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Actualité

 

La nouvelle mission de Ste-Colette (19e)

Depuis mars 2008, la paroisse Ste-Colette (19e) accueille et accompagne les couples qui n’arrivent pas à avoir d’enfant. Retour sur la genèse de cette mission pastorale unique à Paris.

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Photo : D.R

« Lorsqu’en 2004, j’ai été nommé curé de Ste-Colette, j’ai découvert une paroisse mal en point, explique le P. Jean-Pierre Berny. Les messes dominicales rassemblaient tout au plus 70 personnes. Il faut dire que sa situation géographique rend la mission difficile : l’église est pour ainsi dire coincée entre une importante communauté de juifs loubavitchs et une communauté musulmane… » Malgré cela, le Père cherche alors un moyen de redynamiser la communauté.

Au commencement… une cloche

Très vite, il mobilise ses paroissiens autour d’un projet fédérateur : l’achat et l’installation d’une cloche. Commande à l’artiste, collecte des fonds, communication dans les médias… En mars 2005, la cloche sonne pour la première fois. Les paroissiens sont fiers et, dans le quartier, les réactions sont positives. Malheureusement, la cloche ne suffit pas à donner une nouvelle impulsion à cette paroisse du 19e. « Je ne savais pas quoi faire, confie le P. Jean-Pierre Berny. Alors, j’ai commencé à me documenter sur sainte Colette, patronne de l’église. Traditionnellement, les couples l’invoquent lorsqu’ils n’arrivent pas à avoir d’enfant. » A force de recherches, le Père réalise qu’en région parisienne, il n’existe aucun lieu de prière et de dialogue pour les couples traversant cette épreuve. Lui vient alors une idée audacieuse : transformer sa petite paroisse en un lieu de pèlerinage et d’accueil pour ceux qui ne parviennent pas à avoir d’enfant.

Une statue et un pèlerinage

Dans les mois qui suivent, le Père fait réaliser une statue de sainte Colette. Présidée par le cardinal André Vingt-Trois en mars 2008, l’installation de la statue est l’occasion de lancer, à Paris, le premier pèlerinage pour les couples en espérance d’un enfant. 500 personnes sont au rendez-vous. Désormais, ce pèlerinage aura lieu chaque année autour du 6 mars, fête de sainte Colette. Par ailleurs, chaque mois, la communauté paroissiale portera les intentions de prière des personnes et prieront sainte Colette.

Informés par les médias de l’existence de ce nouveau lieu de prière spécifique, de plus en plus de personnes font le déplacement, parfois de très loin, pour prier sainte Colette. « Dernièrement, j’ai croisé une dame qui a fait l’aller et retour Lyon-Paris, uniquement pour prier sainte Colette », s’enthousiasme le curé.

« Nous n’arrivons pas à avoir d’enfant, et nous n’avons personne avec qui partager cette épreuve »

En plus, de ce nouvel élan spirituel, le Père lance un groupe de parole pour les personnes en espérance d’un enfant. Animé par Mgr Tony Anatrella, deux religieuses, une femme pédiatre et lui-même, ce groupe qui se retrouve toutes les 6 semaines est un lieu de partage en confiance. « Ces couples vivent souvent cette épreuve dans une grande solitude et n’ont pas de lieu où exprimer leur désarroi, explique le Père. Par exemple, lors de notre dernière rencontre, plusieurs couples ont pu dire combien ils vivent difficilement la période de Noël où tout tourne autour de l’enfant. Faire des cadeaux à des enfants alors qu’eux-mêmes n’arrivent pas à en avoir est très douloureux... » Cloche, lieu de pèlerinage, groupe de parole… aujourd’hui Ste-Colette accueille peu à peu de nouveaux paroissiens. Ce groupe de parole compte une vingtaine de couples et la paroisse environ 250 paroissiens. « Pour autant, précise le curé, ce n’est pas tant les chiffres que l’esprit et la mission de la paroisse qui ont changé. Et c’est sans aucun doute cela le plus important. » • Sylvain Sismondi

Questions à Mgr Tony Anatrella [1]

P.N.-D. : Pourquoi avez-vous décidé de participer à ce groupe de parole pour « les personnes en attente d’un enfant » ?

Mgr Tony Anatrella : C’est un type d’interrogation que je rencontre dans mes consultations et que je travaille par ailleurs. Il est important qu’un lieu existe où cette « attente » puisse être parlée avec d’autres, réfléchie et située psychologiquement et spirituellement.

Quelles sont les questions qui vous marquent le plus ?

T. A. : Le désarroi de ne pas être fertile, d’être sans avenir à travers l’absence de génération. Certaines femmes se reprochent d’avoir retardé leur désir d’enfant jusqu’à un âge où la fertilité se réduit.

L’enfant par tous les moyens s’impose au point de ne plus voir les problèmes que pose cette attitude.

La souffrance est vécue comme une injustice lorsque la médecine ne peut plus aider raisonnablement et que des personnes refusent les limites de leur existence.

Qu’est-ce que l’Eglise peut apporter aux personnes qui vivent cette épreuve ?

T. A. : L’Écriture nous enseigne que la fécondité a toujours un enracinement corporel. Elle se réalise également sous une forme spirituelle. La fécondité de l’amour est riche et ne se résume pas à la fertilité.

Il est utile de réfléchir sur le sens du désir d’enfant, d’éviter de s’enfermer dans la souffrance de la stérilité et de trouver d’autres fécondités. La méditation, la prière et l’intercession de sainte Colette peuvent aider à lever des inhibitions, à découvrir d’autres fécondités et pourquoi pas à devenir fertile. • Recueilli par S.S.

A lire : La tentation de Capoue, Anthropologie du mariage et de la filiation, de Tony Anatrella, Éd. Cujas.

[1] Mgr Tony Anatrella est psychanalyste et spécialiste en psychiatrie sociale. Enseignant au Collège des Bernardins, à l’École Cathédrale, et à l’IPC, il est aussi consulteur du Conseil pontifical pour la Famille et du Conseil pontifical de la Santé.

 
Cet article est extrait de l’hebdomadaire Paris Notre-Dame du 5 janvier 2009.
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