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Texte de la conférence de Carême 2012 « Nouveau modèle de développement, nouveau mode de vie ? » du 4 mars

Avec M. Emmanuel FABER, vice-président du Groupe Danone et Sœur Cécile RENOUARD, religieuse de l’Assomption, théologienne.

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Au seuil d’une crise sans précédent, à la fois économique et écologique, nos sociétés se trouvent devant une question en apparence insoluble : notre mode de vie repose sur une croissance insoutenable, mais comment mettre en œuvre une autre économie qui favorise l’accès du plus grand nombre à un emploi et à des conditions de vie décentes, au Nord comme au Sud ? Puiser aux sources morales et spirituelles de l’Évangile permet de tracer des chemins nouveaux pour intégrer l’exigence de justice au cœur de la logique économique et pour privilégier les droits et capacités des plus vulnérables, aujourd’hui et demain.

Retransmission
- Revoir la conférence diffusée par KTO.

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Reproduction papier ou numérique interdite.
Les conférences seront publiées dans un livre à paraître le dimanche 1er avril 2012 aux éditions Parole et Silence.

Sœur Cécile RENOUARD, religieuse de l’Assomption, théologienne

Économie relationnelle et tempérance solidaire

En 1836, une jeune fille de 17 ans, Anne-Eugénie Milleret de Brou, accompagne sa tante à Notre Dame pour écouter les conférences de Carême ; elle entend la parole du père Lacordaire résonner sous cette voûte, et résonner en elle : écho décisif, qui marque le début du parcours qui la conduira, deux ans plus tard, à fonder la Congrégation des Religieuses de l’Assomption – celle à laquelle j’appartiens. Il est particulièrement émouvant et impressionnant pour moi de me retrouver en ce lieu ! Et j’y vois un signe de la Providence : étant appelée à réfléchir avec vous sur la solidarité, autour de la question des nouveaux modes de développement qu’il nous faut privilégier, je voudrais partir d’une expression forgée par sainte Marie-Eugénie pour désigner une façon de vivre au cœur des incertitudes, des pesanteurs et des soucis de la vie quotidienne ; une expression qui peut surprendre lorsqu’on l’entend pour la première fois, celle de « dégagement joyeux ». Le dégagement joyeux, c’est un appel à vivre une forme de détachement, de recul, de distanciation à l’égard de ce qui nous arrive, pour pouvoir regarder les événements et les personnes, du côté de Dieu, de son amour.

Écoutons Marie-Eugénie qui disait : « Pourquoi ne pas avoir un dégagement joyeux ? Est-ce que tout ne nous y porte pas ? Puisque Dieu est un Père, ayons confiance en lui, montons vers celui qui est la bonté infinie et dont la miséricorde l’emporte sur la justice. Cette disposition va bien avec l’adoration qui accepte tout de la main de Dieu, elle fait que cette acceptation n’est pas triste, désolée, mais joyeuse et confiante… abordant les choses de cette façon, vous comprenez avec quel dégagement joyeux, quelle force, quelle confiance, quelle liberté d’esprit, quelle simplicité, avec quelle droiture, avec quelle absence de choses et de paroles inutiles on traverse tout. » [1]

Voilà des propos magnifiques qui ne minimisent pas le poids de la souffrance, des échecs, des angoisses, mais qui s’appuient sur la conviction que nous ne sommes pas seuls et que nous pouvons traverser la nuit, ‘rebondir’ et tracer de nouveaux chemins, porteurs de vie. Il ne s’agit pas de se désengager, de botter en touche, mais bien de se situer d’une façon ajustée, qui permette de s’engager pleinement, dans la mêlée !

Cette attitude ne relève pas non plus de l’autosuggestion ou d’un regard naïf et béat sur la réalité. Nous vivons une crise inédite par son ampleur et par le caractère radical des mutations à opérer : il s’agit de vie et de mort pour tous ceux qui sont touchés par la famine et les catastrophes naturelles, par les effets déjà perceptibles du réchauffement climatique, par les conflits liés à la possession de ressources de plus en plus rares ; il s’agit de vie et de mort pour les populations qui seront inévitablement déplacées en raison de l’élévation du niveau des mers ou de la désertification, ainsi que pour de nombreuses espèces vivantes, pour des écosystèmes entiers ; il s’agit de vie et de mort, pour tous ceux dont l’activité professionnelle s’accompagne de conditions de travail et de vie indécentes et inhumaines, et pour tous ceux que la perte de leur emploi conduit au bord de l’abîme.

