Homélie de Mgr André Vingt-Trois – 3e dimanche de l’Avent 2006

Saint-Leu-Saint-Gilles - dimanche 17 décembre 2006

Evangile selon saint Luc au chap. 3, versets 10-18

La Bonne Nouvelle que Jean annonçait au peuple, c’est la venue du Messie, celui qui va accomplir la promesse de Dieu. Cette bonne nouvelle provoque l’espérance et la joie au coeur des hommes. Elle pose cependant une question grave : pouvons-nous vraiment attendre quelqu’un qui changera quelque chose à la misère de l’humanité ? ou bien sommes-nous livrés, abandonnés, à une fatalité qui fait que rien ni personne ne peut changer quoi que ce soit.

Beaucoup d’hommes de notre temps sont habités par cette question. Y-a-t-il vraiment quelque chose à faire ? Ou bien faut-il prendre son parti, se laisser porter par le courant, les vents dominants, en sachant que l’on ne peut rien arrêter, rien empêcher, rien changer ? Nous le savons, le sentiment d’être comme des fétus de paille à la surface des eaux, ce sentiment de n’avoir de prise sur rien, est souvent la source d’un grand désespoir et ce désespoir se développe inévitablement dans une violence, violence sur soi ou violence sur les autres. La prophétie de Jean-Baptiste, sa prédication, vise justement à annoncer que quelque chose peut changer et que quelque chose va changer. C’est pour cela que son appel au baptême de la conversion est entendu non pas comme une accusation mais comme une promesse et une espérance, et c’est pour cela que les gens viennent de très loin pour l’écouter et se mettre à son école.

Mais alors, si quelque chose peut changer, si quelque chose va changer, que dois-je faire ? Vous avez entendu cette question revenir par trois fois dans l’Evangile comme une sorte de refrain, de leitmotiv : "Que devons-nous faire ? " Car il ne suffit pas de dire que quelque chose doit changer, que quelque chose va changer. Il n’y a pas une fatalité du bien opposée à la fatalité du mal ; il ne suffit pas que nous attendions les bras croisés que tout change. C’est à dire que les autres fassent changer tout.

Que devons-nous faire ? Comment Jean-Baptiste ouvre-t-il un chemin au changement qui va se produire ? A quoi invite-t-il ses auditeurs ? Vous aurez remarqué que les suggestions, les orientations, qu’il donne, sont très simples. Elles concernent la vie ordinaire de tout homme et de toute femme en ce monde, quelle que soit sa foi : le partage de celui qui a quelque chose avec celui qui n’a rien ; la justice et l’honnêteté dans les tractations ordinaires ; le respect des personnes quand on dispose de la force. A tous il prêche le partage, au collecteur d’impôts la justice, au soldat le respect de l’autre.

D’une certaine façon, ces invitations, ces orientations, sont des appels tout à fait fondamentaux à la conscience humaine. Comment pourrions-nous espérer que le monde aille mieux si nous ne sommes pas décidés à entrer dans une société du partage ? Comment pourrions-nous espérer que le monde aille mieux si nous ne sommes pas décidés à respecter la justice ? Comment pourrions-nous espérer que le monde aille mieux si nous abusons de notre force dans nos relations avec les autres ?

Mais cet appel ne s’adresse pas seulement à tout homme et à toute femme, il s’adresse particulièrement à chacun d’entre-nous dans la mesure où nous voulons vraiment accueillir le Christ. Il nous invite à regarder notre manière de vivre, à nous interroger sur ce que nous faisons de nos biens, à nous interroger sur la manière dont nous traitons les autres. Si nous entrons dans ce chemin du renouvellement de notre manière de vivre ; si nous acceptons de changer quelque chose, si peu que ce soit, à notre propre vie, alors nous devenons vraiment des ferments d’un monde nouveau. Alors nous sommes vraiment comme Jean-Baptiste les précurseurs de ce que le Christ veut accomplir en ce monde. Alors, vraiment, nous pouvons nous laisser porter par la joie de sa venue, exulter comme nous y invite l’Ecriture, ou rester toujours dans la joie comme saint Paul nous le demande. Nous pouvons vivre, non pas dans l’anxiété, le désespoir et la tristesse, mais au contraire dans la sérénité, l’espérance et la joie.

On me demande souvent : comment les chrétiens peuvent-ils rendre témoignage au Christ ? On pourrait dire en reprenant la formule de l’Evangile : "Que devons-nous faire ? " Le premier témoignage que nous pouvons rendre au Christ, c’est précisément notre manière d’assumer notre existence dans ce monde tel qu’il est, tel qu’il nous est donné et tel que nous souhaitons le faire changer. C’est d’accepter de reconnaître le chemin du Christ à travers notre monde, à travers notre vie, et nous laisser remplir de la paix de Dieu quand nous accueillons le Messie qui vient.

Si nous qui croyons à la venue du Messie, si nous qui espérons travailler à un monde nouveau, nous ne sommes pas capables de nous reposer sereinement sur la promesse de Dieu, si nous ne sommes pas capables d’accueillir la force de Dieu dans nos faiblesses, si nous ne sommes pas capables d’ouvrir notre vie au partage et à la justice, alors nous ne donnerons pas le témoignage de la joie, mais le témoignage de la tristesse.

Que la Parole de Jean-Baptiste atteigne nos coeurs. Qu’avec ses auditeurs, nous aussi nous demandions devant le Seigneur : "Que nous faut-il donc faire ? " Et que la puissance de l’Esprit nous donne la force de le faire et la joie de le vivre.

Amen.

+ André Vingt-Trois
Archevêque de Paris

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