Homélie du cardinal André Vingt-Trois – 25e dimanche du temps ordinaire - Consécration de l’autel à St Jean-Baptiste de Belleville

St Jean-Baptiste de Belleville - Dimanche 21 septembre 2008

Evangile selon Saint Matthieu, chapitre 20, versets1 à 16 a

Homélie du Cardinal André Vingt-Trois

Chers amis, l’événement que nous vivons aujourd’hui est un acte d’espérance. Bien-sûr, construire quelque chose est toujours un acte d’espérance. Personne ne bâtit une maison en se disant qu’elle ne servira pas ou qu’elle va disparaître.
On l’édifie pour l’habiter et pour y vivre.
De même, une communauté chrétienne ne fait pas des aménagements dans son église en pensant la fermer dans l’année qui vient.

Elle fait des aménagements parce qu’elle espère s’en servir, et s’en servir assez longtemps pour justifier l’utilisation de matériaux qui ne vont pas s’effriter en six mois.

Aménager le chœur liturgique de cette église c’est donc poser un acte d’espérance sur l’avenir de cette communauté chrétienne.

Un motif d’espérance plus profond encore nous est suggéré par l’architecture de ce choeur elle-même.

Ainsi que le Père Morin a dû vous l’expliquer, ou comme vous l’avez compris tous seuls, s’alignent dans une même ligne droite l’ambon de la Parole de Dieu placé au milieu de vous, pour le premier temps de la célébration à la lumière du cierge Pascal, l’autel sur lequel va être célébrée l’eucharistie, signe du Christ au milieu de son peuple, le tabernacle où demeurera la présence réelle du Seigneur pour ceux qui viennent prier dans cette église, et enfin les fonds baptismaux où sont célébrés les baptêmes.

C’est un chemin qui nous conduit depuis la porte d’entrée jusqu’au cœur de la célébration eucharistique, et nous ouvre à celles et ceux qui viendront pour être les nouveaux chrétiens et l’avenir de cette communauté.
Là se trouve pour nous l’espérance : en dépit de nos faiblesses, de nos limites, de la diversité de nos histoires particulières, de nos cultures et de nos appartenances, en dépit aussi des blessures que nous portons depuis un certain nombre d’années ; tous nous sommes rassemblés autour de l’autel pour constituer l’unique corps du Christ.

En lui ne sont effacées ni les différences d’origine, de culture, de race, d’histoires ou de conditions de vie. Mais devant Dieu il y a quelque chose de plus radical que tout cela : chacun est également aimé de Dieu !

Chacun d’entre nous, tel qu’il est, avec ses richesses, ses faiblesses, ses espérances, ses doutes, ses réussites et les échecs qui pèsent dans sa vie, chacun est également digne d’être membre de cette communauté.

Chacun et chacune est aimé par le Dieu riche en miséricorde que nous annonçait le prophète Isaïe, chacun et chacune d’entre nous est chez lui dans la maison de Dieu et y est accueilli à cœur ouvert.

Cette communion et cette unité, nous ne les vivons pas comme une sorte de parenthèse par rapport à notre vie habituelle.
Notre église de Saint-Jean-Baptiste-de-Belleville est inscrite dans le tissu du quartier.

Elle n’est pas une oasis où nous serions invités à nous extraire de l’existence de nos contemporains pour bénéficier de quelques instants de calme et de repos, et oublier les difficultés des quartiers, des rues, des immeubles et des ensembles dans lesquels nous habitons.

Nous ne venons pas ici pour oublier ce qui nous entoure et les difficultés de notre vie quotidienne. Nous venons ici pour un acte d’espérance : apporter tout ce que nous partageons avec les hommes et les femmes au milieu desquels nous sommes insérés et avec lesquels nous vivons, apporter tout cela dans le Christ.
Parce que c’est dans l’histoire des hommes que Dieu ouvre un chemin différent de nos chemins.
Nous sommes tentés de ne voir que les difficultés, les obstacles, les incompréhensions, les mépris parfois et, trop souvent hélas, les violences.
Mais la foi nous invite à espérer et à construire un autre mode de relations, qui ne soit plus fondé sur les antagonismes mais sur le respect mutuel, qui ne repose plus sur la loi de la violence physique mais sur la loi de la rencontre humaine, qui ne cherche plus la protection de notre sécurité contre ceux qui nous entourent mais poursuive par la rencontre et le dialogue, la construction d’une sécurité vraie pour tous.

Ainsi cette église au cœur de notre quartier n’est pas seulement un acte d’espérance pour la communauté qui s’y réunit régulièrement et y exprime sa foi et sa prière.
Elle est signe d’espérance pour tous.
Elle manifeste que dans la pâte humaine que constitue la vie des hommes au milieu desquels où nous sommes et dont nous faisons partie, il y a la possibilité de construire des relations humaines et fraternelles.

Notre présence autour de cet autel manifeste enfin l’espérance aussi que dans notre vie et dans celle de tous ceux que nous rencontrons, il n’y a jamais un moment où l’on puisse dire : « il est trop tard ». Evidemment, on peut le dire humainement.

On sait bien qu’à 60 ans, 70 ans, 80 ans ou 90 ans, il y a des choses que l’on ne fera plus. Mais les chemins de Dieu ne sont pas nos chemins et pour Lui il n’est jamais trop tard ! Pour l’ouvrier de la dernière heure - mais on pourrait dire de la dernière minute - pour celui qui accepte de rencontrer la réalité de sa vie, pour celui qui admet de ne plus se laisser dominer par les mœurs sauvages, pour celui qui décide de surmonter ses instincts pour laisser la liberté et la raison conduire sa vie, pour celui qui se laisse toucher au cœur par l’appel du Christ ; pour chacun de ceux-là, même à la dernière heure de sa vie, il n’est pas encore trop tard !

Aujourd’hui, en consacrant cet autel et en inaugurant cet espace liturgique, votre communauté dit au milieu des hommes qu’il y a toujours un espace devant tout homme pour changer sa manière de vivre, qu’il n’est jamais trop tard pour répondre à l’appel de Dieu, pour faire confiance à sa Parole et pour accueillir son pardon.
C’est dans la joie de cette espérance que nous écrivons cette page si importante de la vie de la communauté de Saint-Jean-Baptiste-de-Belleville, dans l’héritage de sa longue tradition chrétienne et missionnaire, dont la croix dressée au milieu du chœur est le témoignage.

Il n’est pas trop tard pour devenir des saints, il n’est pas trop tard pour aller à la rencontre de nos frères, il n’est pas trop tard pour construire un monde meilleur.
Amen.

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