Que peut signifier le dégagement joyeux dans ce cadre ? Il nous est proposé par là une attitude, enracinée dans une confiance radicale dans la bonté ultime de la Création. Elle relève à la fois de l’émerveillement devant le monde et de la suspension du jugement dans la quête de la vérité, mouvements que la philosophie grecque nous a transmis en nous invitant à nous défaire de nos préjugés, de la doxa, de ce qui nous encombre et de nos efforts pour nous raccrocher à nos habitudes. Parler de dégagement joyeux, ce n’est pas non plus chercher refuge dans un cocon spirituel déconnecté des souffrances humaines – ce serait d’ailleurs vain. C’est dire que la gravité de la crise appelle à chercher des solutions qui ne sont pas d’abord techniques mais qui résulteront de représentations partagées de la vie désirable et du vivre ensemble ; pour les trouver, il nous faut apprendre, ensemble, à nous réjouir de la vie ; et il nous faut discerner, ensemble, ce qui est mortifère ou nous emmène sur des voies sans issue et ce qui nous permet, très concrètement, de dessiner de nouvelles voies qui nous rendent, chacun d’entre nous, plus vivants.

Ce sont ces aspects que je voudrais brièvement développer en considérant le champ de l’économie : que veut dire pour une entreprise, et pour des acteurs économiques, que d’être au service de la vie ? Comment discerner la voie de sortie à partir de ce qui obstrue les chemins de vie ?

Considérons tout d’abord que la vie est plurielle, polyphonique, qu’elle ne se réduit pas à une seule dimension de l’existence. Or bien souvent nous nous laissons prendre par un aspect qui dissimule tous les autres, que nous soyons riches ou pauvres : c’est vrai pour celui dont la lutte pour la survie absorbe toutes les énergies. Mon travail me fait voir cette réalité aussi bien parmi les pemulung/chiffonniers dans une décharge d’Indonésie, que pour la veuve isolée d’un village du delta du Niger, le dalit d’un bidonville indien, le SDF au coin d’une rue parisienne et pour tant d’autres invisibles ou méconnus ; et c’est vrai aussi pour le cadre dirigeant pour qui la performance au travail ou la création de valeur actionnariale est la motivation essentielle - à Paris, New York, Pékin ou Rio. Mais comment dépasser ce qui est une préoccupation intense et préserver la polyphonie de la vie ?

L’analyse du comportement des hommes pendant les bombardements, a conduit le pasteur protestant allemand Dietrich Bonhoeffer, emprisonné à Berlin pour avoir participé à la résistance contre Hitler, à écrire : « Il y a peu d’hommes capables d’héberger en eux beaucoup de sentiments ; quand les avions approchent ils ne sont que peur.[...] Ils passent à côté de la plénitude de la vie.[...] Si par exemple nous songeons à notre devoir de répandre le calme autour de nous, la situation se modifie totalement ; la vie n’est pas refoulée dans une dimension unique, mais reste polyphonique et à plusieurs dimensions. Quelle libération de pouvoir penser et de maintenir par la pensée cette pluralité de dimensions ! » [2]

Ce qui vaut pour chacun d’entre nous vaut aussi collectivement. Un projet de société polyphonique, c’est un projet qui favorise une façon de vivre en commun où s’équilibrent le travail, les engagements familiaux, associatifs et politiques, le repos, la détente, la gratuité ; nous avons sans doute à inventer de nouveaux rythmes, de nouvelles manières de vivre pleinement l’instant présent, de revenir à l’essentiel. Il reste que cet essentiel tourne bien autour de la qualité des relations que nous entretenons, avec le plus intime de nous-mêmes, entre nous et au-delà de notre environnement immédiat.

L’économie peut et doit être au service de cette polyphonie. Elle concerne – comme l’indique bien la racine grecque du mot – l’organisation de notre demeure commune, la création et le partage de biens et de services qui, en principe, ont une utilité sociale. Par nature, l’économie devrait être au service de la société, attentive à l’inscription des communautés humaines dans une Création fragile, aux ressources finies, qui est confiée à notre soin. L’encyclique Caritas in Veritate [3] a bien souligné la finalité ultime de l’économie, qui doit être orientée vers la recherche de la justice et du bien commun. Elle appelle également à mettre au cœur de toutes les transactions et au sein de chaque organisation la dimension de la gratuité, du don et de la surabondance qui ne compte pas. Ainsi, respecter la polyphonie, c’est relier souci de la justice et dimension du don.

