Chaque année depuis 2001, l’association "Aux Captifs, la libération" réunit les artistes sans domicile pour un Festival de la Rue sur le parvis de Notre-Dame de Paris. Le projet remporte un franc succès. Impressions des bénévoles et artistes de la rue qui se sont lancés dans l’aventure.
Informations pratiques sur le Festival Rue 2012
Témoignage de Claude
« Pendant le festival, j’ai papoté avec ceux des autres antennes que je connaissais. Je l’ai trouvé encore mieux que l’année dernière plus « pro », plus beau…
J’étais là du jeudi matin au lundi, j’ai aidé Aurore (l’organisatrice) à transporter tout le matériel. J’étais là pendant le montage, le démontage et pendant le festival, je surveillais. Je vérifiais qu’il n’y ait pas de problème. C’est beaucoup de travail, beaucoup de fatigue !
Le festival est un bon truc pour que les gens voient ce qui se passe pour les personnes qui habitent dehors. Il peut peut-être changer le regard que l’on porte sur la rue. Ca sert, faudrait faire ça deux fois par an. »
David
David Bertrand, est passé sur scène pour faire un one-man-show dans l’art de l’improvisation.
Aurore (de l’association Aux Captifs la Libération) : Qu’est ce que tu aimes, qu’est ce qui est important pour toi quand tu montes sur scène comme ça ?
David : Ce qui est important pour moi quand je monte sur scène, c’est que j’ai l’impression de vivre des choses et de montrer aux gens que tous ceux qui ont des précarités et des difficultés dans la vie, et bien qu’on peut très bien faire des choses extraordinaires et aussi pour montrer aux gens qu’on est là, qu’on veut montrer aussi tout le talent qu’on peut sortir et qui est là tout au fond de notre cœur, qu’on peut l’exprimer aussi à des gens simplement pour faire du bien et ça peut leur apporter beaucoup de choses.
Philippe
Philippe est, lui, artiste intermittent du spectacle et poète de rue.
Aurore : Vous avez déclamé quelques poèmes sur scènes tout à l’heure, c’est des poèmes que vous écrivez ?
Philippe : Oui, je les écris moi-même dans la rue, quand l’inspiration me vient, quand des moments de colère, ou de révolte, ou de compassion me viennent vis-à-vis de mes amis de la rue, c’est mon moyen de lutte, c’est mon moyen d’expression
Aurore : Est ce que vous pourriez nous lire un poème ?
Philippe : Lorsque dans la vie rien ne va plus, lorsque les problèmes tourmentent l’esprit et que l’argent te cause tant de soucis, repose-toi s’il le faut mais n’abandonne surtout pas. Lorsque trop d’erreurs ont été commises, que tout ton univers menace de s’écrouler et que fatigué, tu sens la confiance t’abandonner, repose toi s’il le faut mais n’abandonne surtout pas. Tu sais, la vie est parfois étrange avec son lot de surprise et d’imprévus, il ne nous est pas donné de savoir combien d’étapes nous devrons franchir, combien d’obstacles nous devrons surmonter avant d’atteindre le bonheur et la réussite. Combien de gens ont malheureusement cessés de lutter, alors qu’il aurait peut être fallu un petit pas de plus pour transformer un échec en réussite et pourtant, un pas à la fois n’est jamais trop difficile. Tu dois donc avoir le courage et la ténacité nécessaires pour faire ce petit pas de plus en affirmant que la vie est une grande et puissante amie qui se tient toujours à tes côtés, prête à te porter secours. Tu verras alors que cette attitude appellera du fond de toi-même des forces de vie que tu ne soupçonnes même pas et qui t’aideront à réaliser ce que tu entreprendras. Mais surtout et avant toute chose, rappelle toi bien ceci : quand, dans ta vie, des moments difficiles viendront, repose-toi s’il le faut, mais n’abandonne surtout pas.
Jean-Claude
Jean-Claude vit à côté de la Cathédrale, rue du petit coq, avec ses colocs, Etienne, Guénola, Anne, Jeanne, bref, je vais pas donner tous les noms parce que c’est un peu dur. Avec moi y a Luc, Guillaume, Michel, Bruno
Aurore : Vous êtes venu au Festival de la Rue et très gentiment vous nous donnez un coup de main. Qu’est ce que vous faites ?
Jean-Claude : Le Festival de la Rue moi je le trouve très bien y en a qui viennent discuter avec le personnel des captifs…
(...) Ben j’aide pour remettre les livres dans la vie, ça part très bien, je remercie ma petit Laure.
Aurore : Je crois que c’est vous qui avez cuisiné, avec d’autres personnes et qui avez servi les gens pour le cocktail ?
Jean-Claude : C’est moi qui ai fait le cocktail [de vernissage], quand j’étais au bar, à côté, toute la soirée ! Jusqu’à la fermeture…
Aurore : Un grand merci à Jean-Claude de tout l’aide qu’il nous apporté pour le festival. Je crois que tout le monde le remercie de son sourire à l’entrée, et des distributions des programmes, et du journal La Vie qui était distribué à tous ceux qui sont venus nous voir.
Pierre
Pierre est artiste et vient exposer à Notre Dame des tableaux et des papiers collés.
Aurore : Effectivement, le festival de la rue est un espace où les personnes de la rue peuvent exposer ce qu’ils ont travaillé dans les différents ateliers des différentes associations mais également de montrer tous les talents qu’ils ont naturellement et qu’ils travaillent. Est-ce que vous avez eu l’occasion de discuter avec les différentes personnes qui regardaient vos tableaux ?
Pierre : Oui.
A : Quel sont les commentaires que vous avez entendus ?
P : Particulièrement sur une des œuvres que j’ai faite, j’ai eu beaucoup de félicitations ! Ce matin, j’étais absent et puis quelqu’un avait été admiratif devant ce que j’avais fait…
A : Ça fait beaucoup de travail le papier collé ?
P : Ça dépend, il y a du travail pour certaines…
A : Qu’est ce que ça représente ce que vous avez fait ?
P : Alors, ça représente une attaque de drakkars au début du Moyen-Age et une ville qui est en train de brûler des drakkars qui s’en vont.
A : Pierre, un grand merci de votre témoignage, bravo pour votre succès, félicitations de vous être exposé vous-même à travers vos œuvres et merci pour le coup de main généreux que vous nous avez donnée tout au long de ces trois jours.
