Homélie du cardinal André Vingt-Trois – Fête de l’Immaculée Conception

Notre-Dame de Paris, 8 décembre 2008

Fête du séminaire et fête du Chapitre

Gn 3, 9-15.20 ; Ps 97, 1-4.6 ; Ep. 1, 3-6.11-12 ; Lc 1, 26-38

Homélie du cardinal André Vingt-Trois

Frères et sœurs,

« Voici la servante du Seigneur ; que tout se passe pour moi selon ta parole » (Lc 1, 38). C’est l’ultime réponse que fait la Vierge à l’Ange Gabriel avant qu’il ne la quitte. D’emblée, nous sommes attirés par la démarche et l’attitude de foi que ces mots de Marie manifestent, puisqu’il s’agit pour elle d’accepter une mission dont elle ne sait ni ce qu’elle représente, ni comment elle s’accomplira.
Et nous sommes tentés d’interpréter cette disponibilité de la servante du Seigneur, qui devient disciple en mettant en œuvre la Parole de Dieu, en des termes moraux, comme si la Vierge Marie avait une sorte de disposition particulière au service. Nous oublions alors ce qui a précédé cette déclaration et cet acte de foi. Quand Dieu par les paroles de l’ange dit à Marie : « Tu es comblée de grâce, le Seigneur est avec toi. » (Lc 1, 28) et encore « Tu as trouvé grâce auprès de Dieu. » (Lc 1, 30), il met en place lui-même le cadre de la relation dans laquelle Marie est appelée à lui répondre. Nous avons peut-être tendance à affaiblir le sens de ces deux expressions, « Tu es comblée de grâce » et « Tu as trouvé grâce auprès de Dieu ».
Mais il s’agit ici du sens fort des mots : Marie peut être déclarée pleine de grâce, comblée de grâce, parce qu’elle connaît la plénitude de la grâce, parce qu’il n’y a rien en elle qui empêche la grâce de Dieu de s’exprimer, parce que rien en elle ne peut faire obstacle à la volonté de Dieu, parce qu’il n’y a en elle aucune trace de résistance, ni aucune cicatrice de la blessure originelle, parce qu’elle est toute entière donnée à la grâce. C’est ce que le dogme de l’Église exprime dans un autre registre de vocabulaire par « Immaculée conception ».
Marie est celle qui a été conçue sans péché et qui est donc totalement offerte à l’action de Dieu, pleinement habitée par la grâce de Dieu, « pleine de grâce » comme nous le disons dans le Je vous salue Marie.

Ce statut particulier de la Vierge Marie n’est pas le résultat d’un effort personnel de sa part, ou de dispositions particulières qu’elle aurait généreusement mises en œuvre. C’est vraiment le don de la grâce : « 
Tu as trouvé grâce auprès de Dieu ». C’est par une décision vraiment gratuite de Dieu, c’est-à-dire sans explication rationnelle, que Marie a été préservée du péché originel et de ses conséquences.
Et c’est pourquoi elle est totalement et pleinement libre pour accueillir la mission que Dieu lui confie et pour offrir la plénitude de son existence à l’appel de Dieu.

De plus, ce don exceptionnel de la grâce n’est pas un événement singulier qui ne concernerait que la personne de Marie de Nazareth. Même si elle est évidemment concernée au premier chef, nous devons comprendre le sens de cette grâce faite à Marie à la lumière de ce que saint Paul nous dit dans l’épître aux Ephésiens, en plaçant l’évènement de Nazareth dans la lumière d’une disposition qui transcende l’histoire de l’humanité et dépasse le cadre du temps. « Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ.
Dans les cieux il nous a comblés de sa bénédiction spirituelle. Il nous a choisis avant la création du monde » (Ep. 1, 3-4). « Avant la création du monde » c’est-à-dire avant que rien n’existe, ni rien de ce que nous connaissons, ni l’espace, ni le temps.
Car le lieu propre de cette décision primordiale de Dieu n’est pas le temps de l’histoire humaine, mais le cœur même de Dieu. C’est au cœur de la relation trinitaire que va se décider ce choix « pour que nous soyons dans l’amour, saints et irréprochables sous son regard » (Ep. 1, 4).

C’est dans cette décision antérieure à toute existence, que Dieu va appeler à l’existence ces êtres dont il veut faire ses fils dans le Christ. Cet appel est plus qu’une réponse au péché originel, car il lui est antérieur.
La grâce de Dieu n’est pas simplement une sorte de réparation après coup des faillites et des faiblesses de la liberté humaine, mais l’acte fondateur antécédent à tout ce que nous connaissons.
Cette grâce qui atteint la Vierge Marie, et qui, à travers elle, est destinée à tous les hommes et à toutes les femmes de tous les temps, cette grâce est à la fois une prévenance de Dieu et une surabondance de son amour. Ainsi, quand nous prions par l’intercession de Marie, la Vierge Immaculée, nous sommes tout entier entraînés dans le dynamisme universel de la création, de la rédemption et de l’accomplissement du plan de Dieu.
Nous sommes transportés du même mouvement des origines à l’accomplissement des temps, de l’alpha à l’oméga, dans le Fils conçu de l’Esprit Saint et né de la Vierge Marie. Amen.

+André cardinal Vingt-Trois

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