Homélie du cardinal André Vingt-Trois – 10e anniversaire de la Béatification du Cardinal Alojzije STEPINAC (Croatie)

Lundi 29 septembre 2008 - Notre-Dame de Paris

Mot d’ouverture du Cardinal André Vingt-Trois

Frères et sœurs, le dixième anniversaire de la Béatification du Cardinal Alojzije Stepinac nous donne l’occasion et la joie de recevoir ici à Notre-Dame une importante délégation de croates, conduite par M. l’Ambassadeur de Croatie, que je salue. J’accueille également avec joie Mgr Ivan Sasko, évêque auxiliaire de Zagreb qui représente le Cardinal Bozanic et Mgr le Nonce Apostolique qui nous fait l’honneur de participer à notre célébration.
Il y a donc dix ans que le Cardinal Stepinac a été béatifié et qu’ont été reconnues la valeur et la grandeur du ministère pastoral qu’il a accompli au milieu de son peuple, avec persévérance et humilité, et dans un abandon total dans les mains de la Providence. Au cours de son épiscopat comme archevêque de Zagreb, il a traversé d’abord la deuxième guerre mondiale, avec la conséquence pour la Croatie de l’installation du régime oustachi. Puis, après la guerre, Mgr Stepinac a subi la pression et la persécution de la part du gouvernement yougoslave, qui voulait obtenir de lui la création d’une Église nationale dont il aurait été le leader, en prenant les distances qui auraient été nécessaire avec le Souverain Pontife. C’est sa fidélité à la communion de l’Église qui a conduit à son arrestation, puis au procès mensonger qui lui a été infligé. Dans la grande tradition de la période du communisme en Europe orientale, les accusations fabriquées pour discréditer sa figure de pasteur ont servi à justifier une condamnation qui était déjà établie et que le faux jugement n’a fait que confirmer. Il a vécu ainsi de nombreuses années, d’abord en prison puis en résidence surveillée. Jusqu’à la fin de sa vie, il a refusé de quitter la Croatie, préférant rester au milieu de ce peuple qui lui avait été confié et pour lequel il avait pris tant de risques à la fois face aux nazis, face aux oustachis et face à Tito.
Faire mémoire du Cardinal Stepinac alors que la liturgie nous propose aujourd’hui de célébrer la fête des anges, Michel, Gabriel, Raphaël, est une façon aussi de reconnaître que la vérité de Dieu traverse les mensonges de l’histoire humaine. Nous nous préparons donc à célébrer cette eucharistie en reconnaissant que nous sommes pécheurs.

Evangile selon saint Jean au chapitre 1, versets 47-51
Appocalypse au chapitre 12, versets 7-12a

Homélie du Cardinal André Vingt-Trois

Frères et sœurs, au long de l’histoire, il y a des périodes où il nous paraît que Dieu s’est retiré, et que la terre où vivent les hommes a été abandonnée au pouvoir du malin. Il est des moments où il nous semble que Dieu est silencieux et abandonne l’avenir de l’humanité à la folie meurtrière. Sans doute, pour notre terre d’Europe, le XXème siècle a-t-il été une des périodes où ce sentiment a été le plus fort. Car après le massacre démesuré de la première guerre mondiale, à peine quelques décennies plus tard, la seconde guerre mondiale plongeait l’Europe toute entière dans un bain de sang. Plus encore, au moment où il semblait que les armes aidant, la catastrophe ne s’étendrait plus, le conflit s’achevait sur une partition de l’Europe, qui abandonnait des millions et des millions d’hommes et de femmes au pouvoir du mensonge et de la destruction humaine.

