem l’histoire du monde va changer. Mais nous le savons dans la foi et nous le croyons parce que Jésus par sa mort et sa résurrection a manifesté que la puissance de Dieu avait vaincu la mort. Cette attitude de la foi, nous la portons, génération après génération, dans l’espérance, car l’achèvement, la récapitulation de toutes choses sous un seul chef, le Christ, à la gloire du Père, ne sera pleinement accomplie qu’à la fin des temps. Entre la nuit de Bethléem où Jésus vient au monde perçant les ténèbres de la nuit jusqu’à l’avènement du jour final où toutes les ténèbres seront dissipées et où la plénitude de Dieu emplira l’univers, des générations d’hommes et de femmes cheminent dans la foi obscure, ils doivent lever les yeux vers le ciel pour voir l’étoile au coeur de la nuit. Ils doivent contempler le coeur percé du Christ pour accueillir la vie au coeur de la mort, ils doivent supplier le Dieu de la réconciliation et de la paix pour espérer construire la paix au milieu de la guerre. Ils doivent scruter avec attention et un grand désir le moindre signe qui contribue à réunir les hommes, alors que tout semble conspirer pour les diviser. Ces hommes de foi et d’espérance, ces femmes de compassion et de miséricorde, c’est notre Eglise, l’Eglise du Christ vivante à travers le monde, vivante ici à Bethléem. Notre Eglise qu’on produit génération après génération. Ce sont celles et ceux qui n’acceptent pas que la division l’emporte sur la communion, celles et ceux qui n’acceptent pas que le mensonge l’emporte sur la vérité, celles et ceux qui n’acceptent pas que la nuit prenne la place de la lumière.

Pour être témoins de l’espérance que Dieu met en leurs coeurs, ils s’accrochent, les pieds plantés dans le sol, les yeux levés vers le ciel, ils s’accrochent à leurs terres, à leur maison, à leurs enfants, à leurs parents, à leur foi et à leur espérance. Ils attendent la paix, et ils savent que la paix, il faut la bâtir ; ils attendent la lumière et ils savent que la lumière, il faut l’alimenter. Ils sont beaux ceux qui annoncent la paix, les messagers de la Bonne Nouvelle ; ils sont beaux ceux qui croient que le droit est plus fort que la puissance, ils sont beaux ceux qui croient que l’amour est plus fort que la vengeance ; ils sont beaux ceux qui croient que l’intelligence et l’esprit humain sont plus forts que l’instinct de domination. Le Seigneur a montré la force divine de son bras aux yeux de toutes les nations. D’un bout à l’autre de la terre nous verrons le salut de notre Dieu.

Frères et soeurs, c’est dans cette espérance que nous nous trouvons ce matin à Bethléem, dans l’espérance que la lumière qui a traversé les ténèbres dans la nuit de Noël continue de traverser les ténèbres de notre Monde. Que la gloire de Dieu que chantait les anges continue d’être chantée ici par des voix d’hommes et de femmes qui espèrent, contre toute espérance, que le messager de la paix qui est venu livrer sa vie en Agneau innocent, pour que l’unité grandisse entre les hommes, rétablisse la communion entre les hommes de ce pays, pour que nous, qui sommes aujourd’hui des frères et des soeurs en visite, nous repartions avec au coeur la mémoire de la rencontre des hommes et des femmes qui eux ne sont pas en visite, ils sont chez eux, dans leur terre, qu’ils sachent que nous ne sommes pas passés simplement en les voyant mais que nous sommes passés en communion avec eux, et que nous portons en notre coeur la blessure qui est la leur, jusqu’à ce que Dieu convertisse le coeur des hommes et rétablisse la paix, nous prions.

+ André Vingt-Trois
Archevêque de Paris

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