Bénévoles à l’écoute des maladesToute l’année,au cœur des hôpitaux publics et catholiques [1], des bénévoles rendent visite aux malades pour être une présence d’Église à leur côté, et leur apporter un réconfort humain et spirituel.
En arrivant dans les bureaux de l’aumônerie de l’hôpital catholique St-Joseph (14e), Marie-Astrid consulte le planning. Allant directement aux pages concernant les malades du service Cardiologie, la jeune fille de 22 ans s’attarde sur les commentaires : « Madame X va mieux, elle garde la foi ». Depuis quatre mois, Marie-Astrid rend visite aux patients tous les mercredis après midi. « Au lycée, j’accompagnais des personnes handicapées à la messe, mais pendant mes études à Lille, j’ai arrêté, se souvient-elle. De retour à Paris, j’ai jugé bon de reprendre une activité caritative. » C’est ainsi qu’elle a rejoint l’équipe d’une trentaine de personnes. « Je frappe à la porte, j’entre directement, sauf si la personne dort ou qu’elle reçoit des soins, explique-t-elle. Après m’être présentée, je guette les silences et les regards pour savoir si je peux rester ou non. Souvent, les malades ont surtout besoin d’être écoutés. Mais il arrive qu’ils demandent aussi la visite d’un prêtre. » Pour apprendre à entrer en relation avec les personnes hospitalisées, Marie-Astrid a fait ses premiers pas en compagnie du P. Robert d’Anglejan, l’aumônier. « Il est important que les bénévoles saisissent qu’avant d’être “malade”, il s’agit d’une personne précieuse aux yeux de Dieu », insiste-t-il. La formation annuelle obligatoire, ainsi que les réunions mensuelles de l’équipe ont contribué à faire disparaître l’appréhension de la jeune fille (voir encadré). Tout comme le bon accueil des personnes hospitalisées. « En sortant, je leur dis toujours “Je vous porte dans ma prière”, raconte-t-elle. Aucun ne refuse ; même les non croyants me remercient. » Pour Marie-France, 65 ans, le désir de s’investir à St-Joseph est venu après le décès d’un de ses enfants, à la suite d’une complication lors d’une opération. « J’ai voulu rendre service à ceux qui sont seuls à l’hôpital », avoue-telle. Au sein du service qui accueille les personnes atteintes de cancer, la proximité avec la faiblesse des autres l’a transformée. « Le service dépouille, cela rend humble devant le mystère insondable de la souffrance », confie-telle. De plus, chaque rencontre lui donne l’occasion de porter le message de l’Eglise. « Les malades cherchent un sens à ce qu’ils vivent. Ils en veulent souvent à Dieu et leur regard sur l’Eglise est dur. Mais la majorité exprime une recherche spirituelle. » C’est pourquoi il est d’autant plus important aux yeux du P. d’Anglejan et de son équipe de ne pas répondre uniquement aux sollicitations mais de frapper à toutes les portes. A l’hôpital public « Necker-Enfants malades », les membres de l’aumônerie procèdent de la même manière. « Si nous ne répondions qu’aux appels, nous ne sortirions jamais de la chapelle, insiste Annie, impliquée dans ce lieu depuis dix-huit ans. Nous précisons que nous allons voir tout le monde car, quand nous nous présentons, les parents prennent souvent peur. Ils se demandent si nous sommes envoyés par le personnel soignant en raison d’un malheur imminent pour leur enfant. » Cette retraitée de 76 ans a commencé dans un des services pour adultes de l’hôpital, avant d’aller à la rencontre des petits. Elle a vite découvert qu’accompagner des parents d’enfants malades n’était pas aisé. Comme l’explique le P. Gérard Bruneau, l’aumônier : « Nous nous adressons aux familles qui, touchées par la détresse d’un des leurs, sont souvent troublées et désorientées. » Il faut du temps pour établir un lien de confiance. Or, Annie en a de moins en moins avec la réduction des séjours hospitaliers. « Je fais des visites deux fois par semaine, le lundi et le jeudi, et je vois rarement les mêmes personnes », déplore-t-elle, frustrée. Aux yeux de Marie-Astrid, c’est pourtant un atout, car « cela permet de moins s’attacher ». Toutes les deux, comme leurs collègues des aumôneries, accompagnent aussi les malades par la prière. « Même si je ne me souviens pas des prénoms de chacun durant mes prières de la semaine, je pense à tous ceux que j’ai rencontrés », confie Marie-Astrid. Annie, quant à elle, reste à la messe quotidienne à la chapelle à la fin de ses visites, pour se ressourcer. Parfois, elle participe à une veillée de prière animée par un couple, qui reprend les intentions de prière inscrites par les familles dans un livre à cet effet. Car les membres des aumôneries profitent des rencontres pour indiquer aux Aumôneries d’hôpitaux familles où se trouve la chapelle. A un moment où s’expriment des angoisses, dans ces établissements immenses, elle est un lieu de refuge pour tous. • Sophie Lebrun
[1] Les établissements hospitaliers et médico-sociaux catholiques à Paris ont été fondés au XIXe siècle par des religieux ou des laïcs engagés. Aujourd’hui, leur héritage se traduit parfois par la présence d’un représentant de l’archevêque lors du conseil d’administration, ou par des rencontres régulières des présidents, directeurs et aumôniers des établissements. |