Homélie du cardinal André Vingt-Trois – 5e dimanche de Carême

Sainte-Rosalie, dimanche 29 mars 2009

Dimanche 29 mars 2009
Messe à Sainte-Rosalie (Paris XIII)

- Jr 31, 31-37 ; Ps 50, 3-4.12-15 ; He 5, 7-9 ; Jn 12, 20-33

Homélie du Cardinal André Vingt-Trois

Au long des mois, Jésus a préparés ses disciples pour l’événement qui allait conclure son ministère public : son arrestation, son procès, sa mise à mort et sa résurrection. Il savait que pour eux ces événements seraient durs à vivre, que leur foi serait mise à l’épreuve, et que, peut-être, ils ne résisteraient pas. Nous savons d’ailleurs par les récits des évangiles qu’ils n’ont pas tenu. Et pourtant, Jésus a voulu leur ouvrir par avance le sens des événements qui allaient se produire et dont ils allaient être les témoins.

Tout au long du carême, dimanche après dimanche, les passages de l’évangile que nous entendons nous conduisent sur le même chemin que les disciples. Ils nous préparent nous aussi à la fête de Pâques. Car nous aussi, en entendant le récit de la Passion de Jésus, nous serons confrontés à sa mort et éprouvés dans notre foi. Comment pouvons-nous croire qu’il est notre Sauveur s’il n’est pas capable de se sauver lui-même ? Comment pouvons-nous croire que Dieu l’aime s’il le laisse être dominé par ses ennemis ? Pour nous préparer à cette épreuve et nous aider à la surmonter dans la foi, l’évangile nous guide et nous donne le sens de ces événements. Cette pédagogie de la foi s’exprime à travers la voix venue du ciel qui proclame : « Je l’ai glorifié et je le glorifierai encore » (Jn 12, 28). Jésus précise aussitôt : « ce n’est pas pour moi que cette voix se fait entendre c’est pour vous » (Jn 12, 30). Cette voix nous révèle que le Christ ne va pas être glorifié à la manière d’une apothéose et d’une victoire, comme nous le comprenons habituellement. Sa gloire lui viendra de son échec et de sa mort, selon ce qu’il explique : « si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas il reste seul, mais s’il meurt il donne beaucoup de fruit » (Jn 12, 24). La crucifixion du Christ est la condition de la fécondité de sa vie. L’amour qui l’habite et l’anime ne peut porter de fruit que s’il va jusqu’au bout de lui-même, selon ce qui est écrit dans le même évangile de saint Jean : « Avant de passer de ce monde à son père, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde Jésus les aima jusqu’à l’extrême » (Jn 13, 1). Or cet extrême de l’amour c’est l’offrande qu’il fait de lui-même, le don de sa vie. Par la voix de Dieu qui vient du ciel et nous dit : « je l’ai glorifié et je le glorifierai encore », nous saisissons que le sens des choses ne se limite pas à ce que tous pourront voir sur le Golgotha à côté de Jérusalem. La puissance de Dieu vient de l’amour du fils unique du Père, Dieu fait homme, qui va aimer les hommes jusqu’au bout, jusqu’à donner sa vie pour eux.

Ceci permet de mieux comprendre le début de cet évangile. Ces Grecs venus à Jérusalem pour adorer Dieu durant la Pâques font partie de cette petite population de païens attirés par le judaïsme que l’on appelle dans l’Ecriture les « craignants-Dieu ». Ils se mettent à la suite du peuple d’Israël pour observer les commandements de Dieu. Ils forment comme une sorte d’avant-garde, qui manifeste que l’Alliance conclue entre Dieu et Israël est en train de s’ouvrir au reste de l’humanité. Ils veulent voir Jésus, par simple curiosité ou parce qu’ils en ont entendu parler, et s’approchent pour demander à être introduits auprès lui. Et Jésus leur dit : « quand je serai élevé de terre j’attirerai à moi tous les hommes » (Jn 12, 32). Il révèle ainsi que le don qu’il fait de sa vie ne touche pas seulement le peuple d’Israël, ou certaines personnes et certains groupes, mais bien l’humanité toute entière. Notre prochaine célébration des jours saints concerne elle aussi l’humanité entière. La Cène, la méditation de la Passion et la vénération de la croix le vendredi Saint, comme la fête de la Résurrection du Seigneur le jour de Pâques, n’intéressent pas seulement ceux qui sont déjà croyants et déjà convaincus. Ces évènements que nous célébrons concernent tous les hommes à qui nous sommes chargés de les annoncer par notre vie toute entière.

C’est pourquoi nous pouvons nous interroger sur la manière dont notre vie rend compte de la réalité vécue par Jésus telle qu’il nous la partage. Comment notre manière de vivre manifeste-t-elle que nous sommes de ceux qui suivent et servent le Christ, c’est-à-dire de ceux qui essayent de mettre en œuvre l’amour ? Comment notre manière de vivre montre-t-elle que nous sommes plus préoccupés de l’amour de nos frères que de la sauvegarde de notre propre vie (« Celui qui veut sauver sa vie la perd » (Jn 12, 25)) ? Sommes-nous entrainés dans ce mouvement d’amour du Christ qui nous conduit à nous oublier nous-mêmes par amour de nos frères et de Dieu, et qui nous rend libre par rapport à toutes les contraintes et à toutes les conditionnements de nos existences ? Sommes-nous suffisamment entraînés dans le dynamisme de l’amour pour qu’à travers notre manière de vivre les hommes comprennent que l’offrande que Jésus fait de sa vie n’est pas achevée sur le Golgotha mais se poursuit aujourd’hui à travers le don que nous faisons nous aussi de notre vie, même si c’est à une autre échelle et d’une autre manière ? Comment apprenons-nous à devenir serviteur les uns des autres pour qu’effectivement l’amour soit plus fort que la mort, et que la Résurrection soit offerte à tous les hommes ?

La conversion à laquelle nous sommes appelés en ce temps de carême ne consiste pas simplement à nous retourner sur nous-mêmes pour essayer de voir comment nous pouvons nous en tirer. Elle nous conduit à engager notre vie à la suite du Christ et à l’ouvrir à ceux qui nous entourent. En acceptant de nous détacher de quelque chose, qu’il s’agisse de biens, de souvenirs, de petites choses qui rendent la vie difficile ou même de traits de caractères, nous décidons de nous oublier un peu pour penser réellement aux autres.

Prions-le Seigneur pour qu’il nous entraîne dans le mouvement de son amour et ouvre notre vie à l’amour de tous. Qu’à travers nous, les hommes découvrent que Dieu attire à lui tous ceux qu’il appelle par le don qu’il fait de sa vie. Amen.

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