10 janvier 2011
Jusqu’au 10 janvier 2011, les galeries nationales du Grand Palais proposent une exposition sur l’art en France entre Moyen Age et Renaissance, à la date charnière de 1500. Même pour ceux qui ne sont pas historiens ces mots résonnent abondamment.
Communication de Sylvie Bethmont-Gallerand.
Un nouvel ordre du monde
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- Léonard de Vinci vers 1495-1497, Paris, musée du Louvre.
Il suffit d’évoquer Michel-Ange, Raphaël ou Léonard de Vinci pour voir surgir la Renaissance italienne [1] . Et la date de 1492, nous conduit, à la suite de Christophe Colomb, à la découverte du Nouveau Monde. En quelques années autour de 1500, alors que Maximilien d’Autriche devient empereur romain germanique, règne un nouvel ordre du monde. Car très vite l’Espagne et du Portugal vont s’en partager les nouveaux territoires allant du Brésil à l’Inde. Le nord de l’Europe est également florissant, en témoigne le port d’Anvers, premier lieu d’échange de tous les produits circulant en Europe, qui domine le système bancaire de l’époque. Gutenberg, ayant eu l’heureuse idée des caractères mobiles pour composer les textes, vers 1440, les livres imprimés, illustrés de gravures sur bois puis métal, deviennent des outils de connaissances plus largement accessibles.
Et la France ? Si l’on en croit les livres d’histoire, autour de 1500, ce n’est pas le pays le plus rayonnant de l’Europe en cette période charnière.
Deux rois pour le « jardin de France »
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- Louis XII sortant de la ville d’Alexandrie pour aller à Gènes.
L’exposition « France 1500 » se propose de nous faire découvrir la place réelle dans l’histoire de la culture et des arts, du « jardin de France », comme on appelait alors notre pays. Sous Charles VIII (1483-1498) puis Louis XII (1498-1515), accompagnés de leur commune épouse, Anne de Bretagne, la France est décrite à l’image d’un Paradis semé de fleurs de lys. C’est alors le plus grand pays d’Europe, vivant une période de paix et de reconstructions intenses après la fin de la guerre dite « de cent ans ». Plus unifiée que l’Italie et ses multiples royaumes, la France est le lieu d’un intense mécénat princier donnant naissance à de multiples foyers artistiques. Ainsi, sont présentés successivement au premier niveau de l’exposition, les foyers du Val de Loire (lieu de séjour des souverains), du Bourbonnais, de la Normandie, de la Champagne et du Languedoc [2]. Autant d’invitations aux promenades touristiques et culturelles à la suite de la visite de l’exposition.
Trois grands axes structurent la présentation de plus de 200 œuvres : « Aux sources de la création : clients et artistes », « L’image dans tous ses états » et « Echanges Nord/Sud ». Le visiteur peut cueillir en ce « jardin », des exemples éminents des créations dans tous les domaines des arts, (sculpture, peinture, vitraux, orfèvrerie, émaux, médailles, arts du livre…)
Un nouvel ordre spirituel et intellectuel
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- La Vierge de l’Annonciation (dét.), Jean Hey, dit le « maître de Moulins », 1490-1495.
Chaque période dite de « Renaissance » a permis de relire le présent à la lumière de l’Antiquité. Or si nous connaissons les auteurs de l’Antiquité tels Ovide ou Flavius Josèphe, c’est parce qu’ils n’ont jamais été oubliés des bibliothèques monastiques où ils étaient recopiés. En ces débuts de la Renaissance, les rois et les grands, en commandent des compilations, des traductions en langues communes, des éditions moralisées que bientôt l’imprimerie va permettre de diffuser à travers toute l’Europe.
Mais quelle que soit la place que les historiens ont assignée à cette période charnière, (« Automne du Moyen Age », période de transition, débuts de la Renaissance), la spiritualité tient encore une place première dans la réalisation d’images majoritairement religieuses. Faut-il suivre les concepteurs du parcours nous présentant comme une nouveauté de l’époque « une spiritualité inquiète » ? Il suffit de contempler la douceur des Vierges à l’enfant sculptées tourangelles ou la paix radieuse qui émane des tableaux du Maître de Moulins (Jean Hey) pour se rassurer sur la spiritualité de leur contemporain [3] . Certes, aux côtés de l’iconographie sainte héritée des siècles précédents (surtout celle du Nouveau Testament et des vies des saints), naissent de nouvelles thématiques en particulier macabres (Dict des trois morts et des trois vifs, ou Danses macabres nées à Paris, au cimetière des Innocents).
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- La vertu de Prudence, représentée sous les traits de Louise de Savoie.
Elles sont fascinantes car savantes, comme ces œuvres tirées des triomphes de Pétrarque ou ces figures allégoriques créées pour les grands de ce monde [4]. Mais leur accès semble encore limité, en ces temps d’échanges culturels, car elles ont été créées d’abord pour le plaisir et l’érudition des plus aisés, ceux qui ont accès aux livres. En cette fin du Moyen Ages, la spiritualité monastique, le mépris du monde, la méditation des fins dernières deviennent accessibles à ceux qui peuvent s’offrir un livre d’heures. L’exposition en montre un grand nombre offerts dans des berceaux de lumière douce.
D’heureux mélanges
L’abondance d’œuvres ne nuit pas à leur découverte. Voyageant du Nord au Sud de l’Europe le visiteur, au-delà de l’émerveillement, a la possibilité de « se faire l’œil », d’établir lui-même les rapprochements visuels, les comparaisons entre les styles qui lui permettront de découvrir les bases de notre modernité plurielle [5].
