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Goodbye Bafana

Bille August

Goodbye Bafana est une adaptation du livre d’entretiens avec James Gregory (Le Regard de l’antilope), le geôlier de Nelson Mandela. En arrivant sur la prison de Robben Island, ce dernier a été nommé, à cause de sa maitrise du Xhosa, la langue maternelle de Mandela, à la direction du bureau de la censure de la prison. Critique de Louis Corpechot.

Cette promotion fait le bonheur de sa femme Gloria, qui a emménagé sur l’ile avec lui et leurs deux jeunes enfants. . Rapidement, parce que les prisonniers ne peuvent soupçonner qu’un blanc connaisse leur langue, M. Gregory commence à découvrir des informations, qu’il communique immédiatement à ses supérieurs. Un jour, lors d’une visite, il apprend que le fils de Mandela a obtenu son permis de conduire. Il transmet l’information à ses supérieurs qui lui apprennent, peu de temps après, que le fils est mort dans un accident de voiture. Gregory va présenter, en Xhosa, ses condoléances à Mandela.

Dans la mesure où il raconte comment un homme a su dépasser les préjugés de son entourage, Goodbye Bafana est l’histoire d’une conversion. Notons ici les arguments qui rendent cette conversion plausible. Il est fait référence dans le film, par une séquence en flash-back, à l’amitié du jeune Grégory et de Bafana, qui durent se séparer quand Grégory commença ses études. Cette rencontre entre un noir et un blanc est restée importante pour le personnage du film, puisqu’il en a gardé toute sa vie le souvenir porte-bonheur. Le personnage de Grégory est bien converti "de l’intérieur ".

Mais un souvenir, aussi beau soit-il, peut être enseveli trop profondément dans le coeur pour être touché. Pour Gregory, c’est la connaissance de la paternité qui va lui permettre un mouvement de compassion vers celui qui est décrit par tous comme un terroriste dénué de compassion. Une trouvaille de mise en scène marque bien ce moment : le début du film est rythmé par les claquements de portes des cellules. Mais lorsque Gregory, après avoir présenté ses condoléances, referme la porte sur Mandela, le montage coupe le plan avant que l’on n’entende le bruit de la porte. Cela créé l’impression chez le spectateur que "la porte n’est pas fermée ". Et c’est bien la porte qui séparait les coeurs des personnages qui reste ouverte.
Sans rester pendant toute sa durée à un tel niveau de signification, Goodbye Bafana a le mérite de ne pas tomber dans une description caricaturale. En restant concentré sur le personnage du gardien, il évite l’enlisement dans des considérations sur l’Apartheid et les raisons de son existence.

Notons toutefois que la mise en scène sanctifie totalement Nelson Mandela, et affirme que son parti n’a rien à voir avec le communisme, ce qui nous parait un raccourci historique un peu rapide. De plus, la question problématique de l’utilisation de la violence n’est pas traitée, laissant à James Gregory le soin de dénoncer les poseurs de bombes : un prisonnier lui répond qu’ayant vu des centaines de personnes mourir depuis Soweto, il ne faut pas lui demander de pleurer sur dix-sept victimes.

Finalement, Goodbye Bafana donne moins de réponses qu’il ne pose de questions.

Louis Corpechot

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