Que veut donc dire chercher un ordre économique plus juste ? Bien des définitions pourraient être données : l’Évangile nous fournit quelques indications qui rejoignent des critères que proposent certaines traditions philosophiques. Une première définition, minimale, consiste à ne pas nuire. La formulation négative de la Règle d’Or correspond à cette injonction : « ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse ». Dans l’ordre économique, ce principe « ne pas nuire » ouvre un champ immense : prend-on vraiment, en effet, les moyens de vérifier quelles sont les conséquences d’une activité sur les différentes parties prenantes, à court et à long terme [4] ? Tente-t-on vraiment, et avec quels moyens, d’éviter les dommages, de les minimiser et de les réparer ? La logique financière à court terme, qui prévaut aujourd’hui, a réduit le facteur humain à n’être qu’une variable d’ajustement ; elle ne permet pas d’intégrer dans les comptabilités des entreprises ce que les économistes dénomment les « externalités négatives » (les dommages directs et indirects engendrés par l’activité sur son environnement). Cette financiarisation de l’économie est une impasse. Nous faisons aujourd’hui le constat qu’elle est socialement nuisible. Nous devons donc reconnaître que ce qui paraît être incontestable et élémentaire, chercher à ne pas nuire, est déjà un principe extrêmement exigeant.

On peut aussi tenter de formuler positivement le principe de justice. C’est ce qu’a voulu faire le philosophe américain John Rawls [5] en énonçant ce qu’il a dénommé le principe du maximin, c’est-à-dire de la maximisation de la part du plus défavorisé : il est intéressant de noter que ce concept de philosophie économique, qui trouve un large écho dans les débats contemporains, recoupe l’enseignement de l’Évangile : c’est la parabole de la brebis égarée (Lc, 15, 4-7) ou de l’ouvrier de la dernière heure (Mt 20, 1-16). L’option préférentielle pour les pauvres [6] qui est au fondement de la pensée sociale de l’Église conduit à affirmer que l’équité passe d’abord par l’amélioration du sort du plus mal loti, du plus vulnérable, du plus exclu, du dernier… Ceci peut être considéré, en termes de pure rationalité économique, comme un principe de prudence face au risque ; en situation d’incertitude, si je sais que je peux un jour me retrouver à la dernière place, je vais essayer de maximiser, dès aujourd’hui, le sort du plus mal loti. Mais, au sens évangélique, c’est avant tout l’expression d’une vision qui ne sacrifie personne, totalement opposée à l’utilitarisme qui, cherchant à améliorer le sort du plus grand nombre, se satisfait d’une répartition inégale. Il s’agit au contraire de limiter les inégalités au sein de la société pour éviter toutes les formes de ghettos et d’exclusion.

Les deux critères de justice que je viens de rappeler, « ne pas nuire » et « maximiser la part du plus démuni », engagent notre économie tout comme nos choix de société sur des voies exigeantes : ils impliquent, en particulier, qu’il soit mis fin à l’explosion des inégalités de revenus que notre fiscalité ne corrige pas. Comment pouvons-nous accepter la croissance vertigineuse des écarts de rémunérations entre les plus hauts et les plus bas salaires ? Quels repères mouvants nous aveuglent-ils au point de croire pouvoir légitimer de telles inégalités qui détruisent le tissu social, en dressant un fossé entre ceux qui ont et ceux qui sont les « hommes jetables » de nos sociétés ?

Chercher la justice du Royaume, c’est chercher à temps et à contre temps les moyens de la transformation de nos comportements et de nos institutions lorsqu’ils sont iniques ; c’est remettre en cause ces structures de péché – que sont la « soif exclusive du profit » et la « soif du pouvoir dans le but d’imposer aux autres sa volonté » - décrites par Jean-Paul II dans l’encyclique Sollicitudo rei Socialis [7], structures qui détruisent le vivre ensemble et sont antinomiques avec la solidarité. Chercher la justice du Royaume, c’est lier la quête de justice avec la mesure sans mesure, débordante que propose l’Évangile, celle qui permet d’aller au-delà du seul respect des normes. C’est associer, la logique d’équivalence, que représente la justice, et la logique de surabondance [8], qui introduit un excès, un espace de gratuité, de don, de pardon dans nos institutions. À cet égard, Paul Ricoeur déclarait que « l’incorporation tenace, pas à pas, d’un degré supplémentaire de compassion et de générosité dans tous nos codes – Code pénal et Code de justice sociale – constitue une tâche parfaitement raisonnable, bien que difficile et interminable. » [9]

