Homélie du cardinal André Vingt-Trois – 1er dimanche de l’Avent

Saint-Germain l’Auxerrois, dimanche 30 novembre 2008

- Isaïe 63, 16b-17. 19b ; 64, 2b-7
- Evangile selon saint Marc au chapitre 13, versets 33-37

Homélie du Cardinal André Vingt-Trois

VEILLEZ, PRIEZ ET AIMEZ !

Frères et sœurs,

La prière d’Israël que nous rapporte le prophète Isaïe laisse transparaître la misère qui a frappé ce peuple.
Elle rappelle les épreuves qu’il a traversées, les attaques qu’il a subies, les humiliations et les blessures, tout ce qui a provoqué la souffrance d’Israël. Mais en même temps, cette prière exprime la foi profonde qui habite ce Peuple : « Tu es Seigneur notre Père et notre rédempteur, nous sommes l’ouvrage de tes mains. Reviens pour l’amour de tes serviteurs. » (Is 63, 16.17 ; 64,7).
Evoquer conjointement ces souffrances et cette espérance permet de porter un regard renouvelé sur l’expérience que vit l’humanité à travers les siècles.
Car les épreuves du peuple d’Israël sont aussi celles de tous les hommes.
En ces jours où nous sommes particulièrement sensibilisés à la misère de ceux qui vivent à la rue, comme aussi au drame qui a frappé à Bombay, nous savons que le malheur est toujours proche de l’homme et que nous ne pouvons jamais tout-à-fait l’anticiper ni le surmonter, quels que soient nos défauts, nos fautes, notre péché ou notre innocence, notre inconscience ou les belles œuvres que nous avons accomplies.
Toute notre histoire humaine doit donc assumer en même temps l’espérance que met en nous la Parole de Dieu et la souffrance que traverse toute vie.

Nous ne pouvons espérer quelque chose de la venue du Christ et vivre de cette espérance, si nous faisons abstraction de cette violence, de cette injustice et de ce mal.
Si notre espérance est une espérance véritable, elle doit justement nous permettre d’affronter les conditions de l’existence humaine en gardant confiance en Celui qui est notre Seigneur, notre Père et notre Rédempteur.
En effet, comment pourrions-nous, en même temps, exprimer cette foi en la toute puissance de l’amour de Dieu à l’égard des hommes et désespérer de l’avenir de l’homme ? Si Dieu nous a aimés au point d’envoyer son fils partager notre existence, « Qui nous séparera de l’amour de Dieu », comme le dit saint Paul (Rm 8,35) ? Et il poursuit : « Pas même la mort » (Rm 8,38).
Si nous sommes convaincus que l’amour de Dieu vient à la rencontre de la misère humaine, si nous croyons que la miséricorde de Dieu s’est manifestée dans la vie de Jésus de Nazareth, si nous reconnaissons que la vie du Chris a assumé les souffrances de l’existence humaine, comment pourrions-nous alors douter du dessein de Dieu de conduire tous les hommes vers la vie, la paix et le bonheur ?

Pour fonder notre espérance, pour qu’elle nourrisse notre capacité d’affronter les difficultés de la vie sans douter de l’amour de Dieu, et d’attendre un monde meilleur non seulement pour l’éternité mais dès ici-bas, nous devons être prêts à accueillir Celui qui vient.
Les paroles de Jésus concernent son retour à la fin mais elles éclairent aussi le temps que nous vivons : « Le maître reviendra à un moment où on ne l’attend pas, comme à l’improviste, le soir ou à minuit, au chant du coq ou le matin » (Mc 13,35-36).
Ces versets nous disent que la fin de ce monde, comme le terme de chacune de nos vies peut arriver à tout moment. Ils nous révèlent aussi que le Seigneur survient dans le monde là où on ne l’attend pas et d’une manière que nul ne peut prévoir. Seuls ceux qui sont en attente et qui espèrent sa venue peuvent alors l’accueillir.

Le Christ nous le conseille avec force : « Prenez garde, je le dis à tous, veillez, veillez pour ne pas être trouvé endormis » (Mc 13, 36-37).
Mais comment être en éveil, comment le rester tout au long de notre vie, comment veiller pendant ce temps de l’Avent ou au cours de chacune de nos journées ?

Peut-être nous faut-il tout simplement reprendre les commandements de Dieu et les laisser éclairer notre manière de vivre. « Aimer le Seigneur notre Dieu de tout notre cœur, de toutes nos forces et de tout notre esprit ; aimer notre prochain comme nous-mêmes » (Mc 12,33).

Dans notre vie quotidienne, l’obéissance au premier commandement d’aimer Dieu de toutes nos forces, de tout notre cœur et de tout notre esprit se réalise par notre manière de lui parler, de l’écouter, d’accueillir sa parole et de méditer sa loi pour pouvoir ainsi vivre en communion avec Lui.
Pour le chrétien, veiller c’est donc ne pas laisser passer une journée sans se tourner vers Dieu. C’est lui exprimer l’amour que nous lui portons, pas simplement d’une façon vague ou indéfinie, mais très explicitement, pour lui dire tout simplement notre foi, même si nous la jugeons faible ou médiocre, et même si nous sommes assaillis par toutes sortes de questions.
Chaque jour, nous nous tournons vers Dieu et nous lui disons « Tu es notre Père et notre rédempteur » (Is 63,16). Parce que nous le croyons, le matin et le soir nous lui disons : « Seigneur je me lève avec toi parce que tu es vivant et présent aujourd’hui à l’histoire des hommes, pour le bonheur du monde », ou « Seigneur je me couche avec toi dans la confiance parce que je sais que tu n’abandonnes pas ton serviteur même pendant son sommeil. » Cette prière peut être courte, elle peut être faite n’importe où, elle peut être plus longue les jours où nous avons plus de temps, elle peut se nourrir de la parole de Dieu, s’alimenter de la récitation du chapelet ou se concentrer sur l’évocation de telle ou telle parole de l’Evangile qui reste présente à notre cœur. Ainsi, veiller c’est prier, c’est se mettre dans l’attitude du croyant qui se tourne vers son Père et lui dit sa confiance.

Veiller c’est aussi vivre le second commandement qui « est semblable » (Mt 22,39) au premier, « Aimez-vous les uns les autres, aimez votre prochain comme vous-même » (Jn 13,34 et Lv 19, 18).

Comment mettons-nous en pratique ce commandement de l’amour du prochain aujourd’hui, et pas demain ni l’année prochaine, avec les membres de notre famille, avec les gens avec qui nous vivons tous les jours, dans les différents réseaux du travail ou des loisirs et aussi à l’égard de celles et ceux qui connaissent le rejet et la misère ?
Car comment pourrions-nous dire que nous veillons et que nous attendons la venue du Christ si nous restions sourds et aveugles aux cris des hommes qui sont dans la souffrance ? « Veillez pour ne pas être trouvés endormis, je vous le dis à tous, veillez, priez » (Mc 13,36-37) et aimez.
C’est ainsi que nous préparons la venue du Christ et que nous réussissons à l’accueillir chaque jour quand il se présente dans notre vie. C’est ainsi que nous préparons la fête de sa venue dans notre chair. Amen.

+André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris

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