Le jeûne

L’Église catholique propose à ses fidèles de jeûner (se passer d’un repas) le mercredi des Cendres et le Vendredi Saint, et de s’abstenir de viande les vendredis du carême. En nous privant du nécessaire, nous nous rappelons que Dieu nous est encore plus nécessaire. Le jeûne aide à acquérir la liberté du cœur. Cela signifie que nous souhaitons ne pas être centrés sur nous-mêmes, sur nos désirs, sur nos besoins. Le jeûne nous aide ainsi à nous ouvrir à Dieu et aux autres, et par conséquent nous stimule dans la prière.

- Homélie du cardinal André Vingt-Trois du mercredi des Cendres, 25 mars 2009

« Pendant ces semaines qui nous préparent à la célébration de Pâques, nous sommes invités à prier avec plus de régularité, avec plus de conviction, avec plus de recueillement.
Nous cherchons aussi à partager avec ceux qui manquent du nécessaire. Pour eux nous pouvons ouvrir nos richesses afin de rétablir un peu plus d’équité dans les relations entre les hommes. Enfin nous sommes invités au jeûne, c’est-à-dire précisément à faire l’expérience d’une privation dans notre propre vie.
Le Saint Père dans son message pour le carême insiste davantage sur ce point. Il explique que le jeûne ne peut être simplement vécu comme une diète hygiénique servant à rétablir un peu de sobriété dans une existence souvent marquée par l’excès.
Au-delà même de la privation volontaire pratiquée dans beaucoup de religions, le jeûne est surtout une expérience de foi puisqu’il nous donne l’occasion d’expérimenter que la puissance sur laquelle nous pouvons nous appuyer pour construire et dynamiser notre vie de sainteté ne vient pas de ce que nous mangeons et buvons mais de la grâce de Dieu.
Et pour faire l‘expérience physique de cette grâce invisible, nous sommes invités à vivre une privation bien visible, que nous ressentons dans notre chair comme un manque.
Cette expérience du manque nous ouvre à la compréhension de l’infini miséricorde du Père et de la richesse prodigieuse de ce qu’il peut nous donner, qui dépasse infiniment la satisfaction que produirait ce que nous renonçons à manger ou à boire.

En ces temps où notre société est confrontée à une crise profonde de ses moyens de production, cette expérience du jeûne nous permet certainement aussi de réviser notre rapport à la consommation.
Les plus anciens d’entre-nous peuvent mesurer qu’en l’espace de quelques dizaines d’années (au plus un demi siècle), l’évolution des modes de vie a entrainé un développement exponentiel de la consommation, sur laquelle repose désormais l’équilibre général de notre civilisation et de notre culture, toutes consacrées à convaincre tout un chacun de ses besoins à assouvir. Mais au lieu d’apaiser et de satisfaire les désirs, ce système ne fait que les rendre plus vifs et plus exigeants.
Manger ne rassasie plus mais provoque l’envie de manger plus. Faire l’expérience du jeûne, c’est expérimenter qu’il y a un autre équilibre de vie, qu’à travers le monde des millions et des millions d’hommes et de femmes vivent perpétuellement dans le manque, en-deçà du minimum nécessaire à l’équilibre biologique, dépendant d’autrui, non seulement pour leur existence quotidienne mais même pour leur survie. Le jeûne nous est l’occasion de prendre conscience de ce qu’il y a d’illusoire et d’artificiel dans l’équilibre de notre mode de vie. »

- Êtes-vous jeûne ?

Préconisé durant le carême, le jeûne, pratiqué par Jésus au désert, est ancré dans la tradition de l’Église. Repères.

Mon premier est le passe-temps préféré d’un enfant, mon deuxième est une négation. Mon tout est vecteur de dynamisme ou bien de privations, selon qu’on le prononce avec ou sans accent. Nous avons nommé : le jeûne. Cinq petites lettres qui forment une des trois pratiques pénitentielles chères à la tradition biblique avec la prière et l’aumône et dont l’exemple nous est donné par le Christ au désert : « Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim » (Mt 4, 1-2).

Si la société valorise cet exercice ascétique comme une cure de bien-être, le jeûne chrétien est plutôt, lui, une « thérapie » capable de nous aider à « mortifier notre égoïsme », comme le fait remarquer Benoît XVI. Objectif : s’ouvrir à l’amour de Dieu et du prochain, « suprême commandement de la Loi nouvelle et résumé de tout l’Évangile. » Mieux prier et mieux aimer : voilà, en somme, la vertu du jeûne. On peut citer, à ce propos, l’exemple des premières communautés chrétiennes où les fidèles étaient invités à donner aux pauvres ce qui, grâce au jeûne, avait été mis à part.