Appliquée aux acteurs économiques, cette attitude conduit à aller au-delà du simple engagement contractuel, à agir en faisant place à une dose de convivialité, à l’aide et à la coopération, dans la vie professionnelle. Il ne s’agit en aucun cas de promouvoir seulement la philanthropie et les actions caritatives : celles-ci sont une façon pour l’entreprise de manifester son ancrage dans un territoire ou son engagement pour une cause, mais elles ne sauraient tenir lieu d’engagement éthique et l’on sait que c’est dans les temps de dérégulation et de moindre pression fiscale que les fondations et autres organisations philanthropiques se sont multipliées. C’est particulièrement vrai aux États-Unis depuis une trentaine d’années. Tout au contraire, pour l’entreprise, articuler justice et don, éthique et surabondance, c’est faire droit à un projet qui vise à mobiliser différents acteurs, réunis pour un objectif commun, dans une perspective qui se veut attentive à ceux qui l’entourent et aux effets proches et lointains de son activité. C’est favoriser une justice comptable et fiscale et dénoncer les pratiques d’optimisation fiscale dommageable, fussent-elles avantageuses pour sa propre organisation. C’est mettre en avant la qualité des relations entretenues au sein de l’entreprise et avec ses parties prenantes, jusqu’à son environnement économique, son écosystème [10]. C’est reconnaitre la ‘création de valeur’ sous l’angle de la qualité relationnelle plutôt que sous l’angle de la maximisation du profit pour les actionnaires. C’est dire, à temps et à contre temps, que le profit n’est et ne doit demeurer qu’un moyen au service d’une finalité à la fois économique, sociale et sociétale. C’est prendre les moyens de corriger les rapports de force et les structures de pouvoir dans l’entreprise et entre entreprises et parties prenantes, pour redonner à chacun sa place et sa juste part dans un projet fédérateur. C’est, enfin, mettre la direction de l’entreprise au service du développement des capacités relationnelles de chacun.

Si nous faisons l’expérience de l’épanouissement, de l’harmonie, du bonheur d’une vie où les liens comptent plus que les biens, alors il devient plus facile de promouvoir des pratiques économiques mues par les critères de la justice et de la surabondance. La multitude d’initiatives actuelles en faveur de nouvelles façons de consommer, d’échanger, de produire en est d’ailleurs la démonstration. En témoignent la vitalité du secteur de l’économie sociale et solidaire, et de nombreux projets en vue de renforcer l’ancrage territorial de l’activité économique et de promouvoir une économie fondée sur l’usage partagé des biens plutôt que sur leur propriété privée. Ces derniers mois, par exemple, j’ai été contactée aussi bien par un réseau de petits producteurs de miel au Bénin que par des étudiants investis dans une AMAP [11] de la banlieue parisienne, des cadres de multinationales et des avocats désireux de réfléchir à des pratiques comptables et fiscales plus équitables, des membres d’ONG engagés pour la protection de l’environnement et la réduction de notre empreinte carbone. Il n’est pas indifférent que ces initiatives consistent à la fois dans de petites structures coopératives, des mouvements étudiants, des projets alternatifs soutenus par de grandes entreprises, des organisations militantes. Personne n’a la solution tout seul ! Ceci nous met donc en route afin d’avancer vers une transformation radicale de nos systèmes de production et de consommation : la question est alors de savoir comment nous acheminer vers une tempérance solidaire, qui passe par la décroissance de notre consommation dans certains domaines, afin d’assurer les conditions d’un développement vraiment durable dans les pays du Sud.

Décroissance ? Le mot est peu attirant, car il est à la fois contre-intuitif, porteur d’une lourde charge idéologique, et insupportable, sans doute, pour ceux qui font les frais d’une croissance ralentie. Pourtant, nous nous illusionnons en espérant la reprise de la croissance selon les modalités que nous avons connues au cours des décennies passées. Il faut savoir regarder la réalité et admettre que la croissance, telle qu’elle est encore conçue aujourd’hui, est suicidaire pour l’humanité. Parler de tempérance solidaire, c’est d’abord parler d’un mode de vie et d’une façon d’être en société ; et c’est peut-être dans les temps de crise, comme en temps de guerre, que l’appel à la créativité en vue d’une transformation radicale de l’appareil économique est le plus fort. Tempérance semble s’opposer à passion. C’est une erreur ! Il s’agit, au contraire, d’être des passionnés de la solidarité, et c’est bien dans cet élan que nous apprendrons à être tempérants.

Tempérance pour consommer moins et autrement ; tempérance pour mettre de la mesure face à l’hybris de nos comportements prédateurs, et pour identifier les limites de notre monde commun. Elle est possible ! Nous disposons d’un trésor inouï : un évangile qui nous invite à la béatitude de la pauvreté, à l’équilibre, au partage, tout en faisant sans cesse éclater, dans le champ théologal, dans le champ du Royaume, toutes nos jauges : n’est-il pas dit dans l’Évangile de Saint Luc ‘donnez et on vous donnera, c’est une bonne mesure, tassée, secouée, débordante qu’on versera dans le pan de votre vêtement, car c’est la mesure dont vous vous servez qui servira aussi de mesure pour vous.’ (Luc 6,38) ? Derrière l’obsession de la maximisation du profit et la fuite éperdue vers le toujours plus, que de peurs et que de manques d’audace ! Il nous faut apprendre à nous saisir des capacités offertes par les nouvelles technologies, par les innovations techniques, comme un tremplin vers une économie à la fois locale et reliée ; porteuse de sens, peu gourmande en énergie et favorable à des maillages multiples. Il nous faut apprendre aussi à privilégier des styles de vie qui évitent de dépenser des sommes folles pour réparer les dommages que nos prétendus « progrès » ont engendrés. Il nous faut donc maintenant consentir à la remise en cause radicale de notre modèle de croissance pour parvenir à une meilleure qualité de vie.

