Assistance médicale à la procréation : la filiation en questionL’assistance médicale à la procréation soulève plusieurs problèmes, aussi bien sur le plan éthique que sur le plan psychologique. Faute de recul, les conséquences n’en sont pas encore complètement mesurées.
Il y a trois enjeux éthiques de l’Assistance Médicale à la Procréation. Le premier est le respect de la dimension procréatrice de l’acte conjugal. En France, presque toutes les naissances issues de ces techniques sont intraconjugales. Cependant, l’enfant est conçu par la substitution d’un acte technique à l’acte conjugal. Or, on sait aujourd’hui que l’enfant hérite de toutes les dimensions de la filiation, aussi bien psychologiques que biologiques. Autrement dit, le fait d’avoir été conçu en dehors de l’union des époux, grâce à toute une équipe biomédicale, a une incidence sur l’enfant. Cette conception d’un enfant qui dissocie la dimension corporelle et intellectuelle (« projet parental ») et introduit un tiers (l’équipe médicale) dans l’identité de l’enfant est-elle digne de l’homme ? Deuxième enjeu : le respect de l’embryon humain. Le développement de l’AMP a conduit à la production, à la congélation et à la destruction d’un nombre considérable d’embryons. Aujourd’hui, les équipes cherchent à limiter le nombre d’ovocytes fécondés et d’embryons transférés. En même temps, certains réclament d’autoriser sans limites les recherches sur les embryons restants. Or, étant donné la continuité du développement embryonnaire depuis la conception, il est illusoire de fixer un seuil d’entrée en humanité de l’embryon. La seule démarche éthique responsable est de préserver sa dignité humaine dès le début de sa vie. Troisième enjeu : celui des liens familiaux. Ceux-ci sont mis à mal par le recours dans certains cas à un donneur de gamètes extérieur au couple. L’anonymat du donneur ajoute une injustice vis-à-vis de l’enfant, privé de la connaissance de ses origines. L’extension de l’AMP à des personnes seules ou des partenaires de même sexe constituerait une distorsion volontaire des relations familiales atteignant jusqu’aux notions mêmes de paternité et de maternité. Ces enjeux touchent notre relation à Dieu. Même au nom de sa souffrance, l’homme peut-il maîtriser la procréation jusqu’à bouleverser les relations humaines fondamentales et sa propre dignité ? La sagesse biblique nous appelle plutôt au respect de tout être humain en sa double dimension corporelle et spirituelle, dans l’adoration « du Père de qui toute paternité [et toute maternité] au ciel et sur la terre tire son nom » (Ep 3, 14-15). • Par le P. Brice de Malherbe, enseignant à l’Ecole Cathédrale (5e)
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