9 février |
Enfance, catéchisme, Église Catholique à Paris
  • Archevêché de Paris
  • Services diocésains
  • Annuaire ordo
  • Annuaire Étoile du Berger



  • Horaires de messes
  • Denier - Don en ligne

  • Flux RSS
  • paris.catholique.fr
    sur Facebook

La question synoptique par le Père Henry de Villefranche.

Reprise de la séance de travail avec les catéchistes du 13 octobre 2009.

Cette intervention fait partie de la formation "être catéchiste" 2009/2010.
(voir le programme complet de la formation 2010/2011).

Cet article comprend une partie théorique et une partie pratique.

LA QUESTION SYNOPTIQUE

La confrontation des évangiles en synopse se fait depuis le commencement de la catéchèse chrétienne et elle présente, malgré les apparences, un double intérêt.
- a. Elle permet de poser la question des sources antérieures à nos évangiles actuels. Avant eux en effet, des essais évangéliques ont existé (cf. Lc 1,1), appuyés sur ce qu’on transmis des témoins oculaires (Lc 1,2). La reconstitution rationnelle des sources nous conduirait à mieux percevoir comment la première génération chrétienne a exprimé sa foi en Jésus.
- b. Elle permet encore et surtout de mesurer le travail rédactionnel accomplis par les auteurs responsables de nos évangiles canoniques. Ils ont réordonné à leur manière des matériaux préexistants ; ils en ont modifié, quelques fois de manière considérable, le contenu verbal.
L’attention à l’originalité de chaque évangéliste nous conduit vers une meilleure compréhension du message théologique qu’il veut nous transmettre. La science exégétique , mais aussi la catéchèse, ne peuvent pas renoncer à la recherche d’une solution cohérente et universellement admise de la question synoptique. Il faut bannir en ce domaine la paresse intellectuelle.
N.B. Le phénomène « synoptique » se trouve déjà dans l’AT : Gn 1 et Gn 2, Rois et Chroniques, les décalogues, etc….

Les données patristiques

D’après Eusèbe (H.E. 3,39,15-16), Papias de Hiérapolis (né vers 70) affirmait que Mc dépendait de la prédication de Pierre, et que Mt avait été écrit "en dialecte hébraïque". Irénée confirme que Mt a été écrit "chez les Hébreux dans leur dialecte", que Mc dépend de la prédication de Pierre mise par écrit après sa mort, et que Lc transmet la prédication de Paul. (A. H. 3,1,1). Clément d’Alexandrie s’appuie sur "une tradition des anciens presbytres" pour affirmer que les évangiles qui comportent des généalogies ont été écrits les premiers, et que Mc se rattache à la prédication de Pierre (H.E. 6,14,5-7). Origène enfin, sur la base d’une tradition, atteste l’origine hébraïque de Mt, la dépendance pétrinienne de Mc et le rattachement de Lc à Paul (H.E. 6,25,4-6).

L’ordre des péricopes

Les faits sont distribués chez les synoptiques en quatre phases principales :

MtMcLc
a) Préparation 1,1-4,11 1,1-13 1,5-4,13
b) Ministère en Galilée 4,12-18,35 1,14-9,50 4,14-9,50
c) Montée à Jérusalem 19,1-20,34 10,1-52 9,51-19
d) Passion- Résurrection 21-28 11-16 20-24

Mt et Mc (en violet)
L’ordre diffère jusqu’en Mt 14,1/Mc6, 14. Ensuite, les deux textes sont étroitement parallèles pour tous les épisodes qu’ils ont en commun.
Interprétation : Mt regroupe à sa façon 5-7 et 8-9 et 11-12.
Mais il y a concordance en contexte différent :

Mc 1,21-45 2,1-22 2,23-3,6
Mt 7,28-8,16 9,1-17 12,1-14
Mc 3,22-4,34 4,35-5,20 5,21-43
Mt 12,22-13,34 8,18-34 9,18-26

... et discordance dans un groupement identique :

Mc 1,40-45 est placé par Mt avant Mc 1,21-39
Mc 4,25 est placé par Mt avant Mc 4,13-24
Mc 4,35-5,20 est placé par Mt avant Mc 2,1-22
Mc 5,21-43 est placé par Mt avant Mc 2,1-22.

Mc et Lc (en vert) Ils fonctionnent en parallèle sur une grande partie de leurs parcours :

Mc 1,2-3,19 Lc 3,2-6,19
3,31-6,46 8,4-9,18a
8,27-10,1 9,18b-51
10,13-13,33 18,15-21,36
14,1-16,8 22,1-24,9

On note quelques déplacements de scène à l’intérieur de ces sections.

Mt et Lc (en orange)
La comparaison est la plus compliquée. Des épisodes, non attestés par Mc sont présents dans le même ordre en Mt et Lc.

Mt Lc
4,1-11 4,1-13
5-7 (passim) 6,29-40
8,5-13 7,1-10
8,19-22 9,57-60
10,9-16 10,2-12
11,20-24 10,13-16
11,25-27 10,21-22
12,22-30 11,14-23
12,39-42 11,29-32
23,4-36 11,39-52
23,37-39 13,34-35
24,26-41 17,22-37

Interprétation : cet ordre proviendrait d’une source étrangère à Mc (Quelle)
En général, Mc occupe une position intermédiaire entre Mt et Lc. Il faut tenir compte de la mise en valeur de chaque récit évangélique.
Noter les expressions doubles en Mc, simple en Mt et Lc
ex : le soir venu, au coucher du soleil (100x)
amplification marcienne ou simplification de Mt et Lc ?

Solutions proposées : toutes les généalogies des évangiles ont été imaginées.

- a) Dépendance immédiate (Griesbach en 1774)
Mt grec, transformé par Lc, a été abrégé par Mc.
L’avantage est de ne pas faire intervenir une source perdue.
= peu convaincant et même invraisemblable.
Son horizon reste la restitution de l’histoire de Jésus.

- b) Théorie des deux sources
Mt et Lc dépendent de Mc et d’une source (Q)
Nombreux "doublets" en Mt-Lc, une fois en Mc, une 2de fois hors Mc
Mais comment interpréter les accords Mt-Lc contre Mc ?
Les accords à 3 laissent supposer un parallèle Mc-Q = simple et commode.
Mc est-il forcément le premier texte ?

- c) L’hypothèse de Ph. Rolland. (P. Rolland, Les premiers évangiles, Cerf 1984.)
Mt et Mc ont une source commune (violet = H)
Lc et Mc également (vert = P) et Mt et Lc (orange = Q)
Comme P et H ont en partie le même contenu, ils adaptent une source D (marron)

Si les trois évangiles ne se sont pas mutuellement connus, on a le schéma :

D
Q H P Q
Mt Mc Lc

D, source commune, pourrait avoir été transmis en dialecte sémitique. Jésus apparait attaché à la Loi juive, acclamé comme Fils de David, revendique la dignité de Fils de l’Homme et accomplit les prophéties du Serviteur. Appelé D comme Douze, cette source correspond à l’évangile hébreu de Mt. Traduit en grec, il est enrichi par la tradition des Sept (Hellénistes). Jean Baptiste, nouvel Elie, est mis en valeur. Paul l’enrichit à son tour, toujours en version grecque, conforme à l’expérience de sa prédication, il devient P ou encore Proto-Lc. L’intérêt se porte sur le Règne de Dieu et les exorcismes, et on repère des analogies avec les Actes et les lettres de Paul. Une seconde source, Q, a été combinée avec les autres. Elle rassemble des propos de Jésus très universaliste et correspond à une catéchèse auprès des craignants-Dieu (Ac 10). La position de Mc reste la grande inconnue. La réception de cette hypothèse est discrète, mais il faut observer que les études dans ce domaine sont très peu nombreuses en notre temps.

Cl. COULOT, art. Synoptiques in SDB XIII (2005) 785-828 avec bibliographie mise à jour

Partie pratique : A vos crayons de couleur !

- Travail sur la synopse des évangiles, péricope n°30 page 31 : la guérison de la belle-mère de Pierre

1) Repérer les ressemblances et les différences entre chaque texte (vocabulaire, actions de Jésus, sens des détails ajoutés par chaque auteur)
2) Résumer l’intrigue de chaque texte.
3) Quelles sont les références implicites à l’Ancien Testament ?
4) Quelle est la pointe de chacun des récits ?

- Travail sur la synopse des évangiles, péricopes n°21-22 : emprisonnement de Jean et baptême de Jésus.

On utilisera la méthode des crayons de couleur :
1) Pour repérer les ressemblances et les différences,

on coloriera ce qui est propre à Matthieu en rouge ,
on coloriera ce qui est propre à Marc en violet,
on coloriera ce qui est propre à Luc en jaune.
on coloriera ce qui est commun à Matthieu et Marc en violet ,
on coloriera ce qui est commun à Matthieu et Luc en orange,
on coloriera ce qui est commun à Marc et Luc en vert.

2) Pour résumer l’intrigue, on coloriera ce qui est commun à Matthieu, Marc et Luc en marron.
3) Quelles sont les références implicites à l’Ancien Testament ?
4) Quelle est la pointe de chacune des versions ?
On pourra regarder Jean qui donne une autre perspective.

JPEG - 52.5 ko
exemple de synopse travaillée aux crayons de couleur