« Tout ce qui est à moi est à toi », dit le Père prodigue à son fils – à ses fils. Avons-nous l’audace aimante de croire que tout nous est donné pour tous ?

Emmanuel FABER, vice-président du Groupe Danone

Parler de mode de vie, c’est parler de la vie.

Dans la mienne, je cours le monde en essayant de concilier ce que je vis et ce que j’espère. Mais après tout, n’est-ce pas ce que nous sommes chacun appelé à faire, et donc qu’ai-je vraiment de si important à vous dire ?

Je viens de la montagne. J’en suis descendu mais je lui appartiens. Elle m’habite comme je l’habite intérieurement. Elle est pour moi un lieu extraordinaire où dans le silence du vent surgit l’immense question :

« Qu’est-ce que la vie » ?

Là-haut, continue de souffler le vent d’altitude qui y a dispersé et semé les paroles de Vie, et dont l’écho résonne encore : « Heureux les pauvres de cœur ! »

Au moment de discourir sur nos modes de vie, réalisons-nous qu’il ne peut y avoir de commune mesure entre nos pensées, même les plus abouties, entre nos mots, même les plus sublimes, qui les expriment, et cette parole qui a pris chair un jour sur la montagne, et dont la trace demeure dans l’Écriture et dans le regard des fous ?

Regarder en face l’étroitesse de mon mode de vie, l’exigüité de ma conscience, l’indigence de mes certitudes, le gouffre de mes doutes, la fragilité de mes espoirs, la pauvreté de mes joies.

Au nom de quoi accepterai-je, ici surtout, le devoir de parler ? Alors que ce sont précisément ceux qui n’ont pas la parole qui pourraient nous enseigner : « heureux les pauvres, les doux, ceux qui pleurent, ceux qui sont persécutés pour la justice ».

Qu’ai-je fait de cette parole-là, qui nous traverse malgré l’opacité de nos êtres ?

Accueillez donc mes quelques mots comme un tâtonnement. Ma foi est aveugle. Mon corps est fatigué. Mon esprit embrouillé. Mais quelque chose en moi, que je ne sais nommer, a entrevu une lueur, fragile. Oui : « un autre monde est possible ! » Pour vous-même prenez ces mots à la hâte, « ceinture aux reins, sandales aux pieds » comme le dit l’Écriture. L’essentiel est ailleurs, plus loin sur votre chemin. Sans doute dans le silence.

Sauf à rêvasser, ne croyons pas pouvoir accéder à un autre mode de vie, à une autre économie, sans traverser ce silence intérieur, qui nous est si inconfortable, et d’où seul pourtant peut naitre le vrai désir.

Qu’est ce que la vie ?

Il y a 2000 ans, on ne comptait guère plus de 200 millions d’humains. Notre développement a été incertain pendant des siècles, menacé par les guerres, les famines, les maladies : au XIVe siècle, la grande peste a amputé d’un tiers la population européenne, qui mettra un demi-millénaire à revenir au même niveau.

Le progrès technique avec l’émergence de l’ère industrielle, à partir du XVIIIème, va faire exploser notre population qui en deux siècles atteindra 2 milliards en 1930 puis 4 en 1975, et maintenant 7. Au point de menacer nos écosystèmes.

Pendant ce temps, s’est creusé entre nous un fossé abyssal : des fortunes se sont amassées, qui nous ont laissé l’héritage visible de la brillance des arts et des techniques qu’elles ont su favoriser et financer. Nous admirons ces civilisations, mais Rome et tout ce que nous en avons hérité n’a existé que grâce à l’esclavage, auquel étaient réduits 20% de ses habitants. Et l’immense majorité des Européens ne vivait pas mieux au XVIIIe siècle que 2000 ans avant en Afrique ou au Moyen-Orient.

Comme le rappelle Daniel Cohen, un esclave antique gagnait l’équivalent d’un dollar par jour, tout comme un paysan français au XVIIe, un ouvrier anglais au XIXe, et une personne pauvre en Inde ou en Afrique aujourd’hui. Pour ces femmes et ces hommes, aucune amélioration du niveau de vie en deux millénaires. Il n’y a pas eu d’âge d’or.

Il faut donc voir la mondialisation comme un processus de convergence des niveaux de vie inéluctable et souhaitable. Elle me semble être la seule possibilité d’avènement d’une économie véritablement inclusive, à la double et difficile condition de reconnaitre d’emblée que son enjeu est social et culturel, et que celui du commerce international est celui de l’équité, ce qui doit dicter sa régulation.