« Il eut faim »

Les Pères de l’Église témoignaient aussi de la force de cette arme spirituelle, capable de « mettre un frein au péché, de réprimer les désirs du vieil homme et d’ouvrir dans le cour du croyant le chemin vers Dieu. » [1] Car cette privation de nourriture, souligne le pape, rassasie une faim plus profonde, celle que nous expérimentons au plus intime de nous : « la faim et la soif de Dieu ». Ainsi, à l’image du Christ qui jeûna au désert peut avant le début de sa mission publique, à l’image de Moïse avant de recevoir les Tables de la Loi, (Ex 34,28) ou encore à celle d’Élie avant de rencontrer le Seigneur sur le mont Horeb (1 R 19,8), le jeûne favorise cette disposition intérieure qui permet de se mettre à l’écoute du Seigneur et de sa Parole, pour le suivre. • Laurence Faure

Article paru dans Paris Notre-Dame du 14 février 2013

- Émission KTO, Mille questions à la Foi, Pourquoi on jeûne ?

Souvent considéré comme une pratique d’un autre âge, le jeûne retrouve une nouvelle jeunesse auprès de nombreux chrétiens. Avec la prière et le partage, le jeûne est un pilier du Carême en vue de s’ajuster à la volonté de Dieu. Quel jeûne et comment le pratiquer avec des enfants ?

- Pour aller plus loin

Catéchisme de l’Église catholique, article 2041 et 2043

« Les commandements de l’Église se placent dans cette ligne d’une vie morale reliée à la vie liturgique et se nourrissant d’elle. Le caractère obligatoire de ces lois positives édictées par les autorités pastorales, a pour but de garantir aux fidèles le minimum indispensable dans l’esprit de prière et dans l’effort moral, dans la croissance de l’amour de Dieu et du prochain :
(…)
Le quatrième commandement (" Aux jours de pénitence fixés par l’Eglise, les fidèles sont tenus par l’obligation de s’abstenir de viande et d’observer le jeûne ") assure des temps d’ascèse et de pénitence qui nous préparent aux fêtes liturgiques et nous disposent à acquérir la maîtrise sur nos instincts et la liberté du cœur. »

Code de Droit canonique, art. 1249-1251

« Tous les fidèles sont tenus par la loi divine de faire pénitence chacun à sa façon ; mais pour que tous soient unis en quelque observance commune de la pénitence, sont prescrits des jours de pénitence durant lesquels les fidèles s’adonneront d’une manière spéciale à la prière et pratiqueront des œuvres de piété et de charité, se renonceront à eux-mêmes en remplissant plus fidèlement leurs obligations propres, et surtout en observant le jeûne et l’abstinence selon les canons suivants.
Les jours et temps de pénitence pour l’Église tout entière sont chaque vendredi de toute l’année et le temps du Carême.
L’abstinence de viande ou d’une autre nourriture, selon les dispositions de la conférence des Évêques, sera observée chaque vendredi de l’année, à moins qu’il ne tombe l’un des jours marqués comme solennité ; mais l’abstinence et le jeûne seront observés le Mercredi des Cendres et le Vendredi de la Passion et de la Mort de Notre Seigneur Jésus Christ.
Sont tenus par la loi de l’abstinence, les fidèles qui ont quatorze ans révolus ; mais sont liés par la loi du jeûne tous les fidèles majeurs jusqu’à la soixantième année commencée. Les pasteurs d’âmes et les parents veilleront cependant à ce que les jeunes dispensés de la loi du jeûne et de l’abstinence en raison de leur âge soient formés au vrai sens de la pénitence.
La conférence des Évêques peut préciser davantage les modalités d’observance du jeûne et de l’abstinence, ainsi que les autres formes de pénitence, surtout les œuvres de charité et les exercices de piété qui peuvent tenir lieu en tout ou en partie de l’abstinence et du jeûne. »

[1Message de Benoît XVI à l’occasion de l’entrée en carême, le 5 février 2009, citant notamment la Didascalie Apôtres (V, 20 - 18) et la lettre encyclique Veritatis Splendor (21) de Jean-Paul II. 2194 S

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