- Galeries nationales, Grand Palais, jusqu’au 10 janvier 2011. 3 avenue du Général Eisenhower, 75008 Paris. Entrée : Clemenceau. M° Franklin-Roosevelt ; Champs-Élysées-Clemenceau. Bus : lignes 28, 32, 42, 72, 73, 80, 83, 93 [6]
Sylvie Bethmont-Gallerand
[1] Image 1 Léonard de Vinci, portrait présumé de Lucrezia Crivelli, dite (à tort) « la belle ferronnière », Milan, vers 14 95-1497, Paris, musée du Louvre. Léonard de Vinci terminera sa vie au service des rois de France, cette œuvre a été acquise par Louis XII.
[2] Image 2 Jean Bourdichon, Louis XII sortant de la ville d’Alexandrie pour aller à Gènes. Jean Marot, Le voyage de Gènes, Tours vers 1508, BnF ms. fr. 5091 fol. 15v , cat. RMN n° 51.
[3] Image 3 La Vierge de l’Annonciation (dét.), Jean Hey, dit le « maître de Moulins, 1490-1495, Chicago, The Art Institute.
[4] Image 4 La vertu de Prudence, représentée sous les traits de Louise de Savoie, François Demoulins, Traité des vertus cardinales, Lyon, après 1509 ( ?), Paris, BnF ms. fr. 12247, fol. 4. Catalogue RMN p. 288-289. Louise de Savoie fut la mère, le guide et la formatrice du futur François Ier. Appelée Minerve ou Pallas, elle tient en mains, le compas qui règle sa vie et celle de son fils. Le compas était l’attribut de Dieu créateur dans les illustrations médiévales du livre de la Genèse.
[5] L’Europe autour de l’an 1500. Quelques dates et personnalités :
1483 : Charles VIII (1470-1498), roi de France. Fils de Louis XI. Epouse Anne de Bretagne en 1491. Mène les guerres d’Italie.
1484 : Savonarole débute sa prédication à Florence ; il sera brulé en 1498.
1492 : Prise de Grenade par les Rois catholiques et expulsion des juifs de la péninsule ibérique
- Mort de Laurent le Magnifique
- Christophe Colomb découvre l’Amérique
1493 : Maximilien Ier de Habsbourg (1449-1519), empereur romain germanique. Épouse en 1477, Marie de Bourgogne, fille de Charles le Téméraire, puis en 1490, Anne de Bretagne (mariage annulé par Charles VIII), puis Blanche-Marie Sforza. Grand Père de Charles Quint qui lui succèdera.
1494-1495 : Charles VIII mène les guerres d’Italie.
- Traité de Tordesillas qui établit le partage du Nouveau Monde entre l’Espagne et le Portugal.
1497 : Départ de l’expédition de Vasco de Gama, découverte de la route des Indes
1498 : Louis XII, roi de France (1498-1515). Epouse Anne de Bretagne, veuve de Charles VIII. Les guerres d’Italie, qu’il poursuit, se soldent par un échec (1512).
- Georges d’Amboise (1460-1510) cardinal de Rouen. Négocie le mariage de Louis XII et d’Anne de Bretagne, premier ministre de ce roi et mécène fastueux. Les stalles de la chapelle de son château de Gaillon sont toujours visibles en l’abbaye de Saint-Denis. Elles témoignent des débuts en France du goût pour la Renaissance italienne.
1498-1499 : Michel-Ange sculpte la Pietà (Basilique Saint-Pierre, Vatican)
1500 : André Conçalves et Amerigo Vespucci puis Pedro Alvarez Cabral explorent les côtes du Brésil.
1503 : Election du pape Jules II (Julien Della Rovere 1443-1503). Mécène et protecteur des arts. On lui doit la commande du chantier de l’actuelle basilique Saint-Pierre de Rome, les fresques de Michel Ange à la Chapelle Sixtine. C’est sous son pontificat que Luther découvre le trafic des indulgences.
1507 : Waldsemuler baptise Amérique le Nouveau Monde
- Luther est ordonné prêtre.
1508 : Henri VIII (1491-1547), roi d’Angleterre
1515 : François Ier (1494-1547), roi de France
[6] Renseignements pratiques. Ouverture : jusqu’au 10 janvier, de 10h à 20h, nocturne le mercredi jusqu’à 22h. Fermé le mardi et le 25 décembre. Fermeture exceptionnelle à 18h00 les 24 et 31 décembre.
Les visiteurs de l’exposition bénéficient du tarif réduit aux musées de Cluny et Ecouen, sur présentation du billet d’entrée et ce durant toute la période de l’exposition. (Pas de réservation possible ni de billet pour les visiteurs bénéficiant de la gratuité).
Visite simple. Tarif : 11 € / 8 € (13-25 ans, famille nombreuse, demandeur d’emploi). Gratuit pour les moins de 13 ans, les bénéficiaires du RSA et du minimum vieillesse.
Visite guidée. En salle, 1h30, (hors jours fériés) : les lundis, jeudis, vendredis et samedis à 15h00, les mercredis à 15h30 et à 19h00. Tarif unique : 16 € (Abonné Sésame : 7 €).
Visite atelier enfants (8-12 ans). La visite-atelier dure deux heures et se déroule en deux temps : une visite de l’exposition (durée 45 minutes) ; un atelier pratique (durée une heure et quart). La visite et l’atelier sont animés par un conférencier de la RMN. Seuls les enfants participent à la visite.
Catalogue édité par la RMN : 49 €.
En complément de cette exposition, deux visites sont possibles :
- Musée de Cluny, 6 rue Paul Painlevé, 75005, Paris. Exposition « D’or et de feu. L’art en Slovaquie à la fin du Moyen Age », jusqu’au 10 janvier 2011. Tel : 01 53 73 78 16
- Musée national de la Renaissance, Château d’Ecouen, 95440 Ecouen. Tel : 01.34.38.38.50