Nous allons devoir apprendre à vivre à quatre générations, avec des taux de croissance faibles voire négatifs pour nos économies dites « développées », et cela sans doute durablement, car le phénomène de rattrapage des « 30 glorieuses » ne présage en rien de la croissance à long terme. Parvenus à la frontière des connaissances de l’humanité, nos pays entrent de plus dans une période de « dividende démographique » négatif, c’est-à-dire où la proportion de la population dite « active » décroit du fait du vieillissement.

L’Angleterre du XIXe siècle, à l’apogée de sa puissance, théorisait sur le bail de droit divin qu’elle détenait sur l’univers, et a pourtant connu deux siècles de déclin inexorable. « Les civilisations sont mortelles ». Pour conjurer cette vérité, il nous faudra sans doute travailler plus et plus longtemps, et peut-être même, en moyenne, gagner moins.

Cette transition ne sera pas vivable sans inventer une toute autre économie.

La conception dialectique du travail et du capital, du temps de travail et du temps libre ont été nécessaires pour comprendre et actionner les forces en jeu, et faire progresser la conscience et la pratique des acteurs économiques. Mais elle renferme une opposition qui ne permet pas de rendre compte de ce que devra être, dans cette nouvelle économie, le travail dans sa dimension intégratrice de la personne humaine, conçu comme lieu fondamental de la mise en relation, qu’il soit rémunéré ou pas, formel ou pas, organisé collectivement ou pas. Et il faudra à ce titre valoriser de façon tangible ce qui ne l’est pas aujourd’hui. Par exemple, l’allaitement maternel, l’éducation des enfants, ou la veille des aînés.

La façon d’appréhender la performance au travail devra aussi intégrer la dimension relationnelle de celui-ci. Aucune performance économique n’est individuelle. Un trader, en apparence seul devant son écran, n’empoche un gain que grâce à toute l’infrastructure technique et à la réputation de la firme qui l’emploie, sans compter la formation qu’il a reçue. La performance individuelle est une illusion. Nous devons reprendre conscience des biens collectifs, privés et publics qui sous-tendent l’efficacité de notre travail et les reconnaître dans la rémunération de celui-ci.

Alors que oikos nomia est l’art de vivre ensemble, nous avons créé une économie de transaction, « où nous sommes quittes ». Une économie qui coupe la relation, qui sépare au lieu de relier, qui déracine au lieu de situer, est une économie morte et mortelle. Car je crois que nous sommes des êtres de relation. Plus que la capacité à faire des choix, comme le propose Amartya Sen, ce qu’il faut préserver c’est la capacité à être en relation. Toute pauvreté peut se comprendre comme conséquence d’une non-relation. Relisons Mauss et l’économie du don pour réaliser quelle richesse humaine nous avons perdue en passant du troc au tiroir-caisse ; et quelle exclusion nous avons générée pour ceux qui n’ont pas de carte bancaire ou d’adresse internet !

Pour vivre tous ensemble (et j’insiste sur le mot « tous »), il nous faudra pour la plupart apprendre à manquer un peu d’« avoir plus » et à combler ce manque par la surabondance de l’être dans la relation. C’est le prix à payer pour qu’accèdent à un niveau de vie plus proche du nôtre ceux qui en sont exclus, ici et ailleurs.

Est-il si certain que nous perdions au change ? Et avons-nous d’ailleurs le choix ?

Sans cela, nos économies seront inéluctablement étranglées par la montée des dépenses de santé, de retraites et des transferts sociaux. Alors, plutôt que de nous enfermer dans les seules logiques d’austérité budgétaire, il me semble être l’heure de se poser une question : serions-nous prêts à réinvestir une partie de nos gains de niveau de vie des dix dernières années pour inventer l’économie de demain ? Le seuil de niveau « élevé » de l’indice de développement humain dans les pays de l’OCDE a progressé de 8% au cours des dix dernières années. Vivons-nous vraiment mieux ? Pour redonner à chaque génération la place qui lui revient dans un projet commun, qui serait prêt, pour quelques années, à vivre comme il y a dix ans, et à consacrer le surplus de son niveau de vie, s’il existe, à l’investissement dans l’invention d’une autre société ?

Certains d’entre nous, parmi les plus aisés, seraient-ils prêts à envisager, au-delà d’une fiscalité marginale plus forte, une initiative volontaire, pour cet effort commun, où la société aura besoin non seulement de l’argent qu’ils pourront mettre à la disposition de ce projet, mais aussi de leur énergie et de leurs compétences ?

Quelle gouvernance inventer pour cela ? Nous pouvons relire la sociocratie d’Ehrenburg, et les travaux d’Elinor Ostrom qui montrent la pérennité des communautés dotées de processus de choix collectifs forts, reflets de valeurs partagées. Ces travaux attribuent aussi aux systèmes polycentriques un rôle-clé dans la résolution des problèmes d’action collective. Nous pouvons nous en inspirer.