C’est dans ces années que le Cardinal Stepinac a exercé son ministère pastoral. C’est dans cet univers qu’il a dû assumer la foi chrétienne, témoigner de la fidélité de Dieu à l’humanité et rappeler la dignité imprescriptible de toute personne humaine.
Nous pourrions interpréter ces périodes de l’histoire comme l’illustration de ce que nous venons d’entendre dans le livre de l’Apocalypse, quand le combat céleste entre les anges rejette sur la terre le démon vaincu au ciel.
Comme si, après ce combat, l’humanité entière était vouée à la domination de l’esprit du mal. Comme si, à partir de là, Satan n’était plus seulement le diviseur, mais bien le prince de ce monde, selon que Jésus le désignera dans l’Évangile.
Il nous semble en effet que dans ces luttes incertaines, l’esprit du mal domine et règne sur l’univers, écrasant même ceux qui croient que ce monde n’est pas le tout de la réalité.
Dans l’évangile de saint Jean que nous venons d’entendre, Jésus annonce à Nathanaël qu’il verra « les anges monter et descendre au dessus du Fils de l’homme » (Jn 1, 50). Ces mots nous rappellent qu’il y a eu au cours de l’histoire de l’humanité un tournant décisif lorsque Dieu a envoyé dans le monde son Fils, son Unique.
C’est pourquoi nous ne pouvons plus nous représenter la réalité de ce monde comme une réalité hermétique, refermée sur elle-même, de laquelle la puissance de Dieu serait exclue et dans laquelle le Prince de ce monde exercerait le pouvoir de la mort. En envoyant son Fils dans le monde, Dieu d’une certaine façon transporte sur la terre le combat céleste. Et par la victoire du Christ à sa Résurrection, il écrase définitivement la tête du Dragon et fait triompher la vérité.

Le triomphe de la justice et de la vérité, nous le savons, ne s’impose pas par la vigueur des armes ou par la force des idéologies. Il s’accomplit par la puissance de l’Esprit qui convertit les cœurs, par le pouvoir de l’amour qui tourne les fidèles du Christ vers le sacrifice de la croix et par l’offrande que des hommes et des femmes font délibérément de leur liberté et de leur vie pour que témoignage soit rendu à la puissance de Dieu. Oui, le prince de ce monde a parfois dominé ce XXème siècle de l’Europe.
Il a exercé l’extermination et répandu le mensonge. Il a paru triompher même des consciences et des esprits, puisque les plus éclairés de nos contemporains dans l’Occident protégé finissaient par croire que le mensonge était devenu vrai, que les accusations des procès étaient fondées et que les sentences étaient justes. Et pourtant, après plusieurs décennies de ce règne, la puissance de l’amour l’a emportée.
La force de la vérité s’est dévoilée, nous avons su et nous avons vu ! Et ceci a été rendu possible grâce à celles et ceux qui sont restés toujours accrochés à la foi qui était la leur, grâce à celles et ceux qui ont accepté de payer leur fidélité à Dieu de leur liberté, de leur souffrance et parfois de leur vie. Il ne s’agit plus ici d’une bataille des anges dans le ciel, mais d’un combat des anges sur la terre. Ce n’est plus une représentation apocalyptique mais une réalité très historique : les anges de Dieu ont inspiré des hommes et des femmes, et la puissance du Christ a été manifestée.

En faisant mémoire du Cardinal Stepinac et de cette foule immense d’hommes et de femmes inconnus pour la plupart, de toute religion et de toute conviction, qui ont combattu jusqu’au sacrifice suprême pour la défense de la dignité de l’homme, nous rendons grâce pour la puissance de Dieu à l’œuvre en ce monde.
Nous nourrissons aussi notre espérance qu’aujourd’hui encore, l’Esprit de Dieu suscite des témoins qui prennent leur part du combat. Car la lutte des anges de lumière contre les anges des ténèbres ne sera définitivement achevée qu’au terme de l’histoire. Ainsi nous ne faisons pas simplement mémoire des héros du passé, mais en rappelant leur sacrifice et le témoignage qu’ils ont rendu, nous évoquons celui que nous sommes appelés à rendre aujourd’hui pour la défense de la vérité, pour le respect de l’humanité et pour la gloire du Dieu qui est tout amour. Amen.

+ André cardinal Vingt-Trois

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