Homélie du cardinal André Vingt-Trois – Épiphanie du Seigneur en la cathédrale Notre-Dame

Notre-Dame de Paris, dimanche 4 janvier 2009

Dimanche 4 janvier 2009
Epiphanie du Seigneur en la cathédrale Notre-Dame

- Ps, 71, 1-2.7-8.10-13 ;
- Ep 3, 2-3a.5-6 ;
- Mt 2, 1-12

Homélie du Cardinal André Vingt-Trois

Frères et sœurs, les trois mages dont l’évangile de saint Matthieu évoque le périple depuis l’Orient jusqu’à Bethléem pour venir rendre hommage à celui qui est révélé comme le Sauveur du monde sont perçus dans la tradition chrétienne comme les représentants des nations païennes. Lors de la naissance du Christ, que nous venons de célébrer à Noël, les anges avaient rattroupé des bergers pour les entraîner à la crèche afin qu’ils y découvrent le signe donné par Dieu de l’enfant nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. D’une certaine façon, ces bergers représentent une partie du peuple d’Israël, ceux que l’on appelait les pauvres du Seigneur, capables de reconnaître celui que Dieu envoie pour accomplir la promesse qu’il avait faite à son peuple de lui donner un Messie de la lignée de David.
Mais le signe de l’enfant emmailloté donné aux bergers n’est pas encore la révélation plénière du mystère du Christ tel que Paul l’évoque dans l’épître aux Ephésiens. Car si la venue du fils unique de Dieu dans notre chair par la naissance de Jésus à Bethléem accomplit la promesse qui a été faite à Israël de lui envoyer un Messie, elle suppose aussi que s’accomplisse la vocation d’Israël à être le témoin de l’Alliance et de la Loi non seulement pour lui-même mais encore pour l’ensemble des nations. En effet, tout au long de l’histoire séculaire de l’Alliance entre Dieu et son peuple, cette vocation universelle est toujours apparue comme le but ultime de l’élection particulière que le Seigneur a faite d’Israël. C’est pourquoi le Messie n’est pas simplement envoyé pour Israël, mais il est envoyé en Israël, juif parmi les juifs, pour être l’accomplissement de la promesse selon laquelle le salut vient des juifs, mais est destiné à tous les peuples, dans la perspective universelle de l’alliance conclue avec Moïse et même de l’acte créateur de Dieu. La visite des mages est donc le développement normal de ce qui s’est produit dans la nuit de Bethléem. Il s’agit bien de révéler aux hommes le mystère caché depuis des siècles, à savoir que les païens eux aussi sont appelés à participer à l’Alliance.
Ainsi la joie de la Nativité se redouble dans celle de l’Epiphanie. Quand nous faisons mémoire de la visite des mages, nous découvrons une dimension nouvelle et plus riche du mystère de la Nativité qui était confiné au secret de l’étable entre Marie, Joseph et les bergers. Avec l’arrivée des mages et avec les offrandes qu’ils font à l’enfant, c’est le tribut des nations à l’adoration du Messie d’Israël qui est offert.
Pour la plupart d’entre-nous, qui ne sommes pas nés dans le judaïsme, la fête de l’Epiphanie est une source de grande joie. Pour reprendre l’image de l’épître aux romains, nous sommes comme des rameaux greffés sur le tronc du peuple élu. C’est par la manifestation du Christ aux païens que la porte de la foi nous est ouverte, que l’entrée dans l’Église nous est rendue possible, et que nous participons comme nos frères aînés du judaïsme à la révélation de Dieu et au mystère de sa miséricorde.
Mais prendre conscience de ce don qui nous est fait lorsque le Salut est ouvert aux païens, nous aide à comprendre que, en même temps que nous entrons de plein droit dans l’Alliance avec Dieu et la communion avec le Père, le Fils et l’Esprit Saint, nous recevons, comme Israël l’avait reçu au moment de l’Alliance avec Moïse, la mission d’étendre cette grâce à toutes les nations, à chaque homme et à chaque femme vivant sur cette terre. C’est pourquoi l’Église rattache fortement la célébration de l’Epiphanie à la prière pour les missions. Car si Dieu veut rassembler tous les hommes en une seule famille et communiquer à tous la grâce de son amour, il faut qu’il y ait tout au long des siècles des témoins qui annoncent cette bonne nouvelle, des hommes et des femmes qui ouvrent les trésors qu’ils ont reçus pour les partager avec leurs contemporains. Et pour nous qui vivons dans un pays de vieille culture chrétienne nous mesurons combien cette mission doit être accomplie pour que tous entrent dans la pleine célébration de la Nativité du Christ. Certes, tout le monde ou presque fête Noël, mais tout le monde ne sait pas pourquoi, ni ce que signifie le signe donné par Dieu de l’enfant nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. Si nous nous réjouissons que pour les hommes et les femmes de notre temps la fête de Noël soit restée comme un repère et un signe qui évoque pour eux des valeurs très réelles de l’existence humaine (de compassion, de solidarité, de joie, de communion entre les personnes), nous ne pouvons pas prendre notre partie que ces valeurs soient purement et simplement coupées de leurs racines et qu’elles deviennent comme une sorte de vulgate laïque pour laquelle le fait historique de la naissance de Jésus de Nazareth n’a plus aucune importance. Il nous revient non pas de condamner cette ignorance mais au contraire de nous appuyer sur les souvenirs et les traces qui restent de l’importance de la Nativité pour annoncer quel en est le sens, pas simplement par des déclarations publiques - encore qu’il nous faille en faire de temps en temps - mais surtout par le témoignage que nous rendons autour de nous, dans nos familles, dans nos quartiers, dans nos relations, sur nos lieux de travail… C’est ainsi que nous pouvons rappeler que ce temps de la Nativité n’est pas simplement un temps de vacances païennes (de moins en moins vacances de Noël et de plus en plus vacances de début d’hiver), mais que pour nous cette fête a une dimension tout à fait particulière qui n’est pas celle de la fête des lumières ou de n’importe quelle fête de nouvel an et qui est de célébrer la naissance du Christ et la naissance du Christ pour tous les hommes !
Ainsi, pas à pas, semaine après semaine, après avoir médité devant le Christ nouveau-né dans la crèche, manifesté aux bergers comme le sauveur d’Israël, nous sommes invités à accompagner les mages venus des pays lointains pour l’adorer comme le sauveur de l’humanité toute entière et nous pouvons alors nous associer à eux pour porter témoignage de ce que nous avons vu. L’évangile de saint Matthieu nous dit que, avertis en songe, ils repartirent dans leur pays par un autre chemin. Il nous est très profitable de réfléchir sur ce nouveau chemin. Quand quelqu’un a rencontré le Christ, il ne repart pas par la même route que celle par laquelle il est venu. Il découvre une dimension nouvelle de l’existence, et est entraîné à une nouvelle manière de vivre. Ainsi, notre rencontre avec le Christ doit nourrir une nouvelle manière de porter chacun notre existence et d’aborder les personnes que Dieu place sur notre route. Qu’il mette en nos cœurs le désir ardent de faire partager notre joie en annonçant qu’un enfant nous est né et que cet enfant est le sauveur du monde.
Amen.

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