Au fond, avons-nous suffisamment confiance dans ce que nous sommes, chacun et collectivement, pour remettre à demain certains modes de sur-consommation parfois régressifs et leur préférer l’investissement dans l’avenir d’une société plus en relation avec tous ?

Ce partage de l’aujourd’hui pour demain implique tout d’abord de recourir massivement à l’économie d’usage plutôt qu’à la propriété exclusive. Les fonctions essentielles telles que « j’habite », « je me nourris » et « je me déplace » représentent plus de la moitié des dépenses des ménages en France et des études récentes menées à HEC ont montré qu’il serait envisageable que 20 à 40% de ces dépenses soient fonctionnalisées. Quelle place ferons-nous dans nos modèles d’entreprise, d’artisanat, de commerce, de consommation, à l’économie de fonctionnalité pour partager l’usage des biens et des services concernés, et en réduire le coût et l’impact écologique ? Et dans le prolongement, quelle place sommes-nous prêts d’ailleurs à faire de nouveau, par choix de société, à la commensalité, à la convivialité, à l’hospitalité ?

Pour aller plus loin, dans un contexte de rareté des ressources, se posera bien sûr la question de leur propriété, qui devrait ne pas nuire à l’optimisation de leur usage. Pour cela, il semble incontournable de réintroduire dans l’agir économique le discernement entre l’utile et l’inutile.

Contrairement aux théories sur la vitesse de circulation de la monnaie qui serait facteur de richesse, j’affirme que l’échange ne crée pas de richesse en soi. Il ne génère que les conditions d’une création de valeur, en permettant la réallocation des ressources. Mais ce qui crée de la valeur, c’est seulement la modification du taux d’usage de ces ressources à l’issue de leur échange. Le mobile de l’échange est donc essentiel pour asseoir son utilité.

On voit bien du coup que faire de la finance la finalité de l’économie est dangereusement absurde.

Les franciscains, refusant la capitalisation, durent au XIIIe siècle penser la valeur sociale de l’argent, de son excès, et de sa juste réallocation. Ils furent ainsi les premiers à conférer un rôle social essentiel aux marchands, pourtant loin d’être en odeur de sainteté dans la société médiévale. Mais l’honnêteté et l’expertise du marchand furent, dans le même instant, posées comme des vertus fondamentales, à la fois nécessaires et suffisantes, pour le fonctionnement juste de l’économie.

Plus tard, les juristes du XVe siècle établissent que le prix « à dire d’expert » est celui qui respecte au mieux l’intérêt de chacune des parties dans une transaction commerciale. L’expert est « le marchand qui jouit dans l’enceinte de la cité de la meilleure réputation ». Il ne s’agit pas du plus habile, ni du plus puissant, ni encore du mieux payé, ou de celui dont les aventures défraient la chronique. Mais de celui en qui on peut avoir confiance, dont l’expérience, la capacité à prendre du recul, à traiter les personnes et les choses avec équanimité, ont fait la réputation. Sur lui repose tout le système que nous avons bâti en Europe il y a cinq siècles. C’est ainsi que ce prix est encore aujourd’hui appelé en termes juridiques « fair market value » : le juste prix, formé dans un mécanisme de marché. Et la notion de « bonne foi » suffit dans les contrats commerciaux à résumer en deux mots l’intention des parties et à la faire respecter en justice.

Comment une économie pourrait-elle être durable sans bonne foi, équité, mesure, sans tempérance ? Il faut refuser la régression néo-libérale qui vise à exclure de l’économie la notion de gratuité. Je l’affirme sans détour : la théorie de la main invisible du marché propagée par le capitalisme anglo-saxon est une très dangereuse tautologie.

Recourir à la pensée systémique (du type « c’est le système qui veut ça, et après tout, si ce n’est pas moi, quelqu’un d’autre le fera ») est un alibi facile pour notre conscience. Mais la limite entre intérêt et gratuité passe au cœur de la conscience de chacun, et nulle part ailleurs ; chacun, par son agir économique et social, est engagé dans la totalité de sa personne et donc à ce titre, ne peut en rien justifier le totalitarisme de son comportement par une quelconque « loi du marché ».

Au contraire, la technique met à notre disposition des biens et des services dont la complexité et l’ambivalence de leur puissance requièrent un sursaut de conscience pour l’humanité d’aujourd’hui. Le fait que nous puissions y accéder de plus en plus par des transactions qui sont anonymes, instantanées et dématérialisées exige de notre part l’exercice d’une conscience d’autant plus aigüe que ces conditions amputent la relation qui les sous-tend de tout ce qu’elle a d’humain et restreignent donc notre propre champ de conscience de ces enjeux.

