Homélie du cardinal André Vingt-Trois – 14e dimanche du temps ordinaire - Année A - Consécration du nouvel autel de la Mission catholique allemande

Mission catholique allemande (Paris XVI), dimanche 6 juillet 2008

Evangile selon saint Matthieu au chapitre 11, versets 25-30.

Homélie du cardinal André Vingt-Trois

Le jour où nous consacrons un nouvel autel est pour nous une occasion de réfléchir à ce que représente notre vie dans le Christ, notre vie avec le Christ, notre vie chrétienne. Très souvent, nous devons bien le reconnaître, autour de nous mais peut-être aussi en nous-mêmes, la vie chrétienne est perçue d’abord comme un poids, un fardeau, « un joug », nous dit l’Evangile, un de ces jougs que l’on mettait sur le cou des bœufs pour tirer les voitures ou les charrues, un lourd joug de bois qui servait à les maintenir dans la droite ligne.
Beaucoup de chrétiens vivent leur vie chrétienne comme un joug qui pèse sur leurs épaules tandis que le Christ vient de nous dire que son joug est léger, que lui-même est doux et humble de cœur et que le chemin qu’il ouvre pour ses disciples est un chemin de joie.
C’est le chemin de sa joie à lui déjà, puisqu’il nous invite par cet évangile à découvrir comment dans sa prière, – c’est un des rares moments où les évangiles nous donnent le contenu de la prière que Jésus adresse à son Père, il rend grâce à Dieu, - il exulte de joie, nous dit un autre texte, devant Dieu -, parce qu’il a caché les secrets du royaume aux sages et aux savants et qu’il les a ouverts aux tout-petits.

Si donc nous éprouvons la connaissance de la foi, la connaissance du Christ, comme un poids et une charge, peut-être est-ce parce que nous ne sommes pas situés sur le bon chemin, dans la bonne direction. Peut-être engageons-nous notre vie d’une façon qui ne correspond pas à ce que Dieu veut nous faire connaître.
Il ne se révèle pas à nous pour nous accabler et nous écraser, il se révèle à nous pour nous aider à nous remettre debout. La connaissance du Père par le Fils dans l’Esprit est une libération, une délivrance, et non pas un sujet d’écrasement.

Cette délivrance, nous l’éprouvons quand nous accueillons la promesse que Dieu nous fait d’habiter nos cœurs et de nous investir de son Esprit, de la puissance, de la force de son Esprit, pour que nous devenions capables à notre tour de vivre selon sa Parole, de vivre dans la fidélité à l’alliance : « Heureux ceux qui entendent la Parole de Dieu et qui la mettent en pratique » ; heureux ceux qui accueillent cette Parole comme une lumière pour éclairer leur vie, pour discerner ce qui est bon et ce qui est mal, pour puiser la force de choisir le bien et de le faire, bref pour se laisser conduire par la puissance de l’Esprit Saint.

Mais nous le savons bien, cette parole qui est à notre disposition, que nous pouvons lire et méditer chez nous avec la Bible, cette parole dont nous possédons quand même un certain nombre de fragments dans notre mémoire sans avoir besoin d’un papier et d’un livre pour les connaître, cette parole en nous, dans notre esprit, dans notre cœur, cette parole est soumise à une contestation forte, un doute fort.
Dieu nous a-t-il vraiment dit cela ? Ou bien est-ce une façon de parler et, pour nous, une façon de nous illusionner ? Comment pouvons-nous assurer l’authenticité, la légitimité et la force de cette parole dans notre vie ?
Certainement pas par nous-mêmes et chacun tout seul. Ainsi, dans l’expérience des croyants au long des siècles, la Parole de Dieu n’est pas reçue simplement dans le secret du cœur, elle est reçue en Église, comme un acte ecclésial, comme nous venons de le faire au cours de cette liturgie. Vous avez entendu proclamer la Parole de Dieu. Ce n’est plus le simple murmure qui franchit votre cœur, ce n’est plus simplement un désir qui vous habite, c’est une réalité humaine, objective que vous avez entendue proclamer, que nous avons reçue ensemble et que nous attestons comme Parole de Dieu les uns pour les autres.
La Parole de Dieu devient vraiment la lumière de notre vie et la force de notre vie dans la mesure où elle est reçue en Église, accueillie en Église, méditée en Église, et vécue en Église. Cette Église assemblée par son Seigneur pour accueillir la Parole de Dieu, la mettre en pratique et la vivre, c’est l’Église qui célèbre le Christ ressuscité.

Ainsi nos célébrations eucharistiques, et particulièrement la célébration dominicale à laquelle nous sommes invités fortement par l’Église à participer, n’est pas une sorte d’impôt que l’on paierait à la miséricorde de Dieu ou une sorte de devoir supplémentaire qui viendrait encombrer notre vie.
C’est le moment où nous nous présentons, non pas seulement dans le secret de notre cœur mais dans la société des hommes qui nous entourent et des frères et des sœurs avec qui nous vivons ces moments de la célébration eucharistique.
Nous nous y présentons, non pas comme des sages et des savants qui maîtrisent le mystère de Dieu mais comme des pauvres et des petits qui viennent puiser la lumière dont ils ont besoin et la force qui leur permettra de vivre dans la fidélité à Dieu.
Ceux sont, nous le disons chaque fois mais nous devons y prendre attention d’une façon renouvelée, ce sont des pécheurs qui viennent rencontrer Dieu, des pécheurs pardonnés mais qui se rappellent qu’ils sont pécheurs et qui demandent à Dieu de verser sur eux sa miséricorde.

Rassemblés dans ce peuple de pécheurs pardonnés, de pécheurs accueillis à la façon dont le Père a accueilli le fils prodigue à la table du festin, nous sommes invités à recevoir la Parole de Dieu et à participer à la mort et à la Résurrection du Christ par notre communion au sacrement eucharistique. Oui, l’autel qui est au milieu de nous n’est pas simplement un symbole d’unité qui nous rassemble, il est le signe du Christ présent au milieu de son Église, du Christ offert par amour de Dieu, par amour des hommes, comme la figure de la Sainte Face placée au centre de cet autel nous le rappelle. Le Christ donne sa vie par amour pour le monde et il ne la donne pas simplement d’une façon indéfinie : il nous la donne à nous qui sommes ici réunis aujourd’hui et à chacune et à chacun d’entre nous qui veut et qui peut s’approcher et communier au Corps du Christ.

Frères et sœurs, le sacrifice eucharistique, nous dit le Concile, est la source et le sommet de la vie chrétienne. Pour vous, en plus, si je puis dire, c’est un moment important qui vous permet de vous retrouver dans votre langue maternelle ou favorite et qui vous aide à reconstituer des liens fraternels entre vous, donc d’éprouver comme se construit, s’édifie dans la puissance de l’Esprit le corps ecclésial.
Nous rendons grâce à Dieu pour le don qu’il nous fait en son Fils, pour l’Esprit Saint qui habite nos cœurs et qui ouvre nos yeux et nos esprits pour que nous reconnaissions le Ressuscité, non seulement dans les récits de la Résurrection, mais dans l’actualité de sa Résurrection à travers l’Eucharistie célébrée et partagée, à travers l’Église vivante, à travers le Corps du Christ répandu à travers le monde.
Ensemble, je vous propose que, pendant quelques instants de silence, nous exprimions cette action de grâce devant le Seigneur avant de proclamer notre foi.

+André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris

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