Homélie de Mgr André Vingt-Trois – 2e dimanche de l’Avent 2006

Sainte-Odile - dimanche 10 décembre 2006

Evangile selon saint Luc au chap.3, versets 1-6

Frères et Soeurs, l’Evangile que nous venons d’entendre nous invite à préparer la célébration de la Nativité, de l’Incarnation de Jésus, à la lumière du commencement de sa vie et de son ministère public. La prédication de Jean-Baptiste qui est évoquée ici, est présentée en effet dans l’évangile selon saint Luc comme l’introduction à la vie et au ministère de Jésus adulte.

Voilà qui nous aide à comprendre que, dans la célébration de la Nativité, ce qui est proposé à notre méditation, à notre prière, ce n’est pas simplement de faire mémoire de la naissance de Jésus à Bethléem comme d’un événement qui porterait en lui-même tout le sens qu’il doit nous révéler. La venue du Fils de Dieu dans notre chair, sa nativité à Bethléem, sa vie cachée à Nazareth, tous ces événements sont comme une introduction, une manière de nous préparer à comprendre la prédication qu’il va adresser au peuple juif et, à travers lui, à l’humanité tout entière. La prédication de Jean-Baptiste dans le désert nous introduit à accueillir, non pas simplement la nuit de la Nativité, mais à travers la nuit de la Nativité, toute l’activité du Christ Sauveur venu à la rencontre de son peuple et, à travers ce peuple, à la rencontre de l’humanité tout entière.

Les prophètes qui ont été évoqués au cours de ces lectures nous invitent à percevoir deux dynamismes un peu différents. Les descriptions faites par eux du retour du peuple à Jérusalem nous font comprendre que ce retour est une oeuvre de Dieu. C’est Dieu lui-même qui va tracer les chemins : "Dieu les ramène, portés en triomphe. Il a décidé que les montagnes et les collines seraient abaissées, que les vallées seraient comblées ". C’est le décret, la volonté de Dieu, qui ramène le peuple sur sa terre, c’est Lui qui trace son chemin dans le désert, c’est Lui qui le ramène à Jérusalem. La citation du prophète Isaïe que nous avons entendue citée dans la lecture de l’évangile selon saint Luc, nous redit la même chose : il s’agit de préparer le chemin du Seigneur à travers le désert, d’aplanir sa route. "Le ravin sera comblé, la montagne et la colline seront abaissées. "

Mais nous voyons ici s’introduire un deuxième dynamisme. Il ne s’agit plus simplement que Dieu lui-même trace la route du retour pour son peuple et en aplanisse les difficultés. Il s’agit maintenant de préparer un chemin au Seigneur. Ce n’est plus simplement le retour du peuple à Jérusalem, mais c’est la venue du Seigneur au milieu de son peuple. "Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées, les passages tortueux deviendront droits, les routes déformées seront aplanies ".

Quand nous passons de l’évocation du chemin par lequel le peuple va revenir à Jérusalem à l’évocation du chemin par lequel le Seigneur va venir au milieu de son peuple, nous comprenons que le travail d’aplanissement, de correction, de préparation de ce chemin, n’incombe pas seulement à Dieu. C’est la volonté de Dieu qui ramène son peuple à Jérusalem tout comme c’est la volonté de Dieu qui envoie son Fils dans l’humanité, mais dans un cas comme dans l’autre, le travail de terrassement, le travail de correction, le travail de rectification qui va permettre et le retour du peuple à Jérusalem et la venue du Seigneur au milieu de son peuple, ce travail s’accomplit par des oeuvres humaines qui mettent en pratique, qui mettent en oeuvre, la volonté de Dieu.

Ces oeuvres humaines sont le contenu de la prédication de Jean-Baptiste : "Il proclamait un baptême de conversion pour le pardon des péchés ". Si nous voulons que le chemin du Seigneur soit tracé au milieu de l’humanité, si nous voulons que le chemin du Seigneur soit tracé dans nos propres vies et dans nos coeurs, Jean-Baptiste nous appelle à entrer dans un travail de conversion. Il prêche le baptême de conversion pour le pardon des péchés. Le travail de conversion va préparer le chemin du coeur. Les péchés sont, dans notre vie, les obstacles à la venue du Seigneur. Ce sont les ravins qui se creusent à mesure que nous nous éloignons de Dieu, ce sont les montagnes et les collines qui s’élèvent pour faire écran entre la Parole de Dieu et notre liberté, ce sont les routes déformées, les passages tortueux, bref tout ce qui dans notre vie fait obstacle à l’avènement du Christ.

Le temps de l’Avent, c’est le moment de faire place nette, de raboter des aspérités, de combler des abîmes, d’aplanir le chemin du Seigneur. Ce travail de conversion n’a pas seulement pour but de nous rendre meilleur ou de nous disposer mieux à recevoir le Christ. Il a pour but de contribuer à l’accomplissement de sa mission telle que Jean-Baptiste l’annonce : "Tout homme verra le salut de Dieu ". Pour que la mission du Christ s’accomplisse, pour que sa nativité porte son fruit, pour que sa mission atteigne ses objectifs, il faut que nous entrions dans ce travail de conversion, il faut que nous recevions le pardon de nos péchés, il faut que nous prenions en mains la conversion de notre vie, il faut que nous soyons capables d’identifier ce qui en nous fait obstacle à l’avènement du Christ, et que nous soyons capables de le corriger.

Prions le Seigneur : qu’en entendant la prédication de Jean-Baptiste nous connaissions un sursaut dans notre désir d’accueillir le Christ ; que, vraiment, nous préparions le chemin du Seigneur dans notre vie ; que, vraiment, nous vivions le baptême de conversion et le pardon des péchés ; que, vraiment, grâce à la vie nouvelle qu’il développe en nous, le Christ puisse manifester à tout homme le salut de Dieu.

Amen.

+ André Vingt-Trois
Archevêque de Paris

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