Nous sommes, chacune et chacun, les acteurs de l’économie que nous vivons. De ma seule tempérance, de la justesse de mes choix dépend le sort de celles et ceux qui, bien que souvent invisibles dans la complexité des chaines de production modernes, en sont de plein droit les acteurs, tout autant que moi.

Vous le voyez, la réponse à la question de nos modes de développement n’est pas dans un système, mais dans la conscience, le cœur, l’espérance de chacun. N’attendez pas d’un homme politique qu’il applique ce programme. Commençons par nous-même. Car c’est de nous-même que, par envie, par peur, nous nous sommes séparés en acceptant d’opposer production et consommation, économique et social, public et privé, intérêt et gratuité. Tout cela n’est qu’un tout au cœur de nos vies.

Sentons-nous brûler ce feu intérieur dans lequel se consument ensemble l’innommable souffrance humaine et la merveille de la vie ? Dans le très-bas de nos vies, c’est à une lente mais urgente réconciliation avec nous-même que nous sommes invités.


Biographie M. Emmanuel Faber

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Né le 22 janvier 1964, Emmanuel Faber, marié et père de trois enfants, est actuellement vice-président du groupe agroalimentaire Danone. Après des études commerciales effectuées à HEC, il a choisi de s’orienter vers le monde de la finance, en débutant sa carrière comme consultant chez Bain & Company puis chez Baring Brothers. C’est en 1997 qu’il rejoint le groupe Danone, en tant que directeur financier.
Avec l’appui du président de la multinationale Franck Riboud, Emmanuel Faber et les équipes de Danone ont mis au point plusieurs outils relevant de l’entreprenariat social et développé des formes différentes d’activité économique. La plus célèbre est la filiale commune créée au Bangladesh avec la Grameen Bank de Muhammad Yunus, l’inventeur du microcrédit : une usine prototype qui produit des yaourts hautement nutritifs à prix très bas dont le lait est fourni par des éleveurs locaux et les produits commercialisés par des colporteuses travaillant à leur compte.
Dans son dernier livre, Chemins de traverse. Vivre l’économie autrement, 2011, il milite avec conviction pour un autre fonctionnement de l’économie, cherchant « un chemin de conscience » afin de montrer qu’« un autre monde est possible ».

Biographie Sr Cécile Renouard

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Née en 1968 et religieuse de l’Assomption depuis 1991, Sr Cécile Renouard est aujourd’hui maître de conférences en philosophie au Centre Sèvres (Facultés Jésuites de Paris), enseignante à l’école des Mines de Paris, et directrice du programme de recherche « Entreprise et développement des pays émergents » à l’ESSEC. Dans le cadre de conventions de recherches, elle étudie l’impact sociétal de projets menés par de grands groupes (de secteurs variés : pétrole, eau, recyclage) dans des pays du Sud (Nigéria, Indonésie, Inde). Membre du Secrétariat International « Justice, Paix, et Intégrité de la création » des Petites Sœurs et Religieuses de l’Assomption, Sr Cécile Renouard est l’auteur de La Responsabilité éthique des multinationales (PUF 2007), Un monde possible (Seuil 2008), Michaël Walzer ou l’art libéral du civisme (Temps Présent 2010) ; elle a codirigé avec Gaël Giraud 20 Propositions pour réformer le capitalisme (Flammarion 2009, 3ème édition révisée, collection « Champs », 2012).

[1Marie-Eugénie Milleret, « Du dégagement joyeux des choses terrestres », Instruction de chapitre du 5 mai 1878, Œuvres Complètes

[2Dietrich Bonhoeffer, Résistance et soumission, Lettre du 29 Mai 1944, Genève, Labor et Fides, 1973, p.321.

[3Benoît XVI, Encyclique Caritas in Veritate, 2009.

[4Cécile Renouard, La Responsabilité éthique des multinationales, Paris, PUF, 2007.

[5John Rawls, Théorie de la justice, 1971, Paris, Seuil, 1987.

[6Jean-Paul II, Discours à la troisième conférence générale de l’épiscopat latino-américain, Puebla (28 janvier 1979), I/8 : AAS 71(1979) 194-195.

[7Jean-Paul II, Encyclique Sollicitudo Rei Socialis, 1987.

[8Paul Ricœur, Amour et Justice, 1990, Seuil, Collection Points, 2008.

[9Paul Ricœur, Lectures 3. Aux frontières de la philosophie, Paris, Seuil, « La couleur des idées », 1994, « Entre philosophie et théologie I : la règle d’or en question » (1989), p .279.

[10Gaël Giraud et Cécile Renouard (dir.), 20 Propositions pour réformer le capitalisme, Flammarion, "Champs", 3ème édition révisée, 2012.

[11Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne