Homélie de Mgr André Vingt-Trois – 2e dimanche de Carême 2007

Cathédrale Notre-Dame de Paris - dimanche 4 mars 2007

Evangile selon saint Luc, chapitre 9, versets 28b-36

Frères et Soeurs,

Dimanche dernier, nous avons été conduits au désert par l’Esprit avec Jésus. à ? travers les tentations du Christ nous avons reconnu l’épreuve qui nous est proposée à nous, l’épreuve de la foi : la foi en celui qui s’est révélé comme notre Père au moment du baptême du Christ quand il l’a désigné comme son Fils bien-aimé. Aujourd’hui, avec le récit de la Transfiguration, nous sommes invités à faire un pas de plus, à nous engager plus profondément dans cette épreuve de la foi. En effet, aujourd’hui la question est : Jésus est-il le Messie ? Le récit de la Transfiguration se situe dans les évangiles après la profession de foi de Césarée où Pierre dit au Christ : "Tu es le Messie le Fils du Dieu-Vivant " et au moment des annonces de la Passion. Dans l’évangile selon saint Luc plus précisément, il est placé entre deux annonces de la Passion.

Cette construction littéraire de l’évangile nous invite évidemment à comprendre quel est l’enjeu de cet événement mystérieux. Il se déroule sur la montagne devant les trois témoins privilégiés que Jésus emmènera toujours dans les moments où il va poser un acte qui révèle sa divinité, mais particulièrement au Jardin des Oliviers, au moment de son agonie. Que se passe-t-il dans la Transfiguration ? Le récit de l’évangile nous fait entrevoir que des signes apparaissent, le visage du Christ est transformé, une nuée survient,. Ce sont des signes que la fréquentation de l’Ecriture aide à identifier ; ce sont les signes d’une manifestation de Dieu.

Mais l’épreuve de la foi qui est proposée à Pierre, Jacques et Jean, et qui nous est proposée à nous, est la suivante : la profession de foi que Pierre a faite à Césarée, - "Tu es le Christ, le Fils du Dieu-Vivant le Messie "-, porte-t-elle vraiment sur cette personne humaine, Jésus de Nazareth ? Cette profession de foi résistera-t-elle au moment où Jésus sera arrêté, jugé, condamné et crucifié ? Comment alors pouvoir identifier la figure du Messie derrière l’image détruite de l’humanité de Jésus ? Comment croire que cet homme, pire : cet homme bafoué, cet homme humilié, cet homme écrasé, est le Messie Sauveur du monde ? C’est pour poser cette question de la foi messianique en Jésus de Nazareth et pour donner des moyens de reconnaître en Jésus de Nazareth le Fils de Dieu, celui que Dieu a choisi pour être son Messie, que la puissance divine transfigure aux yeux des apôtres l’humanité du Christ en laissant transparaître sa divinité. C’est le même homme qu’ils ont connu tout au long du chemin jusqu’à ce moment, et pourtant, jusque dans les apparences de son humanité, c’est déjà quelqu’un d’autre qui apparaît.

L’évangile selon saint Luc nous dit : "Son visage apparut tout autre ", comme s’il s’agissait d’une autre personne mais, précisément, l’expérience de Pierre, de Jean et de Jacques, c’est qu’il s’agit de la même personne. Celui avec qui s’entretiennent Moïse et Elie, celui qui apparaît comme le Dieu unique auquel croit Israël, c’est cet homme. Comme s’il fallait encore augmenter la force de cette manifestation divine dans l’humanité du Christ, ou s’il fallait encore déchiffrer sans erreur ce qui apparaît à leurs yeux alors qu’ils viennent de se réveiller après un sommeil accablant, la voix sort de la nuée comme au moment du baptême : "Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi. Ecoutez-le " C’est Dieu lui-même, parlant de la nuée, qui le désigne comme son Fils, qui désigne cet homme comme son Fils, qui désigne comme son Fils cet homme qui sera le Messie humilié.

Si nous entrons dans cette épreuve de la foi qui consiste à reconnaître la puissance de Dieu dans la faiblesse du Christ, nous ne sommes pas seulement conduits, comme nous l’étions dimanche dernier, à nous appuyer sur la parole de Dieu pour résister aux tentations contre la paternité divine ainsi que Jésus l’a fait au désert. Faisant un pas de plus, Dieu nous invite à écouter la parole du Christ, de Jésus lui-même : "Ecoutez-le ". Ainsi, nous découvrons que la parole du Christ à l’égal de la parole du Père va devenir pour nous une arme de combat, une lumière de salut. Nous sommes invités à faire encore un pas de plus, car si nous considérons que la divinité du Christ devient perceptible dans son humanité, si nous acceptons le témoignage de Pierre, de Jean et de Jacques, qui diront plus tard : "Nous avons vu sa gloire ", alors il faut accepter aussi que cette gloire divine se manifeste, non seulement au moment où elle est visible dans ce temps de la transfiguration, mais encore tout au long de la vie humaine de Jésus.

Son humanité est investie par la divinité du Père, non seulement en des temps forts comme son baptême, sa Transfiguration, mais à chaque moment de son existence. C’est donc toute la vie humaine du Christ qui est investie de la manifestation de Dieu, et à travers Lui c’est notre humanité qui est investie par la puissance de Dieu. Celui qui croit que Jésus est vraiment le Fils que Dieu a choisi, celui qui veut écouter sa parole et la vivre, celui-là , comme saint Paul le dit aux Philippiens, "devient un citoyen des cieux ". Non pas qu’il échappe à la terre : nous ne rêvons pas, nous savons bien que nous sommes de la terre et sur la terre et que nous finirons dans la terre. Mais ce que l’Ecriture veut nous faire comprendre, c’est que d’être sur la terre, d’être de la terre et de retourner à la terre ne fait pas de nous des hommes tendus vers les choses de la terre. Notre réalité humaine et terrestre est déjà tout entière en quelque sorte aspirée par la volonté de Dieu d’en faire une réalité céleste. Nous savons que cette opposition entre la terre et le ciel est une façon pour l’Ecriture de nous aider à comprendre que Dieu est "différent de nous, tout autre, du ciel ", et que, cependant celui qui est "différent de nous, tout autre, du ciel " vient partager notre vie humaine en la personne de Jésus. Il divinise l’humanité à laquelle il a donné la vie pour la conduire à la vie.

Ainsi, frères et soeurs, dans notre chemin de conversion vers le renouvellement de notre baptême, après avoir revivifié notre regard sur la paternité de Dieu qui nous désigne comme ses enfants, après voir redécouvert la puissance de sa parole qui soutient notre fidélité, nous découvrons dans la figure du Christ le Fils que Dieu a choisi, la promesse que tout ce qui fait la matière, le tissu de notre vie humaine, est le lieu propre où se mène le combat de la foi. Nous sommes des êtres de la terre devenus citoyens des cieux ; nous mettons notre confiance dans le Sauveur Jésus-Christ, "lui qui transformera nos pauvres corps à l’image de son corps glorieux ". Ainsi conclut saint Paul : "Mes frères bien-aimés, tenez bon dans le Seigneur. Amen.

+ André Vingt-Trois
Archevêque de Paris

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