Août Secours Alimentaire, le marché estival des plus démunisDurant le mois d’août, les associations d’aide alimentaire aux démunis ferment. Août Secours Alimentaire (ASA) prend alors le relais, avec de plus en plus de repas distribués pour un budget pourtant très limité.
15h30. Autour de la table couverte de nourriture, au centre de la chapelle Ste-Geneviève de l’église St-Marcel (13e), ils tournent en rond. Un sac plastique à la main, ils passent devant la pile de boîtes de sardines et en glissent une, avancent jusqu’aux conserves de petits pois et en prennent une, puis arrivent au carton de pommes et en ajoutent une. A la fin de cette drôle de farandole, chaque colis paraît bien lourd : une entrée, un plat de résistance, un fruit, un dessert, du pain, du lait, des œufs, des biscuits et parfois même des bonbons. Avec ce système rodé, les volontaires venus prêter main-forte à l’association Août Secours Alimentaire (ASA) ont déjà constitué près de quatre cents repas qui seront distribués en fin d’après-midi. Durant le mois d’août, alors que les associations d’aide alimentaire ferment, cet organisme prend le relais avec son équipe très hétéroclite. « Pour tout le fonctionnement, nous nous appuyons sur des volontaires », explique Pierre Lanne, diacre du diocèse de Paris et président fondateur d’ASA. Ce sont à la fois des personnes qui viennent pour une heure ou une journée car elles ont le temps durant l’été, des dames âgées qui cherchent une activité l’après-midi, des bénévoles envoyés par une autre association, ou encore des travailleurs handicapés. Ambiance joviale16h10. La chef du centre, Muriel Brunel, 57 ans, fait la bise à Martine. Entre la première, présente depuis le premier repas distribué en 1994, et la seconde, qui passe son mois d’août entre les boîtes de conserve depuis six ans, une amitié est née. « L’ambiance est joyeuse, confirme Martine, 44 ans. J’ai connu la galère. Maintenant que je vais mieux, je veux redonner un peu de ce que j’ai reçu. » Dehors, une vingtaine de personnes attendent sur des chaises que les portes s’ouvrent pour « aller faire leurs courses ». 16h45. Pause cigarette pour Mickaël, 33 ans. Il a deux semaines de travaux d’intérêt général à faire. « J’avais le choix entre plusieurs lieux pour exécuter ma peine, et j’ai toujours voulu faire de l’humanitaire sans trouver le temps », avoue-t-il. Là, il se sent utile. Tout comme sa femme, Armelle, qui en a profité pour se joindre à lui. A la fin du mois, ils comptent même revenir en « vrais bénévoles ». A quelques mètres, dans une petite salle paroissiale, deux tables, une cafetière et des bouteilles de sirop constituent un bar improvisé. Les volontaires d’ASA partagent un biscuit et une boisson. Dans une heure, les lieux accueilleront les enfants pendant que leurs parents feront la queue pour retirer leur repas. Précarisation croissante17h30. Branle-bas de combat : dans la grande pièce, on réorganise le mobilier pour faire une sorte de comptoir, les bénévoles s’installant derrière. Les portes s’ouvrent et les quelque trente personnes qui attendaient sortent leur carton rose, ticket donné par les services sociaux indiquant le nombre de repas auquel elles ont droit. Une vieille dame aux multiples bijoux s’assoie en tendant son précieux papier. Pierrette s’extasie devant sa parure pendant qu’un de ses collègues complète le colis et apporte les victuailles. Cette année, plusieurs volontaires avouent être frappés par ceux qu’ils voient défiler : « Plusieurs ont un travail, mais n’arrivent pas à joindre les deux bouts. Certains pourraient être mes voisins, des amis même », raconte l’un d’entre eux. Beaucoup de jeunes couples, plusieurs avec des enfants en bas âge, des familles… Pierre Lanne a discuté avec quelques mères : « Avec cette aide qui leur permet d’économiser sur la nourriture, elles peuvent enfin boucler leur budget pour assurer la rentrée et acheter des fournitures scolaires. » 19h : « J’ai rencontré une maman africaine à l’entrée qui me dit “Mais tu es en retard aujourd’hui” », raconte en riant Colette tout essoufflée, venue aider pour la soirée. Sur le parvis de l’église, elle a aussi croisé le P. Toni Drascek, vicaire de la paroisse. Du milieu de l’après midi au dernier visiteur, vers 20h30, il reste à l’entrée de son église, serrant les mains, saluant les arrivants et souriant aux gamins qui courent partout. « C’est important pour moi de les accueillir, insiste le prêtre en réajustant sa croix par-dessus une chemise bleu ciel. Ils ne viennent pas seulement remplir leur frigo, ils ont aussi besoin de sentir qu’on les reçoit comme des personnes à part entière, qu’on les reconnaît comme des êtres humains. » • Sophie